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ÉconomieInternational

Tokyo se résigne à des JO de raison

Photo de Laurent Lequien

Régis Arnaud, à Tokyo

Publié le 12 décembre 2013 à 14:26 - Mis à jour le 12 décembre 2013 à 15:56

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Les Jeux olympiques de 1964 furent un immense chantier de construction qui dessina le Tokyo d'aujourd'hui. Ceux de 2020 devraient être nettement plus sages...

Faux départ pour Tokyo ? La capitale japonaise se remettait à peine d'avoir gagné, le 7 septembre dernier, le droit d'organiser les Jeux olympiques de 2020, qu'une méchante polémique venait gâcher la fête. Le nouveau stade ultra-moderne qui doit être construit d'ici là, un bâtiment dessiné par la « starchitecte » Zaha Hadid, est l'objet de toutes les controverses. Fumihiko Maki, l'un des architectes japonais les plus respectés au monde, mène, à 85 ans, la charge.

D'une voix assurée, il assène : « Ils ont choisi de construire le stade au centre de Tokyo, dans la partie la plus verte de la ville. Pourquoi ici ? Et qu'en fera-t-on une fois que les Jeux s'achèveront au bout de dix-sept jours ? Un stade n'est pas un musée. Inutilisé, il n'est qu'un bout de fer et de béton. Regardez le stade construit pour les Jeux de Pékin, aujourd'hui laissé à l'abandon... »

Depuis son esclandre, la municipalité a avoué que le chantier n'allait pas coûter 130 mais 300 milliards de yens (2,2 milliards d'euros). Dans la foulée, l'État a dû annoncer qu'il allait revoir ses ambitions à la baisse. Las. La mobilisation contre cette nouvelle folie de béton ne faiblit pas. Car cette protestation révèle un malaise plus profond : les nouveaux Jeux olympiques posent aux Tokyoïtes un dilemme sur le modèle de développement qu'ils souhaitent. La métropole de 35 millions d'habitants a été dessinée par les premiers Jeux olympiques, qu'elle a organisés en 1964. À l'époque, le pays dépensa 1.000 milliards de yens pour ces Jeux, soit un tiers du budget annuel total de la nation.

L'essentiel de cette somme fut investi dans le train à grande vitesse reliant les mégalopoles Tokyo et Osaka, le périphérique qui serpente entre les immeubles de la ville, et l'essentiel des lignes du métro. Ces Jeux furent aussi une formidable vitrine d'exposition pour la croissance ultrarapide de l'économie nippone.

« L'industrie japonaise est devenue extraordinairement compétitive après les JO de 1964 et l'Exposition universelle d'Osaka en 1970. Avec ces deux événements, le Japon a pu présenter au monde son textile, son acier, ses téléviseurs et ses automobiles », observe Nobuyuki Saji, économiste en chef de la banque MUFG.

Faire oublier fukushima...

Cinquante ans plus tard, le gouvernement et les milieux d'affaires japonais présentent les Jeux olympiques de 2020 comme un nouveau départ pour la ville. Pour son image, c'est inespéré. Le choix de la capitale olympique a beaucoup atténué les appréhensions qui existaient dans l'imaginaire collectif mondial sur la situation après l'accident nucléaire de Fukushima, à 130 km de Tokyo. Le risque d'une nouvelle catastrophe a été « banalisé » par la décision du Comité international olympique. C'est aussi, évidemment, un coup de pouce à l'activité.

Selon la mairie de Tokyo, les Jeux créeront 370 milliards de yens par an de richesse, soit à peine 0,1% de PIB. L'organisation elle-même coûtera environ 1 000 milliards de yens « si on se fonde sur le budget des JO de Londres », explique Reiko Tokukatsu, analyste chez Barclays.

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Spécifiquement, Tokyo a prévu pour ses jeux 33 sites olympiques. Outre le nouveau stade, la ville devrait également autoriser la construction d'un gigantesque casino sur son front de mer, qui rivalisera avec les établissements des villes-nations voisines Singapour et Hong Kong. Mais ces grands projets masquent le fait que les Jeux de 2020 auront lieu dans un contexte radicalement opposé à celui de 1964.

À l'époque, la ville, détruite à 40% par les bombardements alliés, devait nécessairement être reconstruite et modernisée. Le pays était jeune. Aujourd'hui, même avec une population toujours en hausse en raison de l'exode rural, Tokyo doit surtout gérer le vieillissement de ses habitants (20% des Tokyoïtes ont plus de 65 ans) et de ses infrastructures. La ville ne devrait donc pas connaître de transformation radicale d'ici à 2020. Contrairement à son image de mégalopole verticale asiatique, elle demeure une mosaïque de villages horizontaux (rares sont les immeubles de plus de cinq étages). Certes, depuis quinze ans, des quartiers d'affaires ont poussé ici et là dans le centre-ville. Mais les gratte-ciel demeurent des exceptions.

« Tokyo est une ville où la propriété est extrêmement morcelée. Il y a des millions de personnes qui possèdent leur logement, et dans un tel contexte, faire des regroupements de terrain demeure très compliqué », estime Yoshiharu Tsukamoto, architecte. « Dès qu'on s'éloigne des quelques grandes tours ici et là dans Tokyo, on se retrouve dans des petites ruelles commerçantes. La ville ne va pas beaucoup changer dans les quinze prochaines années », prédit Christine Vendredi-Auzanneau, urbaniste, directrice de l'Espace Louis-Vuitton à Tokyo.

... Tout en préservant la singularité de la ville

Le tourisme devrait être un des relais de l'activité à mesure que la construction diminue. Tokyo est encore très peu visité, à l'image du Japon. En dépit de la popularité de sa culture, le Japon demeure un nain du secteur, avec dix fois moins de touristes (8 millions) que la France. Le gouvernement du pays vise 16 millions de touristes en 2016, dégageant des recettes de 30 000 milliards de yens.

« Ce chiffre d'affaires ferait du tourisme la troisième industrie du pays, derrière l'industrie automobile et l'électricité », relève Nobuyuki Saji. Tokyo sera l'aimant de cette nouvelle demande touristique.

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Mais pour atteindre cet objectif, le gouvernement devra davantage préserver Tokyo au lieu de lui adjoindre les mêmes immeubles, aussi ennuyeux que nouveaux, qu'on trouve dans les autres mégalopoles d'Asie.

« Dès que vous voyez, à l'aéroport de Narita, un employé de bus faire une courbette pour prendre votre billet, vous avez compris que vous êtes dans un endroit spécial. Je pense que, grâce aux JO, le monde va découvrir le Japon, et que le Japon va se reconnecter au reste du monde », assure Nick Varley, qui a conseillé le gouvernement japonais pour la candidature olympique de Tokyo.

Régis Arnaud, à Tokyo

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