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ÉconomieInternational

L'Afrique du Sud malade de son secteur minier

Robert Jules

Publié le 20 août 2012 à 14:11 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 12:58

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Le massacre de 34 mineurs sur le site sud-africain de Marikana montre que le "miracle économique" de l'après-apartheid reste illusoire. Le secteur minier, qui reste un atout de l'économie du pays, reflète l'absence de véritables réformes pour favoriser le développement du pays.

La situation restait confuse lundi sur le site minier de Marikana, en Afrique du Sud, où jeudi la police a abattu 34 mineurs et en a blessé 78, suite à une grève sans préavis dont la prinicipale revendication portait sur le triplement du salaire mensuel, de 400 euros actuellement à 1.250 euros. Selon les forces de l'ordre, les policiers ont été contraint d'ouvrir le feu pour se protéger face à des manifestants armés qui les chargaient.

Selon des informations fournies par l'exploitant, la société Lonmin, un peu plus d'un mineur sur quatre (27%) était présent à son poste lundi matin. Le groupe minier avait indiqué ce week-end que les grévistes, au nombre de 3.000, qui ne reprendraient pas le travail ce lundi seraient licenciés. Au total, 30.000 personnes travaillent sur ce site.

Rivalités syndicales

Aux 34 personnes tuées par la police, il faut ajouter la mort de 10 autres personnes, dont 2 policiers, lors d'affrontements entre syndicats. En effet, l'opposition frontale entre deux syndicats de mineurs, l'AMCU (Association of Mineworkers and Construction Union) et celui qui domine le secteur, le NUM (National Union of Mineworkers), complique la situation d'un secteur clé pour l'économie de l'Afrique du Sud, qui déjà doit composer avec le vieillissement de ses filons miniers, comme l'illustre la fermeture récente de la mine de platine Everest, à Lydenburg, exploitée par la société Aquarius, quatrième producteur mondial de platine.

Cette concurrence syndicale, qui a pris un tour tragique, est exacerbée par la donne politique. Le NUM est en effet proche du mouvement historique et dominant qui dirigne le pays, l'ANC (African National Congress), à travers le Cosatu, regroupant l'ensemble des syndicats sud-africains. L'AMCU dénonce une collusion entre la NUM, le gouvernement de Jacob Zuma et les sociétés minières. « La NUM possède des actions dans des compagnies minières », a assuré Fannie Bhengu, qui dirige l'AMCU sur le site de Lydenburg, citée par Reuters. Des accusations qui ont été rejetées par la NUM. Mais certains cas alimentent ces soupçons,  comme par exemple le cas de l'ancien leader du NUM, Cyril Ramaphosa, devenu un homme d'affaires, et qui siège au conseil d'administration de Lonmin.

Hausse des coûts de production

Surtout à ce climat social délétère s'ajoutent une hausse des coûts de production, des problèmes récurrents de fourniture d'électricité et une baisse des prix du métal précieux sur les marchés internationaux. En effet, le platine, dont le principal débouché industriel est la fabrication de pots catalytiques, subit la baisse de la demande liée aux difficultés que rencontre aujourd'hui l'ensemble du secteur de la construction automobile à travers le monde, notamment en Europe.

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En fait, le platine suud-africain pourrait connaître les mésaventures d'un autre métal précieux, l'or. Le pays a été le premier producteur mondial durant des décennies avant d'être détrôné par la Chine, il se situe désormais au quatrième rang. Cette perte de vitesse du secteur minier sud-africain s'est traduite par la suppression de dizaines de milliers d'emplois dans le secteur. Mais à la différence de l'or, dont les filons se sont épuisés, l'Afrique du Sud possède à ce jour 80% des réserves connues de platine de la planète, et deux sociétés sud-africaines, Anglo Platinum et Implats, contrôlent plus de 60% du marché du platine.

L'or plus cher que le platine

En 1999, l'once d'or évoluait à des plus bas de 20 ans, autour de 250 dollars, alors que celle de platine était quelque 120 dollars au-dessus de ce prix. Aujourd'hui, l'or est plus cher de 150 à 200 dollars que le platine. Lundi, ce dernier cotait autour de 1.613 dollars l'once contre 1.462 dollars pour le platine.

Mais le gouvernement de Prétoria doit surtout mettre en place une politique qui réponde aux attentes du secteur minier. C'est en effet les difficiles conditions de travail des mineurs qui régulièrement alimentent la constestation, et surtout le manque de perspective de leur amélioration. C'est un défi pour Jacob Zuma. "L'Afrique du Sud est classée comme un des pires pays en matière d'indemnités de licenciement », souligne par exemple l'ONG, Bench Marks Foundation.

C'est à cause d'un tel contexte que l'AMCU arrive à mobiliser les employés des mines pour des revalorisations de leurs revenus, qu'ils n'ont toujours pas obtenu, quelque 20 ans après la fin de l'apartheid qui avait vu le leader historique Nelson Mandela devenir le premier président noir de l'Afrique du Sud.

Or c'était déjà les grandes grèves des mineurs qui avaient été le fer de lance de la contestation de l'apartheid en son temps par la menace qu'elle representait pour l'économie sud-africaine, l'ANC au pouvoir serait bien inspirée de s'en souvenir.

Des réserves de platine d'une valeur de 2.000 milliards de dollars

Selon la banque Citigroup, citée par Reuters, les seules réserves de platine du pays représentent quelque 2.000 milliards de dollars de quoi favoriser une politique de long terme dans l'extraction de ce métal précieux qui emploie 135.000 personnes, principalement par trois sociétés - Anglo American Platinum , Implats and Lonmin.

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Les mineurs sud-africains sont donc loin de représenter l'aristocratie ouvrière comme c'est le cas par exemple au Chili, premier producteur de cuivre. Il est vrai que dans un pays où le taux de chômage dépasse les 25%, les moyens de peser sont réduits. Mais le massacre de Marikana est le signe que l'Afrique du Sud doit rapidement engager des réformes pour réduire la pauvreté dans une large partie de la population et les inégalités de plus en plus criantes.

Robert Jules

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