Le Brésil, potentiel de rêve, dure réalité commerciale

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La France était entre 2012 et 2014, le premier pays d'origine des investisseurs étrangers dans l'Etat de Rio selon la Firjan (Fédération des industries de Rio, équivalent local du Medef)
La France était entre 2012 et 2014, le premier pays d'origine des investisseurs étrangers dans l'Etat de Rio selon la Firjan (Fédération des industries de Rio, équivalent local du Medef) (Crédits : Reuters)
La croissance économique des dernières années a fait rêver, notamment parce qu’elle a contribué à faire émerger une classe moyenne tout en soutenant le pouvoir d’achat des plus aisés, également plus nombreux.

Le Brésil à nouveau sous les projecteurs. Cette fois, Dilma Roussef a remporté le match contre Aecio Neves de justesse. Une élection tenue dans un contexte économique marqué par un recul du PIB au deuxième trimestre après plusieurs années de hausse.

Le signe d'un tournant pour la septième économie mondiale? Il est évidemment trop tôt pour le dire. Quoi qu'il en soit, jusqu'à présent, le potentiel du premier des BRICS a fait du premier des BRICS l'une des destinations favorite des professionnels du luxe ou de la distribution étrangers, notamment français. Et pour cause : une bonne partie des deux cent millions de Brésiliens a rejoint la classe moyenne, voire supérieure, et ce chiffre devrait continuer de croître. Une projection réalisée par le cabinet Deloitte estime ainsi que d'ici 2018 1,4 million d'entre eux devraient gagner au moins 150.000 dollars (118.000 euros) par an d'ici 2018 (1).

 "Custo Brazil"

Un potentiel particulièrement attractif, certes. Mais la réalité à de quoi tempérer des ardeurs. Yves-Marie Gayet, directeur exécutif de la Chambre de commerce franco-brésilienne note ainsi :

« Les difficultés sont celles inhérentes à toute implantation dans un pays émergent, qui se résument souvent ici par l'expression "custo Brazil" ».

Coûteux Brésil... surtout pour les exportateurs qui doivent s'acquitter de taxes élevées, en plus des frais de transports. « Nous vendons nos produits 20 à 30% plus chers », raconte ainsi Stéphane Theodorides, Français associé avec un franco-brésilien, distribue à Sao Paulo les marques Bonpoint et Repetto. Dans le cas de cette dernière griffe, il est même contraint d'accepter « des marges négatives » s'il veut pouvoir continuer à aller « chercher le client brésilien dans sa rue », et non plus attendre qu'il vienne jusqu'à Paris (ou New York).

Pour l'instant, pour les marques de luxe, les Brésiliens les plus aisés préfèrent encore profiter de leurs voyages pour faire leurs emplettes à l'étranger. « Près 80% des achats de luxe réalisés par des Brésiliens le sont à l'étranger » pointait ainsi Didier Tisserand, président de la filiale brésilienne de l'Oréal  lors d'une conférence à Rio de Janeiro début octobre.

Une autre limite, pointée par plusieurs entrepreneurs étrangers : des obstacles administratifs. A ce propos, Stéphane Théorides s'exclame:

« Dieu sait si la France n'est pas réputée pour avoir une administration fluide. Mais j'ai l'impression qu'on a trouvé notre maître là-bas ! Pour faire valider des pièces, cela peut-être très long. Il faut s'adresser aux célèbres notarios ».

 Même constat pour Sébastien Alessi, installé à Sao Paulo, qui a eu l'idée maline d'acquérir avant la Coupe du monde de la Fifa, le nom de domaine "futebol.com" avec deux acolytes. Un site alimenté par du contenu produit en partie à Belo Horizonte qui leur a permis de développer d'autres activités dans le monde. "Il y a des passe-droits qui sont culturels, qui peuvent ne pas être admis en France", regrette-t-il avant de louer "l'incroyable capacité de travail des paulistanos qui travaillent souvent jusqu'à onze heures du soir".

La France, premier investisseur dans l'Etat de Rio

Car, bien sûr, tout est loin d'être noir dans ce paysage, sinon les entreprises françaises aurait sans doute cessé de s'y intéresser. « Dans l'Etat de Rio, la France était entre 2012 et 2014 le premier investisseur étranger », indique Yves-Marie Gayet, directeur exécutif de la Chambre de commerce franco-brésilienne. Outre la manne pétrolière avec l'énorme gisement offshore découvert au large de la cité carioca, les Français viennent principalement pour l'automobile (avec PSA par exemple), mais aussi l'hôtellerie-restauration, et de plus en plus, le luxe. Une ouverture ver l'Hexagone facilitée notamment, selon le responsable de la CCFB, par l'ancien gouverneur de l'Etat, le controversé Sergio Cabral, rattrapé par plusieurs scandale, dont un concernait justement un voyage à Paris.

Sans lui, et malgré des signes de récession, l'intérêt des entrepreneurs hexagonaux pour le Brésil n'a pas faibli. Quelque « 200 entreprises françaises nous consultent chaque année » avant un projet d'investissement sur place, chiffre Yves-Marie Gayet. "Nous ne constatons pas, à ce stade, de diminution des implantations françaises du fait du ralentissement de la croissance économique", ajoute-t-il.

Produire sur place

Les multinationales d'origine européennes qui disposent des capacités financières suffisantes font, en partie,  fi des difficultés douanières en produisant directement sur place, comme L'Oréal dans la cosmétique, Lacoste dans le textile ou Volkswagen avec Audi dans l'automobile. Les filiales d'entreprises françaises dans l'industrie et le commerce sur place généraient 50 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit douze fois plus que leurs exportations selon l'enquête européenne Outward FATS portant sur des données de 2011. Un niveau similaire était constaté pour l'Allemagne.

Enfin, comme pour toute entreprise, constatent les acteurs sur place, il faut tout simplement faire preuve de patience. Démarrée il y a huit ans, « l'activité Bonpoint est rentable» confie Stéphane Theodorides. Lancée en 2013, celle de Repetto « ne l'est pas encore mais il faut atteindre au moins deux ans" pour espérer qu'elle le devienne. Le plus pour une marque hexagonale? "L'image de la France fait rêver", affirment comme d'une même voix Stéphane Theodorides et Sébastien Alessi.

Au point même d'attirer... des marques brésiliennes sur ses terres. A l'image du géant des cosmétiques Natura, ou sur une toute autre échelle, de Granado et sa filiale Phebo, deux marques de savonnettes, un peu l'équivalent de Cadum ou du savon de Marseille, rachetées par un investisseur anglo-brésilien en 2007. Leur look vintage dépoussiéré a fait un tel tabac au Bon Marché que les deux marques y disposent désormais d'un stand permanent.

(1) Deloitte étude Global Powers of luxury Goods 2014.

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a écrit le 30/10/2014 à 8:51 :
"Les multinationales d'origine européennes qui disposent des capacités financières suffisantes font, en partie, fi des difficultés douanières en produisant directement sur place, comme L'Oréal dans la cosmétique…."

Encore un papier à trois balles sur l'économie brésilienne. L'Oréal vient d'arriver au Brésil mais pour la journaleuse de service c'est déjà une société à l'aise sur place, rodée et futée !!!! en France il ne faut pas nour prendre pour des valises !
a écrit le 29/10/2014 à 11:48 :
L'économie brésilienne est à bout de souffle, le Brésil est au bord de la faillite, c'est la catastrophe annoncée, totale, irréversible. D'accord. Mais pourquoi donc la presse économique exalte la présence de quelques sociétés françaises au Brésil ? pire, on vient d'annoncer en grande pompe que L'Oréal va s'implanter dans ce marché en ruines !!! chronique d'un suicide annoncé ?

Maintenant on comprend mieux pourquoi les entreprises françaises échouent à l'étranger.
Réponse de le 29/10/2014 à 12:32 :
Les entreprises anglo-saxonnes, les allemandes, même les Italiennes, réussissent à l'étranger, mais pas les Françaises! les patrons français se lancent sur un pays en croyant qu'ils vont rafler le marché mais sans aucune étude préalable ni approfondie, parait-il. Et après c'est la déconfiture, la marche en arrière… c'est fâcheux!
Réponse de le 29/10/2014 à 13:30 :
@ cfd & Melancholy
Loran n'est pas en train de s'implanter dans "un marché en ruines". C'est tout le contraire. Cela fait des années qu'il y est prospère, tout comme que de nombreuses entreprises françaises dans d'autres domaines (distribution, internet...), petites et grandes. Le Brésil est en situation de plein emploi (4,7% de chômage), et malgré le ralentissement que connait son économie globale, il conserve de nombreux atouts, que les français entrepreneurs et courageux arrivent à percevoir.
Plutôt que de passer votre temps à gémir, à croire que votre pays et vos compatriotes sont des incapables, vous devriez peut-être plutôt le consacrer à comprendre les choses avant de les commenter, à regarder ce qui marche pour vous donner du coeur à l'ouvrage, à regarder ce qui ne marche pas pour voir comment on pourrait le faire fonctionner, à sourire plutôt que de faire la gueule. Le gros problème de la France est avant tout psychologique. Le Brésil, qui n'est pas un marché plus facile que la France, mais tout aussi passionnant, pourrait avant tout vous enseigner à vous réjouir de ce qui marche, au lieu de vous plaindre de ce qui ne marche pas. Comme en France, les choses marchent nettement mieux qu'ailleurs, cela vous aiderait peut-être à redevenir aussi heureux que des brésiliens !
Réponse de le 29/10/2014 à 14:15 :
Pedro, votre analyse pourrait mieux s'adresser à l'auteur de ce billet plutôt qu'à cdf et mélancholy. Leurs avis sont en total accord avec l'information qu'on reçoit sur l'économie brésilienne dans ce journal. Le marché brésilien est souvent malmené dans les propos de nos journalistes, on y parle de récession, d'économie en panne, etc. Cependant, et ça c'est étonnant, on nous annonce aussi la belle réussite (CQRF) des entreprises tricolores dans ce pays !! (CQFD)

Comment se peut-il donc que des entreprises françaises puissent marcher bien dans une économie en déclin (au moins selon ce qui nous disent nos experts), quel est le secret ? Ou alors l'état de l'économie brésilienne ne correspond pas à ce que nous raconte nos médias ?!

C'est le flou. D'ailleurs chez nos médias les infos sur le Brésil sont souvent très très biaisées, alors entre auteur de l'article et commentateur il est difficile de dire qui est la dupe de qui.
Réponse de le 29/10/2014 à 19:38 :
@ Clément
Vous avez raison, les articles sur le Brésil sont souvent incomplets. Son développement est très différent de celui des grandes économies occidentales et c'est peut-être pourquoi certains ont du mal à comprendre que ce que décrivent les journalistes est vrai, sans aucune contradiction. Les entreprises françaises s'en sortent plutôt bien et ont raison d'y investir, même si l'économie a été l'un des sujets de préoccupations de la dernière campagne électorale, qui s'est achevée ce week end.
Certes, il y a un ralentissement inquiétant de la croissance, voire une légère récession, une inflation toujours élevée, mais d'autres facteurs macro-économiques sont bons, comme le plein emploi et la consommation élevée des ménages. De plus, malgré des infrastructures toujours déficientes (transports communs, communications, électricité et eau...), de nombreux facteurs peuvent rendre optimistes : des dizaines de millions de brésiliens ont accédé récemment à la classe moyenne, ce pays conserve des réserves de matières premières colossales, dont des immenses champs de pétrole encore non exploités, sa lourdeur administrative ne peut que s'améliorer, des mesures ont commencé à être prises pour la formation et l'éducation, tout en augmentant l'importation de main d'oeuvre qualifiée (médecins cubains, ingénieurs espagnols ou portugais...), il y a de plus en plus de campagnes contre la corruption (des anciens ministres sont en prison), c'est un pays avec une population jeune, les gros événement sportifs (Coupe du Monde, puis JO en 2016) ont accéléré les programmes d'investissements (privatisation des aéroports, développements des infrastructures de transport, gros projets d'urbanisme) qui commenceront enfin à faire sentir leurs effets bénéfiques d'ici à deux ans. Bref, c'est un pays qui a bien des lacunes, et un retard considérable sur des économies comme celle de la France, mais où beaucoup de choses restent à construire, avec de grandes opportunités pourvu que l'on regarde les choses avec autant de réalisme que d'optimisme, en faisant preuve d'esprit d'adaptation.
Vue du Brésil, la "crise" et le pessimisme français paraissent tout aussi incompréhensibles tant les brésiliens rêveraient d'une telle richesse !
Réponse de le 08/11/2014 à 15:24 :
Je me réjouis que quelqu'un se tienne prêt à lutter contre ce déclinisme ambiant (je suis moi même contre cette dépression commune des français) qui tue toute velléité de travail sur soi. Oui la France conserve d'énorme atouts et oui elle est en difficulté, mais cela ne veut pas dire qu'elle est finie, contrairement à ce que véhicule nos zélotes de la fin du pays.
Pour m
Réponse de le 08/11/2014 à 15:27 :
Je me réjouis que quelqu'un se tienne prêt à lutter contre ce déclinisme ambiant (je suis moi même contre cette dépression commune des français) qui tue toute velléité de travail sur soi. Oui la France conserve d'énorme atouts et oui elle est en difficulté, mais cela ne veut pas dire qu'elle est finie, contrairement à ce que véhiculent nos zélotes de la fin du pays.
Pour ma part je trouve cette ambiance épouvantable, et je constate que les mêmes qui se plaignent à longueur de temps sont aussi ceux qui ne déménagent pas vers un de leurs pays rêvés, comme l'Allemagne, le Royaume Unis ou la Chine (et j'en passe). Bref merci pour votre post.

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