Banque des Brics : le compte n'est pas bon

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Les pays regroupés au sein de l'acronyme "Brics" ne sont pas parvenus, mardi 26 mars, à s'accorder sur le financement et le siège de leur banque de développement, un projet emblématique de leur volonté d'indépendance qui ne sera donc pas bouclé lors de leur sommet annuel à Durban.

Les cinq pays émergents des Brics ont bouclé mercredi leur cinquième sommet à Durban, qui devait être celui de l'avènement d'un Sud alternatif face à l'occident. L'ambition des Brics est de créer des institutions ou des équipements permettant aux cinq pays de s'affranchir de la domination des pays occidentaux. La banque de développement doit leur permettre de se passer de la Banque mondiale, et les réserves de change du Fonds monétaire international (FMI). Mais il a surtout été la marque de leur incapacité à s'entendre pour fonder des institution communes, la création d'une banque de développement ayant notamment été remise à plus tard.

L'Afrique du Sud attendait beaucoup de la banque de développement

L'Afrique du Sud, qui forme les Brics avec le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, espérait beaucoup de la création de cette banque, censée financer une partie des immenses besoins en infrastructures de sa région --une initiative déjà annoncée l'an dernier au précédent sommet en Inde. Mais le président Jacob Zuma s'est contenté d'annoncer le lancement officiel de négociations, et non la création de la Banque comme certains l'espéraient. 

"Nous avons décidé d'ouvrir des négociations formelles pour fonder une nouvelle banque de développement menée par les Brics, destinée à nos propres besoins en infrastructures qui sont considérables, environ 4.500 milliards de dollars ces cinq prochaines années, mais aussi pour coopérer avec les autres marchés émergents et les pays en développement à l'avenir", a-t-il déclaré devant ses hôtes. "Nous sommes satisfaits par le fait que la création d'une nouvelle banque de développement est viable", a-t-il sobrement noté, sans un mot sur le siège de ce futur établissement que revendique son pays. Les cinq referont le point en marge du G20 de Saint-Pétersbourg (Russie) en septembre, a-t-il ajouté.

La Russie freine sur la mise de départ

Le ministre russe des Finances Anton Silaunov a relevé que les pays devaient encore s'accorder sur le montant que chacun est prêt à apporter au capital et sur la répartition des voix. La nouvelle banque devait être selon les études dotée d'un capital de départ de 50 milliards de dollars. Soit 10 milliards par pays. Et alors que de nombreux Sud-Africains commençaient à se demander comment réunir une telle somme correspondant à environ 2,5% de leur PIB, ce sont les Russes qui freinent, proposant une mise de départ de 2 milliards chacun.

 "Nous croyons que les projets de développement doivent se faire pas à pas", a indiqué à l'AFP le représentant russe pour l'Afrique, Mikhaïl Marguelov. "La banque des Brics doit être une banque de développement, et je crois qu'il est préférable de parler des projets. Et après nous parlerons des sommes nécessaires", a-t-il souligné. Jacob Zuma a sobrement évoqué mercredi un capital "substantiel et adéquat".

"La banque de développement des Brics ouvre les portes vers de nouvelles initiatives de coopération", s'est néanmoins félicité le Premier ministre indien Manmohan Singh. "Aujourd'hui, notre forum est devenu plus cohérent et plus pertinent." Pour le quotidien économique sud-africain Business Day, la banque de développement des Brics sera surtout "symbolique", quand elle sera enfin créée. Et bancale compte tenu de l'hétérogénéité des Brics. "Le plus gros problème avec ce concept, c'est qu'il semble émaner au moins autant du désir de rivaliser avec la Banque mondiale que du désir d'une institution favorisant les infrastructures supportant le commerce. (...) Et cette décision idéologique est enracinée dans une approche étatiste du développement", a-t-il écrit dans un éditorial.

Le fonds de réserves de changes deux fois moins doté que prévu

Quant au pot commun dans lequel les cinq pays doivent mettre une partie de leurs réserves de changes pour se protéger des retournements de la conjoncture, il ne se montera qu'à 100 milliards de dollars, selon M. Zuma, soit deux fois moins que prévu. Pour lui aussi, les cinq pays feront le point à Saint-Pétersbourg en septembre, a-t-il dit. Tout comme celui de banque de développement, ce projet illustre la frustration suscitée au sein des pays émergents par leur dépendance vis-à-vis de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, deux organisations trop liées à leurs yeux aux intérêts des pays les plus riches et dont les "plans d'ajustement structurel" ont laissé de mauvais souvenirs. Les réserves de change communes, alimentées par les banques centrales, pourraient être utilisées pour venir en aide aux pays souffrant de déséquilibres marqués de leur balance des paiements et pour stabiliser des économies en crise.

Accord bilatéral Brésil - Chine

A Durban, les deux principales économies du groupe, la Chine et le Brésil, ont marqué leur détermination à faire évoluer l'architecture financière et commerciale mondiale en signant un accord sur trois ans couvrant jusqu'à 30 milliards de dollars (23,4 milliards d'euros) d'échanges bilatéraux. Le texte vise à faire en sorte que les relations commerciales entre Brasilia et Pékin n'aient pas à souffrir d'une nouvelle crise bancaire qui viendrait à assécher les financements en dollars. "Si le marché financier mondial subissait de nouveaux chocs, avec à la clé une raréfaction du crédit, nous obtiendrions du crédit auprès de notre plus important partenaire étranger, il n'y aurait donc pas d'interruption du commerce", a expliqué le ministre de l'économie brésilien, Guido Mantega.

Crainte face la domination chinoise

De nombreux pays émergents craignent que les institutions des Brics n'assoient un peu plus la domination des Chinois, omniprésents en Afrique depuis quelques années. Business Day rappelle d'ailleurs que la banque d'import-export chinoise Exim Bank accorde déjà davantage de prêts que la Banque mondiale, pour financer des projets "Made in China". Les leaders des Brics devaient encore rencontrer mercredi après-midi une quinzaine de dirigeants africains dans un hôtel de luxe au nord de Durban.

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Commentaires
a écrit le 14/07/2014 à 11:38 :
? SI LEURS PROJET DE BANQUE REUSSIE C EST BIEN POUR LE DEVLOPEMENT DE CES PAYS?I MAIS IL FAUT QU IL LE FACE COMME LE FAIT L EUROPE AVEC DES STATUTS ET PROJET BIEN DEFININIE A L AVANCE???
a écrit le 28/03/2013 à 12:00 :
Ah, les Brics...


Regroupement de pays ayant une comptabilité à l'humeur du moment, chiffres magique, aaaaah c'est le rêve non ? Nous devrions essayer en Europe, de - 1700 j-1 à +1700 j+1...
a écrit le 28/03/2013 à 3:05 :
Les Américains ont empêché DSK de faire la reforme internationale, le BRICS la bien compris et voilà c'est la fin de la domination programmé du dollar, bientôt la Russie et la Chine seront nommées l'axe du mal avec la troisième guerre mondiale à la clé.

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