«L'Egypte doit mobiliser des fonds étrangers pour crédibiliser sa reconversion économique»

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La dégradation de l'économie égyptienne menace la transition politique, selon Ahmed Galal, directeur du Forum de recherches économiques du Caire et ancien économiste de la Banque mondiale. Une interview du Temps (Lausanne) dans le cadre de leur dossier sur le printemps arabe.

L'Egypte et ses 82 millions d'habitants ne font plus rêver les investisseurs. Instabilité politique, crise de liquidité, baisse de 30% des recettes du secteur touristique et hausse du prix des importations. Le pays le plus peuplé du Moyen-Orient cumule les difficultés économiques. Un an après la révolution, il enregistre un taux de croissance de l'ordre de 1,5% contre 5 à 7% sous l'ancien régime. Au cœur des inquiétudes, la fonte des réserves en devises de la Banque centrale d'Egypte qui sont passées de 36 milliards de dollars en janvier 2011 à 16,3 milliards de dollars un an plus tard. Une diminution qui, cumulée avec un déficit budgétaire de 8,7% du PIB, laisse craindre que le pays ne puisse plus payer ses importations.

Pour soutenir ses réformes économiques, l'Egypte se tourne à nouveau vers le FMI pour solliciter un prêt de 3,2 milliards de dollars, et vers la Banque mondiale pour un milliard supplémentaire. Une mesure nécessaire, selon Ahmed Galal, directeur du Forum de recherches économiques du Caire et ancien économiste de la Banque mondiale, pour inscrire la reconversion économique de l'Egypte dans un cadre international et instaurer un rapport de confiance avec les investisseurs étrangers.

Le Temps: L'économie de l'Egypte post-Moubarak se dégrade de mois en mois et inquiète au point de menacer la transition politique ?

Ahmed Galal: L'Egypte n'est pas en train de s'écrouler, mais son économie ne va pas bien. Le déficit budgétaire augmente, le taux de chômage est au plus haut, celui de la croissance accuse une forte baisse. Cette combinaison de facteurs ne permet pas à l'Egypte d'aller mieux. Le pays a un besoin urgent de capitaux étrangers pour fonctionner. Alors comment fait-on? Ces douze derniers mois, nous avons eu quatre gouvernements. A chaque fois, ils ont été chassés après quelques semaines au pouvoir. Dans ces conditions, comment mettre en place des mesures de reconversion économique? C'est impossible. Il est donc primordial que la transition politique se fasse au plus vite.

- Quelle stratégie économique prônez-vous pour l'Egypte dans le court et le moyen terme ?

- Il faut d'abord identifier les problèmes de l'ancien régime. Le modèle économique développé sous Moubarak a totalement ignoré la redistribution des ressources. Seuls les instigateurs de ce modèle - et ils sont nombreux - ont bénéficié de cette croissance, contrairement aux 93% d'Egyptiens restants. Dans l'immédiat, le pays se doit de trouver des ressources additionnelles pour réactiver l'économie tout en évitant les erreurs du passé.

- L'un des facteurs qui a conduit à la révolution est la corruption du gouvernement. Comment restaurer la confiance désormais ?

- C'est la responsabilité des partis qui se présentent aux élections. Ils se doivent de donner clairement le détail de la direction qu'ils entendent donner à l'Egypte. Comment le pays sera géré? Quels seront les progrès? Qui en bénéficiera? Quelles seront les mesures qui garantiront tout cela? Si le discours et le programme politique sont clairs, cela génère la confiance. Il s'agirait alors d'un engagement crédible.

- Comment expliquez-vous que le pays, avec les énormes ressources dont il dispose, continue d'importer plus que ce qu'il n'exporte ?

- Si le pays n'utilise pas tout son potentiel c'est parce qu'il ne sait pas gérer ses ressources. Dans l'ancien régime, les mesures étaient faites pour servir les besoins d'une minorité. On peut espérer que cela profite à tous dans le futur. Une des faiblesses de l'Egypte est le taux de productivité extrêmement bas de sa force de travail. Les enseignants vont à l'école, non pas pour enseigner mais pour convaincre les élèves de prendre des cours privés. Ils touchent deux salaires pour cela. Pourquoi un professeur n'enseigne-t-il pas normalement ? Parce qu'il n'en a pas envie. Cet exemple est valable à tous les niveaux de l'économie égyptienne: les producteurs, les consommateurs, les exportateurs ou les employés du gouvernement.

- La dévaluation de la livre égyptienne suscite beaucoup d'inquiétudes sur la reconversion économique de l'Egypte.

- La Banque centrale d'Egypte a fait un travail décent jusqu'à la révolution. Le pays avait alors 33 milliards de dollars de réserves internationales. La livre égyptienne était stable de manière générale, proche de 6 livres pour 1 dollar. Trois mois après la chute de Moubarak, tout s'est effondré: les investisseurs étrangers sont partis, les 12 milliards de dollars générés chaque année par le tourisme se sont envolés. Seul le trafic commercial du canal de Suez a été épargné, ce qui n'a pas permis de compenser la hausse du prix des importations des denrées alimentaires notamment. A la révolution, la Banque centrale d'Egypte a fait un choix. Soit elle acceptait une modification du taux de change, soit elle utilisait les réserves internationales dont elle dispose encore pour acheter des produits et compenser le déclin de la devise. Elle a opté pour la compensation jusqu'au jour où la réserve a atteint 16,3 milliards de dollars. Je ne pense pas que la Banque centrale puisse encore soutenir la livre de cette manière. Elle doit accepter l'argent du FMI et s'assurer le soutien financier de pays étrangers. C'est une nécessité à court terme. L'Egypte est en transition. Les progrès ne débuteront qu'après des élections. Cela prendra des années, mais je suis optimiste.

Consultez le dossier spécial printemps arabe du Temps en cliquant ici

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Commentaires
a écrit le 27/02/2012 à 17:03 :
Le mieux pour un pays du tiers monde, c'est qu'il se dém... seul. On n'est plus des tirelires.
Réponse de le 27/02/2012 à 18:34 :
L'expression Tiers Monde que l'on doit à Alfred Sauvy n'a plus cours dans les manuels de géographie,d'histoire ou d'économie du secondaire.La culture économique des élèves de troisième est plus étoffée que vos grasses pensées. Vous méritez un zéro pointé doublée d'une colle.
Réponse de le 27/02/2012 à 20:08 :
Ont ne dit plus tiers monde pour désigner les pays sous développés en politiquement correct ? On les appelle comment maintenant ?
a écrit le 27/02/2012 à 16:08 :
La lecture de Dieu bénisse ta soirée, une nouvelle de l'écrivain et homme-siècle Naguib Mahfouz nous en apprend plus sur l'Egypte contemporaine qu'une montagne de chiffres..
a écrit le 27/02/2012 à 14:57 :
Une loi datant de la Révolution,sous Nasser,oblige l'Etat à embaucher à vie tout étudiant ayant terminé ses études! on comprend mieux l'exemple cité du professeur qui rechigne à donner des cours dans les établissements publics.Une autre loi bloque le prix du pain depuis 1956,histoire d'éviter des révoltes.
a écrit le 27/02/2012 à 10:34 :
mort de rire !
a écrit le 27/02/2012 à 8:51 :
La corruption coûte chère; mais la révolution apparemment encore plus. On ne fait pas d'omellettes sans casser des oeufs.

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