Brésil : un gros potentiel pour la France... trop peu exploité

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Rio de Janeiroa avec le Maracanã Stadium en image de fond. / Reuters
Rio de Janeiroa avec le Maracanã Stadium en image de fond. / Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
La France et le Brésil ont des relations économiques encore plutôt distendues. En 2013, le Brésil fut pourtant l'un des rares pays avec lequel la France a enregistré un excédent commercial.

C'est assez rare pour être souligné. Le Brésil fait partie du cercle restreint des pays avec lesquels la France affiche un excédent commercial bilatéral. En 2013, quand le Brésil exportait 3,4 milliards de marchandises vers la France, les exportations tricolores s'élevaient à 4,7 milliards d'euros, soit un excédent tricolore à 1,3 milliard d'euros. Au match du commerce, les Bleus l'emportent sur les Jaunes.

Mais il faudrait beaucoup de Brésil pour que la France puisse équilibrer sa balance commerciale, celle-ci ayant affiché un déficit de 61 milliards d'euros en 2013.

Qu'importons-nous du Brésil ?

Selon les douanes, les principales exportations brésiliennes vers la France sont des matières premières, essentiellement du minerai de fer, des huiles et des graisses, de la pâte à papier, des jus de fruits et de légumes, des plantes à boissons et du pétrole brut. Le principal produit manufacturé exporté en France ? Des chaussures !

En termes de contenu technologique, les exportations tricolores se situent un cran au-dessus, puisque les aéronefs et les engins spatiaux, les accessoires pour véhicules automobiles, les préparations pharmaceutiques et les pesticides représentent les principales ventes françaises au Brésil.

Malgré une frontière commune longue de 730 kilomètres, avec la Guyane - dans la forêt amazonienne essentiellement -, les deux pays ont des relations plutôt distendues.
Sur les 120.000 entreprises exportatrices recensées en France, seules 4.000 environ développent régulièrement des courants d'affaires avec le Brésil. La France est le neuvième fournisseur du Brésil et son douzième client.

À titre de comparaison, les exportations vers la Russie ou la Chine se sont respectivement élevées à 7,7 et 14,7 milliards d'euros en 2013. Parmi les Brics, seule l'Inde, avec 2,7 milliards d'euros d'exportations françaises en 2013, attire moins les entreprises françaises que le Brésil.

La distance France - Brésil ne serait pas la seule explication du retard

Les statistiques des douanes sont formelles : les entreprises tricolores peinent à quitter la zone euro qui concentre chaque année près de 60 % de leurs exportations. Pourtant, les secteurs de la consommation courante et du luxe ont une carte à jouer pour satisfaire les appétits d'une classe moyenne aujourd'hui estimée à 120 millions d'habitants.

En rachetant Pão de Açùcar, Jean-Charles Naouri a fait de Casino un des acteurs clés de la grande distribution, où l'on trouve aussi Carrefour (voir l'infographie ci-contre). Les entreprises spécialisées dans le BTP et les services collectifs ont aussi la possibilité de participer à la modernisation des infrastructures du pays.

Actuellement, moins de 20 % des routes sont asphaltées au Brésil. Organisé par le Medef International et la Conférence nationale de l'industrie, le 20 mai dernier, le forum économique Brésil-France ne fut donc pas un luxe.

Principale annonce : un «partenariat d'innovation» signé par Arnaud Montebourg visant à renforcer la coopération technologique, les échanges commerciaux et les investissements entre les deux pays. Il faut dire que la France n'apporte que 4 à 5 % des IDE au Brésil, ce qui la situe au 8e rang des investisseurs étrangers dans le plus grand pays d'Amérique latine. Après la visite d'État de François Hollande en décembre dernier, il est temps d'accélérer. Le potentiel du pays est immense, dans l'énergie, les infrastructures urbaines, les transports, l'agroalimentaire.

Une mauvaise réputation

Comme le marché indien, le marché brésilien souffre d'une mauvaise réputation. D'une part, le niveau des droits de douane fait du pays l'un des plus protectionnistes au monde. À ces barrières douanières s'ajoutent de nombreux obstacles non tarifaires particulièrement redoutables.

L'utilisation des normes dans un but protectionniste est clairement identifiée par l'OMC.

Ce n'est pas tout. Une fois passés ces obstacles, exporter dans la septième économie mondiale reste toujours compliqué. En cause ?

La structure fédérale du pays, découpé en vingt-six États et un district. En découlent trois niveaux de décisions sur le plan réglementaire, administratif et fiscal - Ubifrance recense plus de 85 taxes différentes -, fédéral, étatique et municipal, très étanches, participant à la suradministration de l'économie. Quelques exemples : il faut 120 jours pour créer une entreprise dans ce pays où coexistent 2 400 règles sociales différentes. Les particularités régionales sont fortes et le morcellement des réseaux de distribution participe également aux difficultés d'exporter au Brésil.

En dépit de ces difficultés structurelles, il n'y a pas encore un effet visible de la Coupe du monde, ni des futurs Jeux olympiques de Rio en 2016. Selon les douanes, 4 810 entreprises tricolores ont exporté en 2013 au Brésil, contre 5060 un an plus tôt... Les échanges bilatéraux ont certes doublé depuis 2003, mais beaucoup reste à construire. Le Mondial, par son rôle de vitrine, servira peut-être de catalyseur à une accélération commerciale.

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>>> INFOGRAPHIE L'équipe de france (de l'économie) au Brésil 

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Commentaires
a écrit le 12/06/2014 à 14:02 :
et surtout les Français ont du mal à s'adapter aux cultures locales et viennent en pensant qu'elles vont conquérir le marché en 2 heures. Pourtant l'image de la France au brésil bénéficie d'un préjugé positif mais nos entreprises ne savent pas en profiter. Les Allemands exportent à tout va dans le pays : machines, automobiles. Les chinois aussi. Même les italiens exportent davantage que la France.
C'est donc plutot un problème de nos entreprises

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