La bataille pour réduire l'usage des armes à feu aux Etats-Unis est perdue d'avance

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Cette publicité pour des fusils Daisy date de la fin des années 1960. Son message: De 7 à 17 ans, les fusils Daisy feront de vos noëls des moments inoubliables. DR
Cette publicité pour des fusils Daisy date de la fin des années 1960. Son message: "De 7 à 17 ans, les fusils Daisy feront de vos noëls des moments inoubliables." DR (Crédits : DR)
Malgré la tuerie de Newtown et les efforts de Barack Obama pour encadrer davantage le secteur, 42% des Américains veulent que leurs droits vis-à-vis des armes à feu soient préservés. Au pays de l'Oncle Sam, on demeure culturellement très attaché aux pistolets et aux fusils. La Tribune décortique les raisons de cette réalité sociale.

Les rescapés de la tuerie de Newtown ont repris jeudi le chemin de l'école. Mais pas question pour eux de revenir sur les lieux de la fusillade, où 20 de leurs camarades âgés de 6 et 7 ans ont perdu la vie le 14 décembre dernier : c'est un ancien collège de la ville voisine de Monroe qui accueille désormais ces garçons et filles. L'édifice a été intégralement rénové par des bénévoles, qui, selon Le Figaro, ont même reproduit des salles de classe à l'identique afin que le retour sur les bancs soit le plus paisible possible. Toutefois, les mesures de sécurité ont été renforcées. Ce sont maintenant des policiers armés qui accueillent les élèves, dont les images en pleurs après le massacre ont bouleversé les Américains.

Pourtant, à chaque tuerie de ce type, la réponse est toujours la même. Passé le premier choc, les Américains continuent à acheter des armes à feu. Ainsi, par rapport à 2006, le commerce licite des armes légères et de petit calibre a doublé aux Etats-Unis. Il a dépassé la barre des 8,5 milliards de dollars par an, indiquait cet été un rapport du "Small Arms Survey" (SAS). Pis, les ventes de fusils et pistolets ont même tendance à s'envoler après des tueries de masse. Comme cela était prévisible, la fusillade de Newtown n'a pas fait exception. Certes, Barack Obama semble cette fois plus déterminé que jamais à encadrer le secteur. "Nous n'avons pas le droit de dire que légiférer est trop dur et que nous n'allons donc pas essayer. Quelque chose doit marcher", a lâché fin décembre le président américain. Il compte au moins interdire les fusils d'assaut, les chargeurs de grande capacité et mettre en place une vérification des antécédents des acheteurs d'armes. Mais face à de puissants lobbys comme la National Rifle Association (NRA), et sans majorité à la Chambre des représentants, la tâche s'annonce pour le moins difficile.

"Le droit du peuple à abolir un gouvernement tyrannique"

Surtout, il y a un problème de fond qui relève davantage de la culture : les Américains sont accros aux calibres. D'après une enquête du Pew Research Center effectuée quelques jours après la tuerie de Newtown, 42% des Américains considère qu'il est important que leurs droits vis-à-vis des armes à feu soient préservés. Aux yeux de Zobel Behalal, responsable Paix et conflits à l'ONG CCFD-Terre Solidaire et spécialiste des questions de régulation du commerce des armes classiques, il s'agit-là d'une "réalité sociale", parfois difficile à comprendre sur le Vieux Continent. Comme le montre les vieilles publicités, acheter une arme constitue un acte presque banal aux Etats-Unis. Et cette "réalité sociale" est puissamment enracinée dans les mentalités.


Cette publicité pour les armes Iver Johnson date de 1903. DR

Selon le professeur Denis Lacorne, spécialiste de l'histoire politique des Etats-Unis au Centre d'études et de recherches internationales et fin connaisseur de la question, cette culture des armes à feu est liée à la fondation même du pays. "La création des Etats-Unis (avec la guerre d'Indépendance de 1776 à 1783, Ndlr), ce sont des colonies britanniques qui se révoltent contre la mère patrie", rappelle-t-il, soulignant que "le droit à se rebeller", ou "le droit du peuple à abolir un gouvernement tyrannique" figure dans la déclaration de Thomas Jefferson. C'est notamment pour cela que les milices armées ont toujours eu une place importante aux Etats-Unis.

Se faire justice soi-même

A côté de la déclaration d'Indépendance, il y a aussi la Constitution du 15 décembre 1791, dont le deuxième amendement stipule que "le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé". Pour Denis Lacorne, "on a d'emblée deux principes très forts qui soutiennent ainsi la souveraineté populaire".

Celle-ci, pour les pistolets Colt, est apparue en 1939. DR

Historiquement, posséder une arme apparaît donc comme naturel. C'est particulièrement vrai dans les Etats du sud : selon l'étude du Pew Research Center, 45% des habitants y possèdent une arme à la maison, contre 21% pour le nord-ouest du pays. "Leur attachement aux armes est très important depuis la guerre civile, décrypte Denis Lacorne. Sachant que par la suite, les sudistes ont continué de s'armer car ils vivaient dans la peur d'une révolte des Noirs." Selon lui, cette "tradition" a ainsi perduré. A cela, il faut ajouter un effet "conquête de l'ouest", où en l'absence de troupes fédérales et d'ordre établi, la population a pris l'habitude de se faire justice elle-même. A Dallas, au Texas, il est ainsi courant d'étrenner son calibre à la ceinture. La loi l'autorise, pour peu que l'on dispose d'un permis.

Une société très "militarisée"

Cette "démocratisation" des armes s'est ainsi solidement ancrée dans la société. En témoigne cette publicité de 1920 pour des fusils à air comprimé Daisy. Son titre: "Aidez votre garçon à grandir." Le tout suivi d'un tonitruant: "Quand votre garçon vous demande un fusil à air comprimé, sachez que c'est l'Américain fort et droit qui sommeille en lui qui ne demande qu'à se réveiller." Ou encore celle-ci pour Winchester des années 1960, estampillée "Waouw papa... une Winchester!" Ces messages et ces images possèdent un fort caractère rural. Elles font aussi état d'un certain rite de passage à l'âge adulte, comme si "on devenait un homme" en possédant une arme. Journaliste et auteure de Les pubs que vous ne verrez plus jamais* (dont certaines jalonnent cet article), Annie Pastor abonde en ce sens : "A Partir de 1920, dans leurs publicités, les armuriers montraient soit des cow boys, soit un père et un fils à la chasse, et parfois des compétitions de tir."

Autre facteur qui explique cet engouement pour les armes: "la société américaine est très militarisée", souligne Denis Lacorne. Du Vietnam à l'Afghanistan en passant par l'Irak, le pays est coutumier des guerres et autres opérations militaires. Chaque campagne fournit son lot d'anciens combattants, enclin à acheter des armes automatiques qu'ils ont appris à manier.

4,5 homicides volontaires pour 100.000 personnes

Reste la violence - voire l'ultraviolence - de la société, qui incite également les Américains à s'équiper. On dénombre aujourd'hui 4,5 homicides volontaires aux Etats-Unis pour 100.000 personnes, soit quatre fois plus qu'en France, souligne Denis Lacorne. Cette violence est surtout présente dans les ghettos urbains touchés par le chômage, la drogue et les gangs. On a par exemple dénombré pas moins de 513 homicides volontaires à Chicago pour la seule année 2012 (+15% par rapport à 2011), sachant que 90% des personnes tuées sont noires. Si les banlieues tranquilles de la classe moyenne sont globalement épargnées, la médiatisation désormais banale de cette violence fait le miel des fabricants d'armes, qui en écoulent environ 3 millions par an. S'en prendre à ce commerce, c'est donc s'attaquer à un pilier de la culture américaine. Un vrai parcours du combattant.

* Les pubs que vous ne verrez plus jamais d'Annie Pastor, aux éditions Hugo Desinge (2012)

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Commentaires
a écrit le 09/01/2013 à 10:56 :
la solution, interdire les munitions celles ci n'etant pas inclues dans la constitution americaine. Donc pas besoin d'ammendement de laconstitution! Obama en aura-t-il la volonte et le courage???
a écrit le 05/01/2013 à 15:12 :
laissons les américains avec leur philosophie de la vie et leur manière de vivre. Il faut faire attention qu'ils n'exportent pas cette philosophie en Europe: c'est le problème majeur.
a écrit le 05/01/2013 à 12:30 :
Surenchère dans la violence voilà une belle philosophie! Vous en serez la première victime.
a écrit le 05/01/2013 à 11:24 :
En France, seuls les criminels ont le droit d'êtres armés, et les braves gens de se faire tuer en étant désarmés!.
Réponse de le 04/09/2016 à 11:13 :
c'est sur que si au Bataclan, 300 personnes avaient sortie une arme, les choses se seraient passées autrement...
a écrit le 05/01/2013 à 11:22 :
Si en France chacun pouvait disposer à sa guise d'armes, la délinquance baisserait dans des proportions très significatives.
a écrit le 05/01/2013 à 11:02 :
bien vu de ressortir les anciennes affiches .. pas mal . !
a écrit le 05/01/2013 à 9:02 :
Tant que ce problème concerne les EU où se trouve le problème? Plus inquiétant est la mondialisation du problème sans législation commune!
Réponse de le 05/01/2013 à 11:07 :
Le probléme dépasse largement les frontières puisqu'il transparait dans le cinéma... et que ce modèle culturel est largement exporté depuis des décennies! L'autre probléme est que cela a quelque chose à voir avec la domination et accentue encore l'agressivité dans des domaines à priori détachés de cette problématique interne (comme le commerce) mais qui en disent long sur la psychologie des américains.
a écrit le 04/01/2013 à 20:46 :
Si les armes sont hors la loi,seul les hors la loi seront armés .
Réponse de le 05/01/2013 à 11:11 :
C'est effectivement l'argument porté depuis des décennies par les américains avec le résultat croissant que l'on connait!!!! C'est bien pour cela qu'on a crée la police...!!!
Réponse de le 05/01/2013 à 14:59 :
La police ? quelle police,avez tenté d'avoir la police au téléphone ? je vous souhaite bien du courage (vous avez demandé la police ? ne raccroché pas,vous avez demandez la police ........Etc.) de quoi être mort avant d'avoir un interlocuteur qui vous réponde,j'espére pour vous de ne pas avoir besoin dans faire l'expérience.
Réponse de le 06/01/2013 à 1:01 :
Vous exagérez
Réponse de le 06/01/2013 à 10:19 :
Non,Fanfan,simplement une histoire vécu à Montpellier,alors ?
a écrit le 04/01/2013 à 20:39 :
Concernant la réglementation sur les détentions d'armes cela est parfaitement vrai. Elles sont classées en plusieurs catégories. Un exemple flagrant de la stupidité de ce classement: un pistolet 9 mm auto est en 1 er cat. Donc soumis à autorisation préfectoral et enquête de police préalable avant acquisition. Un pistolet en cal 22 long rifle est en 5 eme cat c'est à dire que n'importe quel personne majeur peut s'en procurer un chez un armurier sur simple présentation d'une carte d'identitée. Ces deux armes peuvent tuer et pourtant le législateur à décide dans sa grande clairvoyance que l'une des deux était moins mortelle que l'autre? Idem pour certains fusils...
Réponse de le 04/01/2013 à 23:40 :
Je vous signale qu'il n'existe aucune armes de poing de 5 éme catégorie,seulement en armes d'épaules,voir la législation sur le port & le transport des armes a feux,les armes de poing sont en 1,4,7 & 8 catégorie.
Réponse de le 05/01/2013 à 10:27 :
que l'on se contente des armes existant lors de la rédaction du 2ème amendement cad lors de la marche vers l'Ouest et le Far West.
Réponse de le 04/09/2016 à 11:19 :
à farwest : si on vous suit, il faut autoriser quand même aux USA le colt 1873, en 45 long colt et la winchester qui va avec !! je vous dit pas les dégats !!!
a écrit le 04/01/2013 à 19:15 :
c'est vrai qu'en france,on est les spécialistes pour faire des lois dés qu'il y'a un drame ,ce qui fait que bien souvent on penalise les gens de bonne foi tandis que les voyous ne s'embarassent pas avec la loi !!!
a écrit le 04/01/2013 à 18:29 :
heu sauf erreur de ma part, la marque 'Daisy' que l'on voit sur l'affiche en tête d'article ne commercialise que des carabines à plomb et des répliques de fusil militaires qui ne tirent pas...
a écrit le 04/01/2013 à 18:26 :
Si on armait les jeunes dès 3 ans, et qu'on les amenait à l'école en véhicule blindé, cela ferait marcher le commerce et régulerait la démographie, car ceux capables d'arriver à l'âge de la retraite ne seraient pas beaucoup :-)
a écrit le 04/01/2013 à 17:52 :
J'ai entendu un père américain dire à son fils :" je préfère te porter des oranges en prison qques années, que des fleurs sur ta tombe le reste de mes jours!"
Réponse de le 05/01/2013 à 11:04 :
c'est pas faux !
Réponse de le 05/01/2013 à 11:21 :
Bien dit, et très juste!.
a écrit le 04/01/2013 à 16:29 :
Ce n'est pas un mal de disposer d'une arme, jusqu'à peu, le fusil était toujours sous le lit et les cartouches de l'autre côté.
Réponse de le 04/01/2013 à 17:19 :
c'est une question de point de vue... Dormir avec une arme ou une femme à ses cotés. Le plaisir n'est pas le meme selon le cas...
Réponse de le 04/01/2013 à 18:20 :
@Lutner: si elle est belle, tu peux te vanter d'avoir deux canons :-)
Réponse de le 04/09/2016 à 11:17 :
à lutner : le fusil sert justement à la défendre, cette femme qui dort à nos côtés !!
a écrit le 04/01/2013 à 16:24 :
Malheureusement le lobby des armes a feu a encore de beaux jours devant lui via la NRA. Rappelons quand même que ce lobby n'a pas vu le jour au momment de la guerre d'indépendance mais bien après. C'est au lendemain de la guerre de secession que l'usage et le port d'armes à feu s'est démocratisé. En effet la firme Colt, grande fabriquante d'armes devait écouler son énorme stock, elle a donc fait un énorme travail de lobbying auprès du congrès pour inscrire dans la constitution la liberté de chacun à s'armer. Avant la guerre de secession, il n'y avait que très peu d'armes en circulation. les milices furent réellement armées après.
a écrit le 04/01/2013 à 16:16 :
c'était perdu d'avance, constitution et centaines d'années à utiliser cette façon de faire, il n'est pas né, celui qui changera ces moeurs là !
a écrit le 04/01/2013 à 16:14 :
Le port d'arme est réglementé en France ! Ça n?empêche pas grand chose...
Réponse de le 04/01/2013 à 16:53 :
Que voulez vous dire?
Réponse de le 04/09/2016 à 11:26 :
exact Yves ! le port ( la détention, c 'est encore un autre sujet....) est impossible et pourtant les truands et terroristes se fournissent en AK 47 et autres berettas au "marché libre" des banlieues pour mieux assassiner ceux qui ne sont pas armés!!
l' angélisme et la trouille( des armes) sont criminels mais c'est symptomatique de la lâcheté de nos gouvernants successifs, qui n ont aucune confiance dans leurs citoyens !!
a écrit le 04/01/2013 à 15:54 :
le port d'arme est dans leur constitution alors oui c'est une bataille perdue d'avance.
a écrit le 04/01/2013 à 15:51 :
C'est comme la dissuasion nucléaire. Si vos voisins sont armés jusqu'au dents, vous voulez aussi être armé. Le seul moyen de se défaire de cette folie serait que tout le monde rende ses armes de guerre. Mission impossible dans une nation américain.
En même temps je n'ose imaginer les tueries en France quand on voit la facilité avec la quelle des gens qui semblent "normaux" pètent les plombs dans le métro ou ailleurs....
Réponse de le 04/01/2013 à 16:27 :
la facilité avec laquelle les gens pètent les plombs dans le métro ou ailleurs ", c'est vrai en partie, mais lorsque les gens qui doivent se lever tôt, par exemple doivent faire face à des huluberlus qui font la java constamment, que ni la police, ni les invectives dissuadent, certains en arrivent à sortir une arme et "pètent les plombs", on ne peut les approuver, mais on peut comprendre; notre société est rude, bruyante,peuplé d'individus si on a le malheur d'habiter tout à côté, sans respect pour l'autre, incivilités insupportables, démoniaques souvent, il faut l'avoir vécu pour pouvoir vraiment en discuter....et c'est le cas...et ce n'est pas si facile que ça de "péter les plombs", il faut qu'auparavant, il y ait eu doses massives, à long terme d'une "qualité de vie infernale....alors, c'est le crash"
Réponse de le 04/01/2013 à 16:31 :
La détention d'armes est très réglementée en France. les tireurs "sportifs" peuvent acquérir une arme ou plusieurs de différents calibres seulement après en avoir fait la demande auprès des services de préfectures. Ils doivent également justifier de leurs inscriptions dans un club de tir reconnu. Il éxiste donc de nombreux détenteurs d'armes légaux sans compter les chasseurs. Paradoxalement et toute proportions gardées, il existe très peu d'accidents dû à l'emploi d'armes à feu en France. La plupart ne concerne que des armes dites "aux yeux bleu" cad non enregistrées...
Réponse de le 04/01/2013 à 17:01 :
Autre exemple la Suisse. Tout citoyen Suisse est détenteur d'une arme de guerre chez lui avec des cartouches dans une boite scellée. Régulièrement, ils participent à des séances de tirs obligatoires. Assiste t'on à des tueries dans ce pays particulièrement plus qu'ailleurs? Non, car il s'agit d'une question de culture et de responsabilisation de l'individu. Je pense donc que certains américains ont une approche assez équivoque pour ne pas dire malsaine des armes à feu. Au lieu de privilégier l'apaisement c'est au contraire la surenchère qui apparait suite au massacre de Newton.
Réponse de le 04/01/2013 à 17:18 :
en france, armes de guerre automatiques sont interdits
Réponse de le 04/01/2013 à 18:22 :
@Lutner: c'est sûr que les malfrats attendent l'autorisation de la préfecture avant de braquer les banques :-) cela ferait brouillon s'ils n'attendaient pas :-)
a écrit le 04/01/2013 à 15:37 :
comme quoi la pub qui permet d'avoir des sites gratuits paye aussi pour avoir des bons papiers !

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