Etats-Unis : un boom de la croissance en trompe l'oeil

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La croissance a été bien plus forte que prévu au troisième trimestre. Mais les fondamentaux ne sont pas si bons que cela. Ils sont le reflet de la politique monétaire de la Fed qui dope certains secteurs, pendant que d'autres voient leurs difficultés s'accroître. (Photo : Reuters)
La croissance a été bien plus forte que prévu au troisième trimestre. Mais les fondamentaux ne sont pas si bons que cela. Ils sont le reflet de la politique monétaire de la Fed qui dope certains secteurs, pendant que d'autres voient leurs difficultés s'accroître. (Photo : Reuters) (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Le PIB américain a progressé de 2,8% au troisième trimestre en rythme annualisé, bien plus que les 2% attendus. Mais cette progression semble être en partie due à un importante reconstitution des stocks. Les fondamentaux, eux, ne sont pas si bons.

C'est une surprise pour la majorité des économistes. Au troisième trimestre, le produit intérieur brut des États-Unis a progressé de 2,8% en rythme annualisé, contre 2% attendus selon le consensus Reuters. Alors, au beau fixe l'économie américaine?

L'effet d'une reconstitution involontaire des stocks

Pas vraiment. En fait, la croissance du PIB américain a surtout été le fruit d'une progression des stocks très importante, qui ont participé à hauteur de 0,83 point aux 2,8% enregistrés.

"A mon avis, cette reconstitution des stocks est involontaire, explique Alexandra Estiot, de BNP Paribas. Les entreprises ont constitué leurs stocks en fonction d'anticipation d'une demande supérieure à ce qu'elle a finalement été. Elles se sont donc retrouvées avec des stocks sur les bras plus importants que prévu."

Mauvaise orientation de la consommation et des investissements

De fait, en progression de 1,5%, la consommation des ménages a ralenti au troisième trimestre. Et c'est elle qui tire vers le bas l'ensemble de l'économie américaine. "Quand on regarde la demande intérieure, ce n'est pas terrible", explique Alexandra Estiot.

Par ailleurs, cette mauvaise orientation de la consommation des ménages a, par voie de conséquence, des effets sur les investissements des entreprises, qui, ne voyant pas de perspectives positives n'ont pas intérêt à augmenter leurs facteurs de production.

"C'est d'ailleurs ce qui explique que les chiffres de l'emploi américain ne soient pas à la hauteur des attentes non plus", explique l'économiste de BNP Paribas. En l'absence de perspectives, les entreprises n'embauchent pas.

Le reflet d'un accroissement des inégalités qui pèse sur l'économie américaine

En revanche, on note un bond à 7,8% des dépenses de consommation dans les biens durables. Ce qui explique la légère progression de la consommation. Mais celle-ci est le reflet d'un accroissement des inégalités qui pèse sur l'économie américaine, dont le potentiel de croissance se situe aux alentours de 4 à 4,5% du PIB, selon BNP Paribas. L'achat de biens durables est en effet accessible à ceux qui peuvent se financer.

"Cette dichotomie entre ceux qui vont bien et ceux qui vont mal vaut pour les entreprises comme pour les ménages. Les grosses entreprises profitent de financements facilités sur les marchés et les ménages aisés d'effets de richesses grâce à la progression des prix dans l'immobilier", selon Alexandra Estiot.

Le résultat de la politique monétaire de la Fed, qui profite essentiellement aux entreprises capables de se financer sur les marchés, dopés par l'afflux de liquidités et aux propriétaires solvables.

L'inflation toujours en dessous de l'objectif fixé par la Fed

Quant à l'inflation, en s'établissant à 1,8% en rythme annualisé, elle est encore en deçà de l'objectif que s'est fixé la Fed. Dans toutes ces conditions, on comprend pourquoi la banque centrale américaine n'a pas l'intention de réduire ses injections de liquidités sur les marchés.

A noter par ailleurs, qu'en raison de la fermeture des services administratifs pendant plus de deux semaines en octobre, l'administration n'a pas pu disposer de toutes les données pour réaliser son estimation. Une deuxième évaluation est prévue pour le 5 décembre. Il sera alors possible d'y voir plus clair.

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Commentaires
a écrit le 12/11/2013 à 14:15 :
Ils gardent les yeux rivés sur la consommation de ceux qu’ils étranglent.
Spéculation n'est pas financement, virtuel n'est pas économie réelle.
Argent entreprise salariés/clients ventes wow c'est compliqué comme jeu !
a écrit le 08/11/2013 à 10:17 :
Des réformes systémiques sont nécessaires... Il faut changer le mode de gouvernance, diminuer les inégalités, mieux réguler le système financier, relocaliser la production sur le territoire national.
a écrit le 08/11/2013 à 0:03 :
J'aime bien la notion de "potentiel de croissance" qui consiste à laisser la possibilité aux experts de dire des chiffres invérifiables.
a écrit le 07/11/2013 à 19:57 :
Comment un pays où 1% de la population a 20% du PIB, où ces 1% captent 50% de la croissance de ces 10 dernières années, peut-il être compétitif? Par bien des aspects (grande partie sous le seuil de pauvreté, infrastructures vétustes, déclin rapide de la classe moyenne...), les USA ressemblent à un pays du tiers monde! Mais après tout on s'en fout, tant que les riches s'enrichissent... Vive le modèle libéral
a écrit le 07/11/2013 à 19:56 :
Comment un pays où 1% de la population a 20% du PIB, où ces 1% captent 50% de la croissance de ces 10 dernières années, peut-il être compétitif? Par bien des aspects (grande partie sous le seuil de pauvreté, infrastructures vétustes, déclin rapide de la classe moyenne...), les USA ressemblent à un pays du tiers monde! Mais après tout on s'en fout, tant que les riches s'enrichissent... Vive le modèle libéral
Réponse de le 08/11/2013 à 0:15 :
Modèle libéral ou social, les "démocraties" sont à bout de souffle.
a écrit le 07/11/2013 à 19:44 :
Il n'y a aucune croissance aux USA car le PIB est maquillé par l'investissement.
a écrit le 07/11/2013 à 19:11 :
encore et toujours ces critiques envers les usa regardez le bordel en europe la faillite de l europe la misére en europe les déficits les récessions les chomages lv otre europe est dans une situation CATASTROPHIQUE alors les us en trompe l œil revellez vous l euro fort a tué l europe
Réponse de le 07/11/2013 à 20:45 :
Regardez bien les chiffres et décortiquez les !! en plus ils sont publics!!! et apres votre rêve US s’évanouira !!
Et puis on ne vous retient surtout pas, bye bye Europe, welcome USA !!!
Réponse de le 08/11/2013 à 8:56 :
Justement ! Si vous avez décortiqué les chiffres , vous avez certainement vu que cette progression du PIB s'est effectuée malgré une réduction très importante des dépenses gouvernementales due aux coupes automatiques. A Moscou aussi, ils étaient persuadés que leur économie rattraperait sous peu l'économie US. Le coq gaulois , seul animal capable de chanter, les 2 pattes dans la merde.
a écrit le 07/11/2013 à 19:02 :
Les chiffres intérimaires américains sont à prendre avec la plus grande prudence, on ne retrouve jamais leur projection sur les chiffre annuel. Mais il est vrai que la survalorisation des entreprises américaines, en partie purgées par les Q.Es qui sur la base moyenne d'un trillion par an produisent un effet non négligeable, permet en cascade une consommation de richesse fictive. Elle est bien réelle mais non reproductible. par ailleurs la "hot monnaie" américaine est rentrée en masse d'Inde ou de Chine ou d'Europe et la hot money étrangère afflue dans le pays pour cause de crise locale. Mes calculs m'amènent à dire que la croissance réelle (hors inflation) sera égale à 0, 2 en 2013. C'est peu mais il est force de constater comme je le dis régulièrement au risque de surprendre que nous sommes dans une économie généralisée régressive.

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