Les grands événements sportifs sont-ils vraiment rentables ?

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Les coûts d'organisation de la coupe du monde au Brésil seraient de 13 milliards de dollars, dont près de 4 pour les stades (source : Downie) (photo : Reuters)
Les coûts d'organisation de la coupe du monde au Brésil seraient de 13 milliards de dollars, dont près de 4 pour les stades (source : Downie) (photo : Reuters) (Crédits : Reuters)
Les estimations optimistes laissent miroiter un impact positif qui s'avère, dans la réalité, souvent inexistant. Économiquement, l'organisation de tels événements ne présente que peu d'intérêt. Par contre, cela reste l'occasion rêvée d'exposer son pays aux yeux du monde.

La Coupe du monde de football est finie et l'heure de faire les comptes approche. Il est encore trop tôt pour voir l'impact économique sur le Brésil, en proie avant l'événement à de nombreuses tensions à cause du coût faramineux des infrastructures sportives. Les retombées économiques liées à l'organisation des grands événements sportifs semblent à chaque fois énormes et légitiment des candidatures, quitte à en oublier les coûts d'organisation. Qu'en est-il réellement ? 

La certitude du coût des infrastructures ...

En se portant candidats, les pays doivent anticiper les coûts des infrastructures (sportives et non-sportives) à produire. Ces derniers vont probablement atteindre des sommes considérables. Cela a notamment été le cas pour les Jeux de Sotchi, qui ont coûté plus de 30 milliards d'euros à la Russie. Les États espèrent ensuite avoir des retombées économiques assez importantes pour compenser les coûts d'organisation.

   Lire : Sotchi : la Russie peut-elle rentabiliser les JO les plus chers de l'histoire ?

Le problème est que les recettes générées grâce à l'événement sont très variables. Comme le note le professeur d'économie Victor Matheson dans son article Infrastructure Investments and Mega-Sports Events: Comparing the Experience of Developing and Industrialized Countries : 

"On peut être certain des coûts engendrés aujourd'hui mais pas des bénéfices réalisés demain."

... confrontée aux hypothéthiques bénéfices 

En première approche, on estime les retombées pour l'économie avec le nombre de touristes attendus et le budget moyen de ces derniers. L'argent injecté sera ensuite d'autant plus important qu'il existe un effet multiplicateur. Les revenus engrangés par des vendeurs vont être utilisés pour l'achat d'autres biens etc.

Néanmoins, il existe trois effets qui viennent enrayer le processus :

  • un effet de substitution : les locaux souhaitent aussi profiter de l'événement (400.000 des 3 millions de tickets pour le dernier mondial étaient exclusivement réservés aux Brésiliens). En dépensant leur argent pour l'événement, les locaux ne dépensent pas dans les secteurs, dans lesquels, ils auraient dû le faire. Au final, il n'y a pas de création nette de richesses mais juste un déplacement.
  • un effet d'éviction : l'accueil des gros événements peut dissuader les touristes de se rendre à une certaine destination. Ainsi, ils ont sûrement préféré visiter le Chili ou l'Argentine plutôt que Rio pendant la Coupe du monde de football au Brésil. Cet effet s'est particulièrement bien vérifié lors du Mondial 2002 : la Corée du Sud a accueilli 460.000 touristes durant le tournoi. C'est autant que l'année précedente durant la même période. Les arrivées nettes de touristes ont donc été nulles.
  • un effet de fuites : les retombées économiques sont souvent captées par les pouvoirs publics qui souhaitent remettre leurs comptes à l'équilibre. Cela engendre une fuite des revenus et donc des distorsions dans l'économie.

Un impact négligeable pour l'économie

Ainsi, les bénéfices attendus sont dix fois plus importants que le bénéfices réellement enregistrés, avertit un autre article de Victor Matheson. De ce fait, l'impact sur l'économie est faible, voire inexistant. 

Les différents pays ont tendance à se justifier en disant que les infrastructures vont garantir une croissance sur le long terme. Cela est surtout vrai pour les pays en voie de développement, qui ont souvent à construire les infrastructures non-sportives, notamment dans les transports. Les externalités engendrées sont alors plus importantes et accélèrent le développement du pays en question. 

   Lire : Après les J.O, retour à la réalité pour le Royaume-Uni

À défaut d'être bénéfique, l'organisation de tels événements peut même présenter un risque pour la croissance. Les JO d'Athènes de 2004, dont le coût est estimé à près de 14 milliards de dollars, ont plombé les finances publiques grecques, alourdissant la dette du pays qui, par la suite, a subi de plein fouet la crise de la dette des États souverains.

Un intérêt médiatique et politique

Il y a toutefois un apport que l'on ne peut pas enlever à l'organisation de ces événements : c'est l'exposition médiatique qu'ils offrent. De nombreuses villes peu connues ont ainsi pu bénéficier de l'organisation des Jeux olympiques, comme Atlanta (1996) ou plus récemment Sotchi, profitant alors d'un afflux de touristes. 

L'impact se mesure différement au niveau des pays, les bénéfices sont alors plus politiques et diplomatiques qu'économiques. La Coupe du monde de rugby organisée en Afrique du Sud en 1995 a ainsi permis de montrer à la planète que le pays de Nelson Mandela était définitivement sorti de l'apartheid. De même, les Jeux Olympiques de 2008 ont été pour la Chine l'occasion de faire une démonstration de force et de s'affirmer comme une grande puissance mondiale. 

Espérons que la France n'attende pas trop des futures retombées économiques de l'Euro 2016 de football.

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Commentaires
a écrit le 13/07/2016 à 12:15 :
Ils sont très juteux pour tous les organismes officiels et les fédérations sportives qui sont derrière, pour les localités c'est plus compliqué.
Pour creuser le sujet, cet article rentre dans le détail et s'intéresse aux événements sportifs outdoor (marathon, trail, triathlon...) : http://www.milepakr.com/blog/analyses/impact-economique-evenement-sportif/
a écrit le 17/07/2014 à 23:07 :
Pour la Fifa ou le Cio c' est extrêmement rentable ! un peu pour quelques sportif triés sur le volet ( de l' équipementier ), pour le reste que des perdants.. c'est le jeu !
a écrit le 17/07/2014 à 16:55 :
Même en FRANCE on se laisse encore bercer par la douce euphorie du "futé bol" .Crise ou pas on a encore dépensé (pour l'EURO 2016 )sans compter avec moulte PPP pour se doter de stades grandioses . Nombre de villes vont se retrouver en quasi faillite avec des administrés qui vont voir leurs impôts locaux monter en flèche.Le prestige des élus n'a pas de prix.
a écrit le 17/07/2014 à 14:51 :
Servent aussi à taire la grogne sociale !
Pendant qu'on parle du foot (ou autre sport) on ne parle plus des chômeurs
a écrit le 17/07/2014 à 14:49 :
pfffft, c'est pour le "prestige" des pays qui se font concurrence, plutôt ! tout cet argent dépensé à tord et à travers, pourrait être tellement mieux employé pour des choses plus graves !!!
a écrit le 17/07/2014 à 14:36 :
Atlanta Jeux d'HIVER (??!!) 1996 : elles sont ou les montagnes? Plutot jeux d'été
a écrit le 17/07/2014 à 14:16 :
Bref sa sert surtout a dépenser l argent du contribuable'''''
a écrit le 17/07/2014 à 14:13 :
Le journaliste qui a écrit l'article a confondu millions et milliards.
La Russie a dépensé 30 milliards pour sotchi...

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