La Bosnie minée par la pauvreté et l'instabilité politique

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La Bosnie-Herzégovine célèbre ce vendredi le vingtième anniversaire de l'indépendance de la Bosnie et du début du siège de Sarajevo. Aujourd'hui, la population pauvre et déchirée pâtit d'un État à l'instabilité politique persistante. Plombé de surcroît par la crise européenne, le pays marque le pas économiquement et la perspective d'une intégration européenne apparaît lointaine.

Ce fut le plus long siège de l'histoire moderne. Les 5 et 6 avril 1992, des tireurs d'élite des forces serbes de Bosnie ouvraient le feu sur quelque 50.000 manifestants pacifistes bosniens, descendus dans les rues de Sarajevo pour protester contre les tensions intercommunautaires. Le siège de Sarajevo dura près de quatre ans. Vingt ans après, le pays demeure profondément divisé et le conflit reste ancré dans les esprits. Et si la capitale bosnienne accueille chaque année plus de touristes, la situation économique du pays reste critique. Victime de divergences persistantes entre les principaux partis nationalistes, la Bosnie Herzégovine peine à se hisser au niveau de ses partenaires économiques européens.

Un des pays les plus pauvres d'Europe

La Bosnie est, il est vrai, l'un des pays les plus pauvres d'Europe avec un PIB (produit intérieur brut) d'environ 3.300 euros par habitant. A titre de comparaison, la Bulgarie, pays le plus pauvre de l'Union européenne (UE), affiche un PIB par tête en parité de pouvoir d'achat de 4.850 euros quand celui de la France s'élève à près de 41.400 euros par habitant. Le taux de chômage frappe plus de 40 % des Bosniens. Et un habitant sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté, selon l'ONU (Organisation des Nations unies). Après l'éclatement de la Yougoslavie et au sortir de plus de trois années de guerre, près de la moitié de la population bosnienne n'avait plus accès à l'eau potable, deux tiers des habitations ayant été détruites. Et avec les quelque 2,2 millions de déplacés, la moitié de la population était composée de réfugiés.

Pourtant, il n'a fallu que quelques années à l'économie bosnienne pour retrouver le chemin de la croissance. La richesse du pays a augmenté en moyenne de 5,2 % par an entre 2000 et 2008, avant de décrocher en 2009 sous l'effet de la crise à -3,1 % selon le FMI. L'institution internationale a d'ailleurs revu ses prévisions de croissance à la baisse suite à une mission à la fin 2011 : elle estime à 1,7 % la croissance en 2011 et prévoit seulement 0,7 % en 2012, contre 3 % projetés initialement.

Impact économique de la crise politique

La Bosnie Herzégovine a encore du chemin à parcourir pour renforcer ses institutions publiques. Secouée par des crises politiques à répétition, elle n'a pas encore présenté de budget 2012. Car à la suite des élections générales organisées en octobre 2010, il aura fallu 15 mois aux dirigeants des différents partis nationalistes pour se mettre d'accord sur la composition du nouveau gouvernement, entré en fonction en février.

Si l'instabilité politique ronge le pays depuis des années, la longue traversée du tunnel de l'actuelle classe politique bosnienne inquiète particulièrement les investisseurs. Les mois de tractations politiques et le retard dans la présentation du budget ont conduit à des interruptions des remboursements aux bailleurs de fonds internationaux en janvier et février. L'agence de notation Moody's a d'ailleurs dégradé la note de la dette souveraine bosnienne en début de semaine, l'abaissant de B2 à B3. Celle-ci se trouve ainsi reléguée au rang des émetteurs fortement susceptibles de ne pas rembourser leur dette sur le long terme, et reste placée par l'agence sous perspective négative. Elle risque donc une nouvelle dégradation prochainement.

L'Union européenne : un objectif lointain

Sans compter qu'empêtrée dans une telle désorganisation criante des forces politiques au pouvoir, le pays risque d'attendre longtemps que les portes de l'UE s'ouvrent, même si côté européen on veut se montrer optimiste. Les ministres des Affaires étrangères allemand et britannique ont profité de ce triste anniversaire pour exhorter le gouvernement bosnien à faire "des pas décisifs vers son adhésion à l'UE et l'Otan". Et lui garantir leur soutien. En cause : la Constitution bosnienne qui réserve certaines fonctions dans l'administration d'État aux trois principales communautés, excluant de fait notamment les minorités juive et rom. Cette disposition a été jugée discriminatoire par la Cour européenne des droits de l'homme et constitue ainsi la première barrière à une possible accession au statut de candidat à l'adhésion.

Avec une aide de plus de 2,4 milliards d'euros depuis la fin de la guerre, l'UE est le principal donneur multilatéral pour la Bosnie. Au total, pour la période 2007-2013 et au titre de l'instrument d'aide de préadhésion, c'est un montant de près de 660 millions d'euros qui a été alloué à l'État de Bosnie Herzégovine. D'autres institutions soutiennent également financièrement la Bosnie. En tête, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), premier investisseur institutionnel avec un portefeuille de 921 millions d'euros dont près de 30% en direction du secteur privé. Un soutien financier et économique non négligeable, puisque le chemin à parcourir vers une adhésion à l'Union européenne reste long.

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Commentaires
a écrit le 09/04/2012 à 15:45 :
Vite vite il faut les integrer et leur donner l euro....
a écrit le 07/04/2012 à 12:36 :
Venez Venez on à trop d'argent en FRANCE et c'est le seul pays qui fais de gros acquis sociaux
a écrit le 07/04/2012 à 12:23 :
La france doit sortir à tout prix de l'union européenne,sinon nous français les plus pauvres deviendront comme eux.
a écrit le 07/04/2012 à 10:16 :
Bientôt, les salfistes seront au pouvoir et on regrettera d avoir combattu les Serbes...
Réponse de le 07/04/2012 à 11:27 :
C'est vrai.
a écrit le 06/04/2012 à 18:09 :
Comment pourrait-il en être autrement après 44 mois de guerre.
Comment pourrait-il en être autrement quand l'argent pour la reconstruction a été en grande partie détourné? (J'ai envie d'ajouter: comme d'habitude...)
Comment pourrait-il en être autrement avec plus de 100 ministres issus des trois principales communautés?
Le futur de la Bosnie? La guerre civile et les Serbes pour arbitres.
Réponse de le 06/04/2012 à 22:56 :
Excellente conclusion!!!

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