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ÉconomieInternational

La bataille contre Ebola est-elle déjà perdue ?

Photo de Michel Cabirol

latribune.fr

Publié le 18 octobre 2014 à 08:16 - Mis à jour le 18 octobre 2014 à 15:47

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La bataille contre Ebola serait en passe d'être perdue faute de solidarité internationale, selon l'ONU et la Banque mondiale. Les Nations unies n'ont reçu jusqu'à présent que 38 % des aides promises.

L'ONU et la Banque mondiale s'alarment du manque de solidarité internationale envers les pays africains touchés par Ebola, qui a tué 4.555 personnes, et appellent à convertir en actes les promesses internationales d'aide financière et humaine. "Nous sommes en train de perdre la bataille" face au virus, a déploré le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, lors d'une conférence de presse à Paris. "Certains pays ne se préoccupent que de leurs propres frontières", ce qui est "très inquiétant" selon Jim Yong Kim, pour qui "nous n'avons toujours pas pris conscience de la solidarité nécessaire" au niveau international.

Si sept pays (Liberia, Sierra Leone, Guinée, Nigeria, Sénégal, Espagne et Etats-Unis) ont été touchés, l'Afrique de l'Ouest reste de très loin la région la plus affectée. Ainsi, la Guinée d'où est partie l'épidémie en décembre 2013, fait partie, avec le Liberia et la Sierra Leone, des trois pays les plus touchés par le virus. La fièvre hémorragique Ebola a fait à ce jour 4.555 morts sur 9.216 cas enregistrés dans sept pays, selon le dernier bilan publié vendredi par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Seule touche d'optimisme, l'OMS a annoncé que le Sénégal, qui avait déclaré un cas, désormais guéri, ne pouvait plus être considéré comme un pays touché par Ebola. La même annonce devrait suivre lundi pour le Nigeria, qui a enregistré 20 cas, dont 8 décès.

Une aide financière qui se fait attendre.

Les Nations unies ont reçu jusqu'à présent 377 millions de dollars sur les 988 millions demandés, soit 38 %, a déclaré vendredi un porte-parole de l'OCHA (Bureau des Affaires humanitaires de l'ONU) à Genève. "Il faut y ajouter 217 millions de dollars promis, mais qui ne sont pas encore arrivés sur les comptes bancaires", a-t-il précisé. Et le fonds spécial de l'ONU mis en place pour parer aux urgences, le "Trust Fund", ne dispose que de 100.000 dollars sur les 20 millions initialement requis.

En réponse à cet appel de fonds, le gouvernement canadien, qui avait annoncé une contribution de 30 millions de dollars canadiens (21 millions d'euros) le mois dernier, s'est engagé vendredi à verser une aide de 30 millions supplémentaires. Le Programme alimentaire mondial (PAM) -- une des agences de l'ONU les plus impliquées dans la lutte contre Ebola, avec l'OMS et l'Unicef -- a annoncé vendredi le lancement immédiat d'une distribution d'aide alimentaire à 265.000 habitants de Freetown, la capitale de Sierra Leone, "la plus importante dans le pays depuis le début de l'épidémie d'Ebola".

Des médecins envoyés combattre l'épidémie

La Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) a décidé d'envoyer plus de 600 professionnels de santé, dont 41 médecins, en Afrique de l'Ouest pour combattre l'épidémie, a annoncé vendredi le bloc qui regroupe cinq pays de la région. Le Kenya compte envoyer 15 médecins, l'Ouganda 14, le Rwanda sept et la Tanzanie cinq. Le Burundi entend envoyer 250 auxiliaires de santé, et le Kenya 300.

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La France a promis vendredi de "tout mettre en oeuvre pour aider les pays africains confrontés à Ebola, en particulier la Guinée". Londres a de son côté envoyé en Sierra Leone un navire militaire médicalisé, avec un hôpital, trois hélicoptères et 350 personnes à bord. Il devrait arriver dans deux semaines à Freetown. Au total, la Grande-Bretagne prévoit d'envoyer 750 militaires dans son ancienne colonie pour aider notamment à la construction de centres de traitement.

Pour organiser la riposte, et tenter de maîtriser la psychose qui commence à gagner du terrain, le président américain Barack Obama a nommé vendredi un coordinateur. Ron Klain, un avocat, devra s'assurer que "les efforts pour protéger les Américains en détectant, isolant et traitant les patients d'Ebola dans ce pays soient coordonnés".

Des vaccins contre Ebola ?

Sur le terrain médical, le gouvernement canadien livrera à partir de lundi à l'OMS 800 doses de son vaccin expérimental contre le virus Ebola, a annoncé samedi l'Agence de santé publique canadienne. La décision sur les modalités de distribution et d'utilisation du vaccin reviendra à l'OMS, précise l'agence canadienne. Le vaccin est en phase d'essais cliniques au Walter Reed Army Institute of Research aux Etats-Unis. De son côté, la firme britannique GSK a annoncé que son vaccin expérimental contre la maladie ne sera pas prêt à la commercialisation avant 2016, mais ne doit "pas être considéré comme une riposte première à l'épidémie en cours".

Les autorités américaines ont annoncé vendredi avoir demandé à trois laboratoires de biotechnologie de leur soumettre des projets en vue de la production du ZMapp (Mapp Biopharmaceutical), un traitement expérimental de la fièvre Ebola dont les stocks sont épuisés après son administration à quelques patients qui ont contracté la maladie en Afrique de l'Ouest. Le mandat confié à ces trois sociétés par la Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA) prévoit que des projets détaillés, incluant des calendriers et des budgets, lui soient soumis au plus tard le 10 novembre.

Parallèlement, le groupe privé Amgen a annoncé vendredi qu'il allait contribuer à la mise en place de lignes de production de ZMapp en utilisant des cellules de mammifères, une technique plus traditionnelle que celle des plants de tabac utilisée pour produire les premières doses du traitement. Le ZMapp a été administré à Kent Brantly, un médecin, et Nancy Writebol, une missionnaire, qui ont survécu à la fièvre Ebola après avoir été infectés par le virus au Liberia, mais aussi à au moins un prêtre espagnol décédé depuis. Il est impossible de savoir si le ZMapp a contribué à la guérison des deux premiers car il n'a pas été soumis à des essais cliniques rigoureux, mais il a été présenté comme un traitement prometteur.

Les autorités américaines "travaillent avec des partenaires du monde entier pour faire avancer aussi vite que possible le développement de multiples candidats au vaccin et au traitement pour une évaluation clinique et une utilisation future dans la prévention ou le traitement d'Ebola", a déclaré Robin Robinson, le directeur de la BARDA, dans un communiqué. Une fois évaluées les propositions des laboratoires sollicités, la BARDA en choisira un ou plusieurs pour produire le ZMapp, qui est pour l'instant fabriqué à partir de plants de tabac par Kentucky Bioprocessing, une filiale du fabricant de cigarettes Reynolds American.

Implication des rescapés

En Sierra Leone, la lutte contre l'épidémie passe désormais aussi par l'implication des rescapés. Une trentaine de survivants ont été réunis par les autorités et l'ONU pour partager leur expérience à Kenema, région la plus touchée dans l'est du pays. Selon l'OMS, les survivants d'une espèce du virus Ebola, en l'occurrence celle dite Zaïre, sont immunisés contre cette espèce. Certains d'entre eux ont ainsi été mobilisés pour apprendre aux soignants à minimiser les risques de contamination.

L'Unicef également a commencé à tirer parti de cette immunisation pour confier à des survivants des enfants en quarantaine ou des orphelins de l'épidémie. Cette rencontre de Kenema était "un projet pilote" pour, à terme, enrôler 2.500 survivants dans la lutte.

Des themomètres laser pour détecter Ebola à Roissy

A peine descendus d'avion, les passagers du vol Conakry-Paris ont été accueillis samedi avec des thermomètres laser pour détecter d'éventuels cas de fièvre, mesure la plus spectaculaire prise par le gouvernement pour prévenir l'éventuelle arrivée en France du virus Ebola. "Nous étions sur la passerelle en file indienne, des médecins prenaient notre température à distance. On est agréablement surpris, c'est allé très vite", relate Souhaib Bangoura, 35 ans, de retour de Guinée où il se trouvait des motifs professionnels.

Comme lui, les 150 à 200 passagers du vol Air France quotidien Paris-Conakry ont été les premiers à passer, à leur arrivée, à 5h55 samedi, les contrôles sanitaires sur le sol français. Une mesure de "sécurité supplémentaire", avait indiqué vendredi la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Un représentant du personnel d'Aéroports de Paris présent à l'arrivée, au terminal 2E de l'aéroport de Roissy, s'est refusé à tout commentaire sur d'éventuels cas détectés.

Des mesures déjà en vigueur en Grande-Bretagne

Le gouvernement a annoncé vendredi un renforcement de son dispositif de lutte contre le virus, au lendemain d'une nouvelle alerte suscitée par l'admission jeudi pour "fièvre suspecte" d'une infirmière française ayant traité, en septembre, une volontaire de MSF atteinte d'Ebola. "Il n'y a pour l'heure aucun cas confirmé", a tenu à rassurer Matignon, alors que les premiers tests se "sont révélés négatifs" pour cette soignante, selon une source proche du dossier.

Le dépistage à l'arrivée, déjà en vigueur en Grande-Bretagne et dans plusieurs aéroports américains, est uniquement mis en place sur ce vol en provenance de Conakry, seule liaison directe entre la France et l'un des pays touchés par le virus. Aucun contrôle n'est prévu pour l'instant sur les passagers venant de pays à risques ayant effectué des correspondances.

Hôtesses et stewards veulent la fermeture de la desserte Conakry

Vendredi soir, des syndicats d'hôtesses et de stewards d'Air France ont réclamé la fermeture de la desserte de Conakry, exprimant leur crainte d'un "risque grave de propagation de l'épidémie". Fin août la compagnie avait suspendu ses vols vers la capitale de la Sierra Leone Freetown, après de précédentes protestations syndicales.

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"Il n'y a pas de solution miracle, il faut multiplier les mesures", avait précédemment reconnu Marisol Touraine, la ministre de la Santé. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a également relativisé jeudi l'efficacité de ces contrôles, mettant en garde contre "un faux sentiment de sécurité".

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