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ÉconomieInternational

La Banque centrale turque échoue à freiner la chute de la livre

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 21 janvier 2014 à 16:03 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 12:58

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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En refusant de relever formellement ses taux, la banque centrale turque a provoqué une nouvelle baisse de la monnaie turque. De mauvais augure pour les quatre autres grands émergents dont la situation est comparable à celle de la Turquie.

La Banque centrale de Turquie (BCRT) n'a pas osé. Ce mercredi, la banque centrale turque a maintenu inchangé ses taux. Le taux de refinancement à une semaine est demeuré à 4,5 %, le taux au-jour-le-jour à 7,75 %. Pour autant, l'institution a annoncé qu'elle limiterait l'accès à la liquidité des opérations à 4,5 %, ce qui pourrait, selon elle, conduire le taux interbancaire à monter à 9 %. Indirectement, donc, la BCRT durcit sa politique, sans pour autant relever formellement ses taux.

Pression gouvernementale et demi-mesure

Par cette pirouette, la banque centrale tente de trouver une issue à un dilemme : réduire la pression sur la livre turque, tout en préservant une économie qui est actuellement en pleine phase de ralentissement. La monnaie turque a en effet cédé un quart de sa valeur en deux mois et le mouvement s'est récemment accéléré. Les difficultés du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, confronté à un vaste scandale de corruption et à une certaine colère populaire, a en effet aggravé les effets déjà négatifs du « tapering », la diminution des rachats de titres par la Fed. La BCRT avait tenté en vain d'intervenir sur le marché des changes pour freiner la chute de la livre.

L'ennui, c'est que le gouvernement turc a fait pression sur la BCRT pour qu'elle ne relève pas ses taux afin de ne pas aggraver le ralentissement économique qui se manifeste actuellement. La BERD (Banque européenne de reconstruction et de développement) a ainsi ce mardi revu à la baisse de 0,3 point sa prévision de croissance à 3,3 %. En choisissant une solution médiane, la banque centrale a tenté de montrer à la fois sa volonté de réduire la création monétaire et de ne pas froisser le gouvernement.

Les marchés pas convaincus

Une solution en réalité assez peu convaincante pour les marchés : si la BCRT voulait réellement freiner la chute de la livre, elle l'aurait montré par un franc resserrement de sa politique monétaire. Avec ce qui apparaît comme une demi-mesure, la banque centrale envoie en réalité deux messages négatifs. Le premier, c'est son manque d'indépendance vis-à-vis du gouvernement. Du coup, la confiance dans l'action de la BCRT est gravement entamée. Le second, c'est que la BCRT accepte finalement de laisser filer le taux d'inflation au-delà de son objectif de 5 %. En décembre, le taux d'inflation a été de 7,4 % et la BCRT a indiqué dans son communiqué que ce taux restera « pour quelque temps au-dessus de l'objectif. » Là aussi, la crédibilité de l'institution est malmenée.

La baisse de la livre s'accélère

Autrement dit, les investisseurs n'ont pas vu dans cette décision de la BCRT un   « durcissement » de sa politique ou l'ébauche d'un durcissement à venir. La livre a donc encore accéléré sa chute face au dollar. Au moment de l'annonce de la décision de la BCRT, le dollar est passé de 2,235 livres à 2,27 livres, soit une appréciation de 1,57 % du billet vert en quelques secondes…

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Echec préoccupant de la banque centrale

Cet échec de la BCRT est préoccupant. Si la livre continue de se déprécier, la Turquie aura le plus grand mal à financer son économie qui accumule déficit budgétaire et déficit courant. Surtout, l'inflation pourrait encore freiner la consommation, et donc la croissance. Dans un climat social et politique très tendu, la situation peut rapidement dégénérer. Du coup, les investisseurs qui anticipent une chute de la livre ont toutes les raisons de fuir la Turquie… et de faire encore chuter la livre.

La Turquie, avant-poste des « Fragile Five »

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Le problème, c'est que la Turquie est perçue comme un « test » de la capacité de certains émergents à passer le cap du tapering. Ces émergents, ce sont les « Fragile Five » comme on les appelle dans les salles de marchés : l'Inde, le Brésil, l'Indonésie, la Turquie et l'Afrique du Sud. Ces cinq pays ont les mêmes problèmes fondamentaux : des excédents excessifs, une monnaie faible, une inflation galopante. Autrement dit une grande sensibilité au tapering. L'effondrement turc est donc de mauvais augure pour ces économies dont le poids dans l'économie mondial est loin d'être négligeable. Il pourrait conduire à un mouvement de retrait général sur ces cinq économies et à des pertes importantes dans le secteur financier. Ce qui se joue aujourd'hui à Ankara sonne peut-être le début d'une nouvelle crise…

Romaric Godin

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