L'impôt sur le revenu de Mitt Romney

 |   |  376  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : DR)
Par Pierre Lemieux, professeur associé à l'université du Québec en Outaouais, auteur de « Une crise peut en cacher une autre » (Les Belles Lettres, 2010)

Dans le Sud-Ouest, juste avant la Californie, on rencontre le Nevada, un État peu peuplé, un peu au-dessous de la moyenne américaine des revenus, et où Mitt Romney a remporté la primaire républicaine. Ce ne sont pas seulement les bordels et les maisons de jeu qui y sont libres, car le Nevada figure au sixième rang des 50 États américains dans l'index de liberté compilé par le Centre Mercatus.
Dans cet État où survit l'esprit de la conquête de l'Ouest, le candidat libertarien Ron Paul a fait bonne figure, obtenant 19% des voix, en comparaison de ses 14% dans la primaire de 2008. Il n'est pas étonnant non plus que Rick Sartorum, le candidat de la droite religieuse, soit arrivé au quatrième rang, derrière M. Paul. Pour Rick Santorum, le Nevada sera-t-il, comme l'avait imaginé Jules Verne dans "Le Testament d'un excentrique", un puits où il restera coincé ?

Des revenus annuels de 20 millions de dollars

Mitt Romney se relevait à peine d'une controverse concernant le faible taux qu'il paie en impôt fédéral sur le revenu (15% de ses revenus). Plusieurs avaient cru que cette affaire allait lui nuire. Les électeurs du Nevada ont montré que, malgré un populisme larvé, les Américains sont moins souvent victimes des crises d'envie que la population de bien d'autres pays.
L'impôt sur le revenu est plus progressif en Amérique que dans plusieurs pays européens, comme le note le professeur Peter Baldwin dans un livre intitulé "Le narcissisme des petites différences". Si Mitt Romney et son épouse, malgré des revenus annuels de plus de 20 millions de dollars, réussissent à payer un taux moyen qui ne dépasse pas la moyenne du cinquième quintile des revenus, c'est parce que leurs revenus consistent surtout en gains de capital et en dividendes, imposés à des taux inférieurs. Et notez bien que les dons de charité de Mitt Romney (en grande partie au bénéfice de l'Église des Mormons), déductibles de son revenu imposable, sont du même ordre de grandeur que l'impôt sur le revenu qu'il paie.
Au confluent de l'État Providence, de la charité privée et de l'esprit de l'Ouest, l'Amérique est un pays de contrastes.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :