La présidentielle égyptienne se déroule sur fond de tensions et de désaffection

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Bureau de vote au Caire dimanche matin /Copyright AFP
Bureau de vote au Caire dimanche matin /Copyright AFP
Les Égyptiens, appelés à voter ce dimanche pour le deuxième tour de l'élection présidentielle, doivent choisir entre Mohamed Morsi, Frère musulman, et Ahmed Chafiq, issu de l'ancien régime. Sans Parlement, qui a été dissous jeudi, et toujours sans Constitution, l'issue du scrutin inquiète les Égyptiens, dont nombre d'entre eux se sont abstenus.

Au Caire, les bureaux de vote sont loin d'avoir connu l'affluence du premier tour de l'élection présidentielle égyptienne. S'il y a une valeur sûre qui domine ces deux jours de scrutin du deuxième tour, c'est bien l'incertitude. La plupart des investisseurs qui voyaient dans cette date butoir un passage effectif du pouvoir à une autorité civile, synonyme de stabilité et de retour de la croissance devront encore patienter.

Jeudi dernier, la décision de la Cour constitutionnnelle d'invalider les élections parlementaires réinstallel'armée aux manettes du pouvoir jusqu'à nouvel ordre. Un décret autorisant la police militaire à procéder à des arrestations arbitraires, en remplacement de l'Etat d'urgence levé il y a moins d'un mois, plus le renforcement du contrôle du Conseil suprême des forces armées sur la formation de l'assemblée constituante font plus que jamais douter de l'intention des généraux de concrétiser la transition vers un pouvoir civil.

"On retournera dans la rue pour faire une deuxième révolution"

Si Mohamed Morsi a décidé de rester dans la course et dit respecter la décision de justice, d'autres membres du parti Justice et liberté ont donné de la voix pour contester la dissolution et parler de "coup d'Etat". Ashraf, militant de base, illustre bien cette schizophrénie : "Pas sûr que le Parlement entier soit dissous si... " lui demande-t-on, il répond : "... si Chafiq gagne sans fraude. On respectera le verdict des urnes..." Est ce possible? "Non, je ne crois pas, grimace-t-il. Alors on retournera dans la rue pour faire une deuxième révolution."

Mohamed a longtemps été proche de la Confrérie de Frères musulmans, mais il a pris ses distances, et en vrai révolutionnaire a décidé de boycotter le scrutin. "Les Frèresmusulmans  ne réalisent pas qu'ils ont perdu une grande partie du soutien de la rue, ils se sont décrédibilisés et peuvent perdre sans manipulation. Si c'est le cas, ils vont montrer leur autre visage, explique-t- il en disant craindre "un affrontement direct avec l'armée, des violences..."

"Il faut un retour à la sécurité maintenant"

Tareq, chauffeur de taxi, n'ira pas voter non plus. "Pas envie de choisir entre un Moubarak bis et un extrémiste. Au premier tour, j'ai voté Sabahi, comme beaucoup : je pense que les idées de Nasser seraient toujours utiles à l'Egypte. La plupart des gens se moquent de cette élection et de la politique, ils se demandent comment ils vont boucler leur fin de mois... leur semaine, parfois même leur journée...", grince-t-il. Ahmed, petit vendeur de légumes de rue, ira voter Chafiq, le dernier Premier ministre de Moubarak, bien loin des idéaux de la Révolution auxquels il a cru "mais les Frères musulmans sont trop avides de pouvoir, et il faut un retour à la sécurité maintenant".

Suite à la dissuolution du Parlement, l'agence de notation Fitch a dégradé la note souveraine de l'Egypte en début de week end pour incertitudes politiques, à B+. Des considérations qui ont valu d'autres dégradations à l'Egypte au cours de cette année de transition agitée. Malgré ce contexte, le Fonds monétaire international (FMI) s'est dit déterminé à poursuivre les pourparlers avec Le Caire juste après le résultat de l'élection présidentielle, qui porte sur l'attribution d'un prêt d'un montant de 3,2 millliards de dollars. Un tel accord aurait dû être signé il y a déjà un an, sans les hésitations du général Tantaw qui dirigeait le pays à l'époque. Le 1er juillet, il était prévu que le budget de l'Etat soit voté par le Parlement, plus d'un an et demi après la Révolution. C'est le Conseil suprême des forces armées qui finalement devrait l'adopter.

 

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Commentaires
a écrit le 18/06/2012 à 11:51 :
LA GUERRE CIVILE LES ATTEND COMME EN ALGERIE APRES L'ANNULATION DES ELECTIONS DE 1992 !!!
a écrit le 17/06/2012 à 19:26 :
Tout cela n annonce rien de bon.. A part pour les marchands d armes.

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