Rio de Janeiro réhabilite son « port merveilleux »

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Le Museu do Amanhã, «musée de Demain», de l'architecte espagnol Santiago Pevsner Calatrava Valls, devrait être inauguré en mars 2015 dans la zone portuaire de Rio. / DR
Le Museu do Amanhã, «musée de Demain», de l'architecte espagnol Santiago Pevsner Calatrava Valls, devrait être inauguré en mars 2015 dans la zone portuaire de Rio. / DR (Crédits : Reuters)
Pas moins de 5 millions de m2 autour du port de Rio de Janeiro sont en pleine rénovation. L'une des principales voies d'accès, le Perimetral, est en cours d'implosion pour être enterrée. Le point sur les grands travaux qui vont remodeler la métropole.

Abandonné depuis les années 1960, le centre de la «ville merveilleuse» est en train de connaître une réhabilitation inédite. Alors que Rio de Janeiro accueillera plus de 3 millions de touristes pour la Coupe du monde, le projet Porto Maravilha dessine le nouveau visage de sa façade portuaire.

« Nous voulons redonner une âme à cette partie délaissée que les habitants regardent comme si elle ne faisait pas partie de leur ville», explique Luciene Braga, responsable de la communication du projet.

Pour désenclaver la ville d'ici à 2016, un nouveau tramway devrait parcourir 42 km et relier l'aéroport intérieur Santos Dumont à l'embarcadère vers Niterói, la ville située de l'autre côté de la Baie de Guanabara. À titre de comparaison, le métro de Rio de Janeiro, inauguré en 1979, est composé de 35 stations desservies par deux lignes, sur un total de 41 km. En moins de deux ans, le tramway permettrait de dépasser la capacité d'accueil de voyageurs du métro, trop faible, qui transporte 645.000 passagers par jour. Grâce aux six futures lignes du tramway, au moins 60 % des autobus de la région devraient rester au garage, comme 15 % des voitures.

En attendant les améliorations de la mobilité pour les transports publics, les Cariocas, les habitants de Rio de Janeiro, évitent de circuler dans le quartier du port, encombré par les travaux et les embouteillages. La disparition de 52% du Perimetral, ce viaduc de quatre voies qui longeait le port et traversait toute la zone nord de la ville, va permettre de revaloriser le centre.

« Nous remodelons l'ensemble de la ville à partir du port en redonnant sa place au piéton», souligne Alberto Silva, président de la Compagnie de développement urbain de la région du port de Rio de Janeiro (CDURP).

Plus de 17 km de voies seront dédiés aux cyclistes autour du port, jusqu'alors réservé exclusivement aux voitures. Les grands travaux concernent aussi la Via Expressa et la Via Binário, deux tronçons stratégiques. D'après le paysagiste Pierre-André Martin, qui estime cependant que « ce modèle de ville du xxe siècle ne donne pas toute sa place aux pistes cyclables, et se limite à mettre des arbres pour en faire un projet écolo».

Avec ses 15.000 nouveaux arbres plantés, Porto Maravilha privilégiera davantage les gratte-ciel que les espaces verts.

L'ambition d'un quartier d'affaires et résidentiel

« Beaucoup de gens veulent habiter au centre, près de leur lieu de travail, donc nous avons pensé à un quartier mixte de bureaux et d'habitations », souligne Eduardo Paes, le maire de Rio de Janeiro.

Si la banque Caixa Econômico Federal, qui administre le fonds d'investissement du Porto Maravilha, prévoit la construction de 4.400 logements résidentiels, le quartier a surtout vocation à devenir un nouveau centre d'affaires. À ce jour, seules 32.000 personnes résident dans ce quartier aussi grand que Copacabana. L'objectif est d'atteindre 100.000 résidents en douze années, en construisant 26.000 maisons d'environ 75 m2 chacune.

Pour accompagner la demande croissante d'infrastructures hôtelières - en 2013, 25% des touristes étrangers sont passés par Rio de Janeiro - trois grands hôtels sont en cours de construction.

« Porto Maravilha est encore la seule partie de la ville qui puisse s'étendre, et attirer de ce fait les plus importants investissements immobiliers et hôteliers», avait rappelé Marco Antonio Robalinho, chef de cabinet de la CDURP, lors d'une conférence de presse à Costa do Sauípe, dans l'État de Bahia, en 2012.

La même année, le multimilliardaire Donald Trump avait annoncé la construction de cinq «Trump Towers», en face du port de Rio de Janeiro. Estimées à 6 milliards de reals, soit près de 2 milliards d'euros, ces tours de verre de 38 étages et 150 mètres de haut seront livrées en 2016, année des Jeux olympiques à Rio de Janeiro. En sous-sol, trois nouvelles stations d'égouts seront construites, ainsi que 700 km d'infrastructures urbaines (égouts, systèmes de drainages et de télécommunication).

Ces travaux de récupération constituent aussi le plus grand partenariat public-privé (PPP) du Brésil. Depuis 2009, le projet a conclu sa première phase, financée par la mairie à hauteur de 139 millions de reals, soit 45 millions d'euros. Porto Maravilha vient d'entrer dans la seconde phase, financée par le consortium Porto Novo, formé par Norberto Odebrecht, OAS et Carioca Engenharia, à hauteur de près de 7,6 milliards de reals, soit 2,4 milliards d'euros, pour une concession de quinze ans.

Si les touristes choisissent la «ville merveilleuse» pour la beauté de son site, le centre offre des joyaux architecturaux et historiques que le projet tente de revaloriser. Deuxième port du pays pour le tourisme de croisière, Rio de Janeiro ne parvient pourtant pas à attirer les visiteurs dans le centre, près du port.

« La plupart profitent de leur courte escale pour aller en taxi à la plage d'Ipanema », explique Luciene Braga.

Inaugurés en mars 2013, les 15.000 m2 du musée d'Art de Rio, le MAR, viennent de remporter le prix «Architizer A+ Awards», récompensant l'audace architecturale de l'alliance du Palais Dom João VI, style Empire, à l'ancienne gare routière, plus moderne. Une passerelle surmontée d'un toit, qui rappelle le mouvement d'une vague, soutenue par 37 piliers à cheval sur les deux bâtiments, relie les deux parties du musée. Depuis mars 2013, plus de treize expositions ont attiré 350.000 personnes, parmi lesquelles 100.000 élèves des écoles publiques. En mars 2015, le Museu do Amanhã, le «musée de Demain», devrait ouvrir ses portes. En attendant, une salle interactive en présente les futures installations.

Le patrimoine de l'époque impériale, comme la place Mauá et la place XV, était depuis 1950 masqué par cette voie rapide et ses 40.000 utilisateurs quotidiens. La revalorisation culturelle passe aussi par la mise en valeur de l'héritage des afro-descendants, qui fait partie de l'ADN de la région, autrefois point d'arrivée des esclaves. En tout, six points touristiques ont été redécouverts lors du chantier ou mis en valeur dans cette région connue comme la «Petite Afrique» de la ville. Le site archéologique du Cemitério dos Pretos Novos, littéralement, le «cimetière des nouveaux Noirs», réservé aux esclaves qui mouraient après la traversée, a été découvert à l'occasion des travaux. C'est aussi cette partie de l'histoire de la ville que le projet entend raconter.

Déjà championne... des embouteillages

À quelques encablures du coup d'envoi de la Coupe du monde, les mouvements sociaux et les manifestations n'ont guère connu de trêve. Chers et de mauvaise qualité, les transports publics ont été l'un des leviers de la protestation sociale en juin 2013.

L'augmentation du prix du ticket de bus, d'environ 9%, avait regroupé jusqu'à 1 million de manifestants dans les rues des grandes villes du Brésil voici quelques semaines. Incités à acheter des voitures, moins taxées que d'autres biens de consommation, les Brésiliens des grands centres urbains délaissent les transports en commun. Championne des embouteillages, São Paulo est en train d'être dépassée par Rio de Janeiro. Entre 2001 et 2012, le nombre d'automobiles en circulation a augmenté de 62%, soit plus d'1 million de voitures.

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Commentaires
a écrit le 09/06/2014 à 21:18 :
Il faut qu'on s'organise en Europe pour retirer le siège olympique de Rio 2016 et qu'on en propose une ville remplaçante. L'Etat de Rio est l'un des plus corrompus du Brésil, son gouverneur sortant est accusé d'une série de malversations avec l'argent public et de corruption à l'échelle internationale. Côté compétence c'est nul, c'est zéro. Fustigé par les manifestations populaires, le gouverneur Cabral a abandonné son poste (il a remit son adjoint) pour ainsi se lancer dans une campagne politique pour le poste de sénateur à Brasilia, donc, assez loin de Rio. Rien ne va plus à la "Cidade Merveilleuse" : plus de mobilité, un environnement parmi les plus pollués de la planète, la violence urbaine qui atteint des chiffres accablants, des hôpitaux en total délabrement, les professeurs des écoles publiques avec des salaires misérables, et surtout ce côté nonchalant typique des gens là-bas de "prendre en philosophie" (à la légère, plutôt) les responsabilités et compromis avec le CIO. Empêchons nos athlètes d'aller trouver la mort à Rio. C'est un devoir !
a écrit le 09/06/2014 à 18:27 :
eh! oui, mais à côté de ses dépenses engagées, il n'y a pas d'argent pour plus de justice sociale ; d'un côté le luxe, comme toujours dans maints endroits, de l'autre des misérables bâtisses, des gens bien malheureux.....et ce mondial, quelle idée saugrenue que de le faire chez eux! il y aurait tant et tant de choses positives à effectuer pour tout le monde...
a écrit le 09/06/2014 à 15:34 :
Excellent article, Rio de Janeiro reste et restera toujours une ville de Troisième Monde (voire de 4ème…) où les bandits des favelas et les règlements de comptes des caïds des drogues font la loi en pleine rue, sous le soleil de plomb. Comment peut-il qu'une ville pareille puisse-t-elle avoir la velléité d'héberger une compétition aussi complexe que les Jeux Olympiques ? les eaux de la baie de Guanabra sont à tel point polluées qu'une traversée à nage cela signifierait du suicide.

L'article est d'une précision chirurgicale quand il nous rappelle queRio est une ville "championne des embouteillages" ! depuis des années qu'il n'y a plus de mobilité à Rio, on reste embouteillé et tant pis pour les rendez-vous. D'ailleurs le carioca (le naturel de Rio) n'aime pas tellement les rdv à l'heure, il profite justement des embouteillages pour se glisser à la plage la plus proche et s'y bronzer pendant le reste de la journée, avant de faire ses sorties bistrot le soir venu, bien entendu.

Rio et ses administrations ont toujours préférée dépenser l'argent public dans des oeuvres faramineuses, souvent mal achevées, mal planifiées, juste pour prêter une allure de modernisme à une ville encore songeurs de son passé colonial. Rien à voir avec Paris, ce modèle de ville où le magnifique de la tradition la plus noble s'associe à la plus grande beauté fonctionnelle de ses monuments les plus futuristes.

À l'heure où quelques-uns pensent à s'y rendre, bravo à la rédaction pour le rappel !

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