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ÉconomieInternational

Faillite des États-Unis, et si cela arrivait ?

Romain Renier et Marina Torre

Publié le 15 octobre 2013 à 10:07 - Mis à jour le 15 octobre 2013 à 12:19

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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Les États-Unis feront-ils défaut ? C'est peu probable, selon la plupart des analystes. Mais si cela arrivait quand même ? Voici quelques pistes pour comprendre les conséquences d'une éventuelle faillite américaine.

"Très improbable". C'est ce que pense Goldman Sachs d'un éventuel défaut américain en cas de désaccord final entre républicains et démocrates sur le relèvement du plafond de la dette d'ici au 17 octobre, alors que l'État fédéral est déjà à l'arrêt depuis le 1er octobre dernier. "Mais si cela arrivait quand même?", comme se l'est demandé un éditorialiste américain de Bloomberg. La réponse est unanime : chômage, crise, effondrement de la demande, panique... bref, le chaos.

En vérité, tout dépend de la manière dont cela arriverait, et de combien de temps cela durerait. Mais quoiqu'il arrive, l'impact tant psychologique qu'économique serait très important. Voici quelques pistes afin de saisir les enjeux concrets.

Le chaos n'est pas pour le 18 octobre

Tout d'abord, "ce n'est pas parce qu'un accord n'est pas trouvé le 17 octobre que les États-Unis se retrouveront immédiatement en situation de défaut", commence par tempérer Alexandra Estiot, numéro deux de la recherche économique chez BNP Paribas.

De fait, le Trésor dispose de réserves, et étant données les échéances à venir, "cela devrait aller jusqu'au 1er novembre", explique-t-elle. En fait, le risque est surtout sur les intérêts, mais le Trésor devrait être en mesure de rembourser le principal.

"Mais une chose apparaît comme de plus en plus évidente, selon elle, si cela arrivait, le Trésor ne pourrait pas donner priorité à tel ou tel paiement car tout cela est fait de manière automatique et sans intervention humaine". Il ne pourrait donc pas y avoir de défaut ordonné. Ce qui rend les pronostics très aléatoires.

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L'équilibre budgétaire forcé plongerait le pays dans la récession

Quand bien même, et c'est la conséquence la plus certaine et la mieux quantifiable d'un non relèvement du plafond de la dette américaine : avant même qu'il y ait défaut, le gouvernement ne pourrait tout simplement plus avoir de budget en déficit.

Les États-Unis, maintenus dans un état de "shutdown permanent" pire que celui subi actuellement selon Goldman Sachs, ne pourraient plus dépenser que l'équivalent des recettes fiscales.

Résultat : une coupe automatique d'environ 4 points dans les dépenses publiques selon une fourchette haute (1,7% de PIB selon Goldman Sachs). Or, "aujourd'hui, l'économie américaine va mieux qu'il y a quelques années, mais elle est toujours convalescente. L'effet des multiplicateurs budgétaires serait donc supérieur à la normale, et on pourrait s'attendre à quelque 6 points de PIB en moins sur un an rien qu'à cause de l'impossibilité de faire des déficits", s'inquiète Alexandra Estiot. En clair, sans dépense publique suffisante, les États-Unis plongeraient dans la récession.

Les taux américains seraient impactés

Si l'on parvenait finalement au défaut, la plupart des analystes ne le voient pas durer ad vitam eternam. "La majorité des républicains sont des gens sérieux, et même le Tea Party craquerait devant le chaos qu'il aurait provoqué," espère l'économiste de BNP Paribas.

La crise actuelle s'expliquant surtout par une sorte de fuite en avant politique de l'aile la plus extrême de la droite américaine pour faire plier Barack Obama en vue des élections de mi-mandat qui se profilent à l'horizon.

Mais sa courte durée ne signifie pas qu'un défaut n'aurait pas d'impact à la longue. En 1979, le Trésor avait été obligé de retarder le paiement de titres arrivant à maturité les 26 avril, 3 mai et 10 mai, soit trois maturité différentes, en raison d'un problème technique. Ses équipements informatiques avaient connu des avaries qui l'avaient conduit à faire défaut sur 122 millions de dollars de titres détenus par des petits porteurs, une broutille, comparé à ce qui est en jeu aujourd'hui.

Selon certaines études réalisées par la suite, l'impact se serait étalé sur plusieurs années et cela aurait coûté une soixantaine de points de base en moyenne à l'État fédéral, soit plusieurs milliards de dollars en raison de la confiance altérée des investisseurs.

Risque de credit crunch dans une Amérique qui se remet tout juste de Lehman

Conséquence naturelle de la hausse des rendements exigés par les investisseurs : le renchérissement du crédit. "Car les taux pratiqués par les banques sont liés aux taux de rendements exigés par les investisseurs pour le papier américain," explique Alexandra Estiot.

En d'autres termes, plus les intérêts payés par l'État pour emprunter sont élevés, plus les taux d'intérêts exigés par les banques auprès des entreprises ou des particuliers en échange d'un prêt sont élevés.

Les banques auraient aussi sans doute à faire face à une perte de liquidité des titres américains qu'elles détiennent dans leur bilan et devraient faire face à des pertes capitalistiques importantes liées à la baisse de leur valeur. Contraintes d'assurer un bon ratio entre capital et encourt de crédits, elles devraient alors resserrer leurs conditions de prêts.Bien que l'impact à ce niveau serait limité : "les banques américaines détiennent moins de 15% de la dette publique américaine", précise Jezabel Couppey-Soubeyran, économiste à l'Université Paris 1 et spécialiste du système financier.

Résultat des courses, les États-Unis auraient très vraisemblablement à faire face à un credit crunch, même si la Fed fera tout pour l'éviter, notamment en élargissant le panel des collatéraux acceptés en échange de liquidités. De quoi achever des PME déjà très fragiles et que l'on pointe du doigt comme principales responsables de la faible vigueur du marché du travail outre-Atlantique. "Les grandes entreprises, en revanche, devraient tenir le choc, car elles sont assises sur des montagnes de cash", selon Alexandra Estiot.

Placement en défaut partiel par les agences de notation

En cas de défaut, les États-Unis seraient automatiquement placés en défaut partiel par les agences de notation, comme l'a précisé Standard & Poor's.

"Le problème évoqué à l'été 2011, lorsque les États-Unis avaient été dégradés, était celui des investisseurs institutionnels qui sont obligés d'avoir dans leurs portefeuille une part minimum d'actifs sûrs et qui détiennent pour cela beaucoup de papier américain. La question qui s'était posée était de savoir s'ils n'allaient pas être obligés de s'en débarrasser," raconte l'économiste de BNP Paribas.

En vérité, cela n'était pas arrivé et les analystes croient peu à ce scénario, "la dette publique américaine, en dépit de la dégradation de sa note pendant la crise, est demeurée l'actif de référence," explique Jezabel Couppey-Soubeyran. Un défaut partiel ne signifie pas, selon les analystes, que les États-Unis auront perdu pour autant leur capacité à rembourser sur le long terme.

En revanche, se pose la question du remboursement des détenteurs de contrats d'assurance sur les titres américains, les fameux CDS, censés garantir le défaut de paiement.

>> LIRE AUSSI : CDS, une protection si inutile

Les Chinois et les Japonais le verraient d'un très mauvais oeil

Il n'y a, évidemment, pas qu'aux États-Unis que l'impact serait terrible. De fait, le Japon et la Chine sont exposé à double titre.

De fait, la deuxième et la troisième économie mondiales sont les principales détentrices de bons du Trésor américain, et une baisse soudaine de leur valeur ou de leur liquidité appauvrirait d'autant les deux pays. Alexandra Estiot, comme elle ne voit pas une situation de défaut s'étaler dans le temps, ne pense toutefois pas que la stabilité de la Chine et du Japon ne soient plus exposés que de raison.

Pour elle, l'impact se fera surtout ressentir pour les titres arrivant à échéance dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines. "Un défaut sur un titre ne signifie pas que l'on va annuler la dette américaine", explique-t-elle. Ce qui n'a pas empêché les deux puissances asiatiques de s'agacer publiquement sur la scène internationale des querelles politiques américaines susceptibles de mettre en danger toute la planète.

La remise en cause de la suprématie du dollar ?

Une chose est sûre : défaut ou pas défaut, cinq ans après avoir exporté la crise des subprimes suite à la chute de Lehman Brothers, les États-Unis mettent à nouveau l'économie mondiale en danger. "Ce scénario exterminerait la planète finance", commente Jezabel Couppey-Soubeyran, ce qui pense-t-elle, n'arrivera pas.

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Ce qui n'empêche pas d'apporter de l'eau au moulin de la Chine, notamment, qui exprime régulièrement son inquiétude face à la trop grande dépendance du monde au dollar. Elle pourrait être tentée d'accélérer sa marche vers une pleine convertibilité du yuan afin de prolonger sa puissance économique sur le marché des changes.

Romain Renier et Marina Torre

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