Fed : la planche à billets américaine a-t-elle rempli sa mission de sauvetage ?

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Depuis plusieurs mois, l\'inquiétude règne sur les marchés quant à l\'éventualité d\'une décision prochaine de la Fed, la banque centrale américaine dont le Comité de politique monétaire se réunit ce jeudi, de mettre fin progressivement à son fameux programme de politique monétaire accommodante : le fameux \"quantitative easing\". L\'occasion de revenir sur ce programme, d\'en comprendre le mécanisme, et d\'en mesurer les effets.Pourquoi a-t-on mis en place ces mesures ?Pour bien comprendre, il faut se replacer dans le contexte du début de la crise. Le 15 septembre 2008, la banque d\'affaires Lehman Brothers se déclare en faillite et provoque la panique sur les marchés financiers en raison de son caractère systémique. Jusque là, en cas de ralentissement, la Fed, dont le mandat est le soutien à l\'économie, contrairement à la Banque centrale européenne qui doit contrôler l\'inflation, avait pour habitude d\'agir sur ses principaux taux directeurs pour relancer le crédit et donc l\'investissement des entreprises et des ménages.Seulement voilà. Dans le contexte de 2008, la baisse des taux ne suffit pas. Car ce qui manque surtout, c\'est la confiance. Le marché des titres adossés à des crédits immobiliers, d\'où est parti la crise à cause des fameux \"subprimes\", est au point mort, alors qu\'il est habituellement l\'un des plus liquides au monde. Et la crainte d\'une explosion des taux des titres de dette souveraine américains est au plus haut. Dans l\'urgence, la Fed décide alors de changer de braquet en mettant fin au tabou de la monétisation et consacre le \"quantitative easing\", ou assouplissement quantitatif. En clair, elle décide de faire marcher la planche à billets pour racheter des titres sur les marchés en échange d\'argent frais.Comment fonctionne le \"Quantitative Easing\"?Le premier programme d\'assouplissement monétaire, le QE1, est mis en place en novembre 2008. Il mêle achat par la banque centrale de 500 milliards de dollars d\'obligations hypothécaires, afin d\'injecter des liquidités dans l\' immobilier, un secteur clé pour l\'économie américaine, et achat de 100 milliards de dollars de titres de dette publique afin d\'endiguer la hausse des taux aux États-Unis. A cette époque, on agit dans l\'urgence pour éviter un krach complet de l\'économie. Le programme s\'achève en mars 2010.Mais la reprise n\'est pas jugée suffisamment solide par le président de la Fed, Ben Bernanke, à l\'origine du QE 1. Un second programme, appelé QE 2, est mis en place pour acheter pour 600 milliards de dollars de bons du Trésor américain (titres de dette souveraine), avec pour objectif de favoriser une baisse des taux d\'intérêts pour encourager la reprise du crédit et donc une hausse des investissements. En juin 2011, comme prévu, le programme prend fin, mais l\'économie n\'est toujours pas repartie.>>Lire aussi : Le patron de la Fed s\'inquiète de l\'émergence d\'une bulle financière aux États-UnisPourquoi la fin du Quantitative Easing 3 rend-elle les marchés si nerveux ?Insatisfait de la liquidité du marché immobilier, qui ne repart toujours pas, et toujours dans une logique de maîtrise du rendement exigé sur les emprunts d\'État, la Fed se lance dans un programme inédit : le QE3. Sa particularité, en plus de prévoir de racheter pour 40 milliards de dollars de titres hypothécaires et pour 45 milliards de dollars d\'emprunts d\'État chaque mois, est qu\'il est illimité dans le temps.Si elle n\'indique pas de fin pour ce programme, la Fed fixe un critère, celui du taux de chômage. Ben Bernanke annonce en effet que la Fed maintiendrait le QE3 tant que le taux de chômage n\'atteindrait pas 6,5%. Puis, il explique qu\'il pourrait y mettre fin lorsqu\'il atteindrait environ 7%. Ce qui rend les investisseurs extrêmement nerveux chaque fois que des signes de reprise du marché de l\'emploi se font sentir. Le taux de chômage se situe aujourd\'hui à 7,3%, contre 8,1% il y a un an.Cette politique monétaire \"accommodante\" a-t-elle fonctionné ?\"L\'impact d\'une politique accommodante n\'est jamais évident à évaluer car les délais de transmission de la politique monétaire à l\'économie réelle sont longs\", explique Julien Thomas, économiste chez Natixis. Et certains effets ne peuvent être que marginaux. Ce qui est sûr, c\'est que cela a permis de manière efficace le retour des investisseurs sur les marchés après le sauve-qui-peut général de 2008, selon la plupart des analystes.Si l\'on considère par ailleurs que l\'objectif inavoué de Ben Bernanke était de recréer de la confiance sur le marché de l\'immobilier, d\'où était partie la crise, alors la mission est en partie accomplie. Les prix de l\'immobilier ont en effet rebondi d\'environ 10% depuis leur creux d\'il y a un an et demi. Et la baisse des taux de refinancement à permis aux emprunteurs d\'alléger la charge des intérêts qu\'ils payent à chaque échéance.\"Forcément,  quand les taux d\'intérêts sont historiquement bas, cela réduit la charge d\'intérêts qui pèse sur les ménages\", selon l\'économiste. Ce qui libère d\'un côté du pouvoir d\'achat et de la capacité d\'investissement et amenuise le risque de défaut de l\'autre, avec les effet d\'entraînement sur l\'économie que cela implique. Toutefois, l\'assouplissement de la politique monétaire n\'a pas à proprement parler provoqué de reprise significative du crédit. \"Globalement le crédit progresse, mais les ménages, eux, continuent de se désendetter\", explique Julien Thomas.Peut-on attribuer la baisse du chômage à la Fed ?Une chose est sûre, le chômage a fortement baissé depuis la mise en place du programme. Ce qui pourrait donner l\'impression que la Fed en est responsable. Mais rien n\'est moins sûr. En effet, cette baisse du chômage n\'est \"attribuable qu\'aux deux tiers aux créations d\'emplois et à un tiers au recul du taux d\'activité (63,2% en août, au plus bas depuis 1978),\" temporise une note de BNP Paribas.En fait, l\'augmentation du nombre de découragés, qui ont abandonné toute recherche d\'un emploi, les départs à la retraite des \"baby boomers\" et l\'explosion des temps partiels sont en partie responsables de cette baisse du taux de chômage en trompe l\'oeil. La baisse du taux d\'activité serait d\'ailleurs, pour certains, plutôt le signe que l\'économie ne va pas si bien.Lire aussi : Le chômage américain baisse, mais pas assez pour que la Fed resserre sa politique monétaireLa politique de la planche à billet est-elle un facteur de risque ?Si, sans provoquer une reprise solide, la politique monétaire de la Fed a sauvé l\'économie des États-Unis, et avec eux, du monde, elle n\'en est pas moins un facteur potentiel de risque. Notamment parce qu\'avec l\'achat massif d\'actifs financiers, son bilan a quadruplé par rapport à son niveau de 2007.Mais aussi, selon certains économistes, parce que l\'injection de liquidités de manières massive dans le système financier risquait de provoquer à terme une inflation impossible à maîtriser. De fait, avec le retour de la confiance, la transformation de ces liquidités en crédit devait, du fait d\'un effet multiplicateur très important, gonfler l\'afflux monétaire sur le marché.Mais, le retour de la confiance ce faisant pas à pas, ce qui explique le bilan en demi teinte de la Fed cela n\'est pas arrivé. Et la Fed a répondu à cet argument qu\'en cas de croissance du crédit, il lui suffirait de remonter son principal taux directeur pour rendre le crédit plus cher, et donc moins attractif.Lire aussi : La Fed va-t-elle faire exploser l\'économie mondiale ?Lire aussi : Qui est Janet Yellen, seule candidate en lice pour la présidence de la FED ?

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