La bataille des métaux rares avive la guerre commerciale américano-chinoise

Les terres rares vont devenir un motif de plainte des États-Unis, du Japon et de l'Union européenne contre la Chine. L'enjeu est la fabrication de produits intégrant des métaux rares qui pourrait être délocalisée. Mais la hausse des prix des minerais pourrait à l'avenir relancer la production aux Etats-Unis, au Canada et en Australie.
Dans une mine chinoise d'extraction de terres rares, dans la province de Jiangxi. /Copyright Reuters

C'est officiel, Washington, Tokyo et Bruxelles vont déposer une plainte devant les instances de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre la Chine. Les économies développées considèrent que Pékin violent les règles du commerce interanational en imposant un quota sur l'exportation de terres rares, appellation qui désigne 17 métaux, du tungstène et du molybdène, qui sont nécessaires à la production de produits de haute technologie comme les Iphones, les écrans plats, les lasers ou encore les moteurs hybrides.

"Si la Chine laissait tout simplement le marché fonctionner par lui-même nous n'aurions aucune objection, mais sa politique empêche actuellement ce fonctionnement et va à l'encontre des règles (de l'OMC) que la Chine a accepté de suivre", a justifié le président américain Barak Obama lors d'une intervention retransmise en direct à la télévision mardi.

90% de l'offre mondiale

La Chine qui concentre plus de 90% de l'offre mondiale de métaux rares se défend de cette accusation, arguant qu'elle a dû rationaliser sa production anarchique au cours de ces  dernières années, et imposer, comme d'ailleurs aux Etats-Unis, qui ont longtemps dominé l'offre mondiale de terres rares, des normes environnementales dans l'exploitation minière.

« Les mesures prises par la Chine concernant les terres rares, y compris ses quotas d'exportation, sont des mesures équitables et légitimes, dont l'unique but est de protéger l'environnement et les ressources naturelles. Ces dispositions sont également conformes aux règles de l'OMC », explique l'agence officielle de presse chinoise Xinhua..

Surtout, la Chine, qui agite la menace de mesures de rétorsion à l'égard des Etats-Unis, fait valoir qu'elle a reconduit le volume de son quota à l'exportation au même niveau que celui de l'année dernière, dont à peine la moitié avait trouvé preneur. En outre, avance les autorités de Pékin, la Chine fournit plus de 90% de l'offre mondiale alors qu'elle ne possède que 36% des réserves mondiales.

Planification industrielle

Tim Worstall, professeur à l'Adam Smith Institute, mais aussi négociant de scandium, l'un des 17 métaux rares, note toutefois que si la protection de l'environnement est un argument recevable, en revanche celui de la protection des ressources naturelles l'est moins.

A ses yeux, l'imposition chinoise des quotas relève davantage de la planification industrielle visant à ce que la valeur ajoutée manufacturière reste en Chine, en restreignant l'offre internationale de métaux rares.

Tim Worstall évoque le cas d'une société américaine du Texas, spécialisée dans la production de cristaux qui servent de détecteur pour des machines IRM (Imagerie à résonance magnétique), fabriqués à partir de poudre d'oxyde de lutetium, un autre métal rare. Elle en utilise 2 tonnes, volume intégralement acheté en Chine.

Un enjeu industriel majeur pour la Chine

Aussi, réduire l'offre de lutetium tout en n'imposant aucune restriction sur l'exportation de tels cristaux revient à contraindre cette société texane à délocaliser sa production en Chine. Dans un contexte où l'économie chinoise mise sur l'innovation et le développement de son marché intérieur, l'assemblage de produits de haute technologie est un enjeu majeur.

Au-delà du « China bashing », lié à la campagne électorale en cours aux Etats-Unis, l'enjeu est bien industriel. En 2010, lors du litige sur la souveraineté des îles que se disputent la Chine et le Japon, Pékin n'avait pas hésité à appliquer un embargo sur les exportations de terres rares vers l'Archipel.

Mais avant que l'OMC ne tranche le litige, la procédure sera longue et le marché pourrait faire évoluer rapidement le rapport de l'offre et de la demande mondiale dans les prochaines années.

En effet, comme l'indique l'agence américaine en charge du secteur minier, USGS, nombre d'investissements sont en cours dans plusieurs projets de relance de l'exploitation minière aux Etats-Unis, en particulier le site de Mountain Pass, en Californie, sont en bonne voie, de même qu'au Canada, en Australie, au Malawi, en Afrique du Sud. L'une des raisons est la hausse des prix, certains métaux ayant vu leurs cours s'envoler en raison de la hausse des production des coûts et du risque chinois.

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Commentaires 2
à écrit le 15/03/2012 à 12:57
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Au milieu de la tourmente, le dollar et l?euro ont de plus en plus de difficultés. Alors que les Etats-Unis sont devenus la nation la plus endettée du monde ( 210.000 milliards de dollars) , l?Europe endette tous ses habitants pour sauver de...

à écrit le 15/03/2012 à 9:29
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"En outre, avance les autorités de Pékin, la Chine fournit plus de 90% de l'offre mondiale alors qu'elle ne possède que 36% des réserves mondiales." Que la chine ne veuille pas brader ses réserverves de terres rares au profit d'acheteurs occidentaux ...

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