Egypte : l'Arabie saoudite prête à prendre le relais si l'UE décide de suspendre ses aides

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La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, rencontrait des représentants du gouvernement égyptien par intérim, le 29 juillet. (Photo: Reuters)
La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, rencontrait des représentants du gouvernement égyptien par intérim, le 29 juillet. (Photo: Reuters) (Crédits : Reuters)
Alors que les violences continuent en Egypte, les chancelleries de l'Union européenne menacent de suspendre leurs aides au pays. Une réunion doit avoir lieu mercredi sur ce sujet. Ryad prévient déjà que les pays arabes voisins pourraient compenser.

Pendant qu'en Egypte, le bilan des violences s'alourdit, les négociations diplomatiques s'accélèrent. Selon les derniers chiffres communiqués, quelque 850 personnes ont été tuées depuis cinq jours dans les affrontements entre partisans de l'ancien président Mohammed Morsi et ses opposants, dont 27 policiers ce lundi, dans le Sinaï. 

  • Les craintes de l'UE

Les ambassadeurs auprès de l'Union européenne chargés des questions de sécurité se réunissaient ce même jour. A l'issu de cette rencontre, Bruxelles a annoncé la tenue d'une nouvelle réunion, mercredi, entre les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne. L'enjeu : la suspension ou non des aides accordées par l'UE à l'Egypte. Les responsables de la diplomatie européenne étudieraient en outre un embargo sur les armes, selon l'agence Reuters. 

>> L'UE menace de revoir ses relations avec le Caire si la violence ne cesse pas

"Nous regrettons profondément que les efforts internationaux", pour tenter de ramener le calme dans le pays n'aient pas abouti, ont écrit la veille, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso ainsi que celui du Conseil européen, Herman Van Rompuy dans un communiqué commun. "Les appels en faveur de la démocratie et des libertés fondamentales pour la population égyptienne ne peuvent être négligés, encore moins rejetés dans le sang", ont-ils argué. 

  • L'Egypte sous perfusion

Or, l'aide de 5 milliards d'euros promise au pays pour la période 2012-2014 est d'autant plus cruciale que le pays est exsangue. Confrontée à une forte chute du tourisme, sa première source de revenu, et à un niveau d'importation de matières premières toujours élevé, l'économie égyptienne dépend de l'aide internationale. Les négociations pour un prêt du FMI étant bloquées depuis plusieurs mois, certains de ses voisins arabes ont déjà ouvert leur portefeuille.

  • L'Arabie saoudite prête à compenser

Ce lundi l'Arabie saoudite promet d'aller encore plus loin. Le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal a ainsi annoncé ce lundi que "la nation arabe et islamique, avec les ressources dont elle dispose, n'hésitera pas à apporter son aide à l'Egypte". Concrètement, l'Arabie saoudite donc, ainsi que les Emirats Arabes Unis continueraient d'apporter leur soutien au gouvernement de transition. Depuis plusieurs jours, Ryad affiche son soutien au pouvoir, et notamment au général Abdel Fattah Al-Sissi, le nouvel homme fort de l'Egypte, en qualifiant par exemple certaines exactions attribuées à des partisans de Mohammed Morsi d'actes de "terrorisme". 

Par ailleurs, le Qatar - ayant lui soutenu financièrement l'Egypte quand les Frères musulmans étaient au pouvoir - pourrait être moins enclin a participer.  Son ministre des Affaires étrangères, reçu dimanche par son homologue français Laurent Fabius, s'est borné à affirmer que son pays n'avait "jamais aidé une partie égyptienne ou un parti politique égyptien. L'aide a toujours été fournie à l'Egypte". 

  • Les Etats-Unis revoient leur aide militaire

Les relations diplomatiques se tendent également entre les Etats-Unis et l'Egypte. Vendredi, la Maison Blanche décidait de suspendre des exercices militaires conjoints. En outre, son plan de soutien à l'armée du pays - soit 1,3 milliards de dollars - ainsi qu'une aide économique de 250 millions de dollars sont elles aussi dans la balance. Selon le secrétaire d'Etat, John Kerry, sur la somme prévue, il reste "environ 585 millions de dollars qui n'ont pas été engagés" dans les transactions déjà en cours. 

"Toute notre assistance à l'Egypte fait actuellement l'objet d'un réexamen et nous envisagerons les prochaines étapes quand nous le jugerons nécessaire. Pour l'instant, aucune décision supplémentaire n'a été prise concernant l'assistance (...) un réexamen est en cours", a indiqué à l'AFP une porte-parole du département d'Etat américain. 

  • Les médias occidentaux dans le viseur du gouvernement de transition

A noter également: comme lors d'autres conflits par le passé, la couverture médiatique des événéments, et donc la façon de les qualifier, fait l'objet d'une polémique. Le gouvernement de transition égyptien, via son Service d'information (SIS) a accusé le 17 août dans une lettre certains correspondants étrangers de "s'éloigner le l'objectivité" et de présenter les événements de manière "favorable" pour les Frères Musulmans. Le blog du magazine spécialisé Foreign Policy rappelle que les attaques à l'encontre de certains de ces correspondants se sont accrus depuis plusieurs jours. 

  • Moubarak libéré?

Surtout, les violences ne semblent pas prêtes de prendre fin. D'autres appels à manifester ont été lancés et la possible libération de Hosni Moubarak risque d'aviver la colère de la rue. Selon l'avocat de l'ancien président égyptien, le parquet l'a blanchi ce lundi des accusations de corruption portée contre lui. D'autres charges pèsent contre l'ancien président déchu: il comparaît en appel depuis samedi pour complicité de meurtres d'opposants lors de la révolution de janvier-février 2011. Une libération anticipée risque de rajouter encore un peu d'huile sur le feu. 

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Opinion >> "C'est l'autoritarisme qui pose problème, pas l'islam!"

(Article créé le 19/08/2013 à 16:18, mis à jour à 18:17)

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a écrit le 21/08/2013 à 5:41 :
la seule démocratie c'est le peuple ,il est le souverain de son pays et les politiques n'en sont que les factotums, alors quand un président est déposé par le peuple , lui et ses partisans,
n'ont qu'une solution "partir" tout refus le rend illégitime , les textes constitutionnels ,ne sont pas érigés pour qu'une caste ait une rente à vie , mais pour protéger le peuple et la nation,
cela est valable pour l'égypte , mais aussi pour les démocraties occidentales qui ont perdues le sens de la démocratie en méprisant le peuple , et faisant la promotion de l'ob scurentisme , en soutenant "les fréres musulmans" alliés d'al quaida , l'union européenne , incapable de résoudre une quelconque crise a l'intérieur de ses frontières , quelle quelle soit , s'érige en donneuse de leçons, alors que la commission européenne est un modèle d'anti-démocratie ! de quoi etre dubitatif quand ces mêmes éméchés arment en syrie al quaida . démocratie ? certainement pas en europe.
Réponse de le 22/08/2013 à 10:09 :
TOUS A FAIS M R CLEMEMT BRAVOS POUR VOS ANNALISSES???
a écrit le 20/08/2013 à 14:53 :
Quand on veut la démocratie, on l'assume jusqu'au bout, un point c'est tout. Le seul président légitime en Egypte reste Mohamed MORSI. Je lis les réactions, et je comprends qu'en réalité, ce qui pose problème ce n'est pas l'"islamisme", mais tout simplement l'Islam. La majorité des commentaires sont racistes, islamophobes et stupides. Vous en venez à légitimer un massacre de manifestants pacifiques sous prétextes que ces manifestants soient musulmans et qu'ils le revendiquent, dans un pays musulman, qui plus est ! Impossible de regarder plus loin que le bout de vos nez, les frères musulmans sont persécutés depuis des décennies, et l'armée voit en eux un contre-pouvoir réel, d'où ce coup d'Etat.
a écrit le 20/08/2013 à 14:33 :
La dernière chose à faire est d'abandonner financièrement un peuple courageux. L'Occident cautionne le terrorisme. Compte tenu de l'intelligence de nos gouvernants de l'U.E rien de surprenant..!
a écrit le 20/08/2013 à 12:53 :
L'Europe et la France en particulier, ne peuvent pas soutenir un coût d'état militaire. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Certes la présidence de M. Morsi peut ne pas plaire (et c'est mon cas), mais il a été démocratiquement élu. Et ce qui a été fait démocratiquement, doit être défait démocratiquement. Des manifestations du peuple peut arriver à ce résultat. Mais cela ne doit pas se faire avec l'appui de l'armée. Car cela devient un coût d'état. Une nouvelle élection dans ces conditions ne servira à rien. Car n'importe quel nouveau président, ce saura sous la coupe du pouvoir militaire. Et donc cela reviendra à une dictature militaire sous couvert d'une présidence fantoche et d'une démocatie de façade.
a écrit le 20/08/2013 à 11:41 :
Il est certainement plus simple et plus fun que l'UE la ramène concernant l'Egypte plutôt que de s'intéresser à Gibraltar (petit conflit local) et à Chypre (petite occupation locale). Et d'abord, c'est quoi la politique étrangère de l'UE?
a écrit le 20/08/2013 à 10:25 :
La france est l europe n a plus les moyens de soccuper des autre pays ,? LES PAYS AU PETROS DOLLARD ARABES L ONT ALORS LA SAGESSE SERAIS DE LES LAISSER SE DEBROULLER ENTRE EUX ???
a écrit le 20/08/2013 à 10:19 :
laisson du temp au temp paris ne c est pas fait en 1 ans,? M R SARCOSI na rien fait de plus en 5 ans ? A PART 6 MILLIARS DE DETTE ET 1 MILLION DE CHOMEUR EN PLUS ???
Réponse de le 22/08/2013 à 10:06 :
tous a fais m r clememt ?
a écrit le 20/08/2013 à 9:43 :
Les autres pays ne disent rien principalement l'Allemagne mais vendent à tour de bras font repartir leur économie. Nous en tant que petite puissance mais grande gueulle nous protestons mais nos entreprises coulent et nos ouvriers restent au chômage.
a écrit le 20/08/2013 à 9:31 :
normal que les arabes les aides,nous ,nous sommes rmistes a causes D EUX
Réponse de le 23/08/2013 à 16:07 :
travail pour les rmistes et arrete de commenter
a écrit le 20/08/2013 à 8:16 :
L'UE a-t-elle réagit lorsque M. Morsi était au pouvoir et assassinait à tour de bras?
Pour moins que ça, d'autres ont été traduit devant le tribunal pour crimes contre l'humanité.
a écrit le 20/08/2013 à 7:45 :
L'Europe politique n'existant pas, toutes les décisions annoncées ne peuvent être que contre productives.La France qui combat les Islamistes au Mali mais qui était prête à fournir des armes aux islamistes qui combattent en Syrie, l'Allemagne toujours pragmatique qui n'intervient nulle part mais qui fait du commerce partout et L?Angleterre qui est le sous marin des américains pour compliquer la situation ! Bref un bide total d'une UE stérile !
a écrit le 19/08/2013 à 22:12 :
Lorient n'a pas besoin de l'Occident pour régler ses problèmes je pense sincèrement qu'il sont assez sage pour savoir ce qu'il doit faire, Et puis quand l'on voit ce qui s'y passe on ferait mieux de s'occuper de nos oignons et de balayer devant notre porte avant de nous mêler de quelques conflits que ce soit pour notre notre propre intérêt.
a écrit le 19/08/2013 à 21:40 :
L'Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis continent de se tirer la bourre avec le Qatar à coup de millions de dollars, salafistes contre frères-musulmans. L'islam modéré est financé par qui ?
a écrit le 19/08/2013 à 20:52 :
Mais que fait donc l'improbable BHL, pas encore vu ses petits bras s'agiter dans sa chemise blanche, c'est vrai que pour l'instant rien ne met en joue Israël....
a écrit le 19/08/2013 à 20:09 :
laissez les égyptiens régler eux memes leur problème ,l'europe doit etre neutre pour pouvoir jouer un role positif et surtout se méfier des turcs nostalgiques de l'empire sanguinaire ottoman qui veulent reprendre le monde arabe avec l'aide des islamistes de morsi ,l'armée égyptienne fait son devoir d'écarter les terroristes islamistes au service de la turquie!
a écrit le 19/08/2013 à 19:04 :
Les Occidentaux semblent avoir décidé de faire toutes les fautes possibles: après le désastre de l'intervention en Irak, qui devait libérer le pays d'un dangereux (?) dictateur mais qui se solde par une terrible guerre civile, après le lamentable fiasco de l'intervention européenne en Lybie qui était destinée aux forces "démocratiques" que l'on sait, après l'échec total de l'intervention américaine en Somalie qui a poussé le pays dans les bras des pires islamistes, voilà que les apprentis sorciers veulent donner de nouvelles leçons de démocratie en Egypte et en Syrie, sans doute pour n'aboutir qu'à des scénarios similaires.
Laissons les armées de ces pays rétablir l'ordre au lieu de propoager les guerre civiles bien plus sanglantes au nom d'une démocratie illusoire. L'Union Européenne ferait mieux de s'occupper de ses moutons.
a écrit le 19/08/2013 à 18:35 :
Toutes mesures visant à faire faire des économies aux contribuables européens est la bienvenue.Répartir les pétros-dollars au Moyen-Orient de façon équitable ne peut qu'aller dans le sens du progrès politique et économique.
a écrit le 19/08/2013 à 18:13 :
L'UE, la France et l'occident n'ont rien compris à ce qu'il se passe en Egypte ... Ils sont en train de se sortir du jeu eux-mêmes avec leur approche bisounours ... Les saoudis, qataris et émiratis sont bien mieux avisés (et/ou conseillés).
a écrit le 19/08/2013 à 18:12 :
Et toc ! Une paire de claques bien méritées ! Les chefs de la diplomatie des 28 pays de l'UE qui devraient se réunir mercredi à Bruxelles, seraient bien inspirés de l'annuler pour faire quelques économies dont ils ont grand besoin !
a écrit le 19/08/2013 à 17:51 :
De toutes façons, c'est nous qui payons, puisque les dollars des pays du Golfe sortent de notre poche!!
Un point positif: une économie de 5 milliards pour l'UE;
Un point négatif: la perte d'influence au profit des "grandes démocraties" du Golfe!!
Mais, l'Europe a tout intérêt à rester au côté d'un grand pays comme l'Egypte, qui aspire à devenir une démocratie et à promouvoir un Islam modéré.Sa réussite serait le meilleur exemple à faire valoir dans la région.
Toute forme de sanction, blocus, sanction ou autre boycott, ne ferait que radicaliser les attitudes et alimenter les rancoeurs (cf l'Iran); ce qui serait totalement inutile, injustifié et contre-productif.
La France a tout intérêt à tisser des liens étroits et amicaux avec les pays méditerranéens: c'est là que se situe une bonne partie de son avenir.
Cela sera soit sa réussite, soit sa perte!
Mais, tant que nous n'aurons pas notre propre doctrine, dictée par NOS intérêts et aspirations, nous courrons à la catastrophe, pendant que nos commanditaires tirent les marrons du feu!

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