Mario Monti déterminé à l'épreuve de force avec les syndicats

Le président du conseil italien n'est pas parvenu à convaincre la Cgil, le principal syndicat du pays de se rallier à sa réforme du marché du travail. L'épreuve de force est inévitable et portera sur les conditions de licenciements.
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Mario Monti avait prévenu qu'en cas de blocage, il irait malgré tout de l'avant. Mardi soir, le président du Conseil italien a ainsi pris le risque de défier le syndicat Cgil qui a proclamé une première grève générale de seize heures pour s'opposer à la réforme du marché du travail qui sera dès demain présentée officiellement par le gouvernement. Au terme de deux mois de négociations réunissant l'ensemble des partenaires sociaux autour du ministre du Travail Elsa Fornero, la principale confédération de la péninsule avec plus de cinq millions d'adhérents a en effet appelé à la mobilisation contre ?les licenciements faciles?. Mario Monti a de son côté expliqué avec fermeté: ?nous regrettons que la Cgil n'ait pas approuvé le texte. Cela me désole et me préoccupe mais à un certain moment, nous nous sommes retrouvés dans une situation telle que pour obtenir l'approbation des uns, nous aurions perdu celle des autres?. A savoir les trois autres grands syndicats (Cisl, Uil, Ugl) et le patronat globalement favorable à la profonde modification du code du travail. ?Il s'agit d'une décision historique? s'est félicitée Emma Marcegaglia, la présidente de Confindustria qui a salué la réforme en profondeur des contrats, des conditions de licenciements et des amortisseurs sociaux.

Remise à plat

Concrètement, le texte prévoit une remise à plat de l'actuelle règlementation ?avec la conviction de servir les intérêts des travailleurs du pays? a insisté Mario Monti. L'Italie fait face à un marché du travail bloqué, un taux de chômage des jeunes dépassant les 30% et une précarité endémique. Le projet gouvernemental stipule notamment que les contrats à durée déterminée ne pourront plus être renouvelés au délà de 36 mois sous peine d'une augmentation des contributions sociales. D'autres mesures visent aussi à limiter les contrats à temps partiel ou les emplois intermittents. Pour protéger davantage les jeunes qui entrent sur le marché du travail, un ?contrat d'apprentissage? sera établi en remplacement des stages non rémunérés. Parallèlement à cette limitation des emplois précaires, le gouvernement a assoupli les conditions de licenciement avec toutefois l'introduction, à partir de 2017, d'un nouveau ?modèle universel? d'indemnisation chômage? qui sera valable 12 mois et jusqu'à 18 mois pour les plus de 58 ans.

Modification des conditions de licenciement

Surtout, le texte prévoit la modification de l'article 18 du statut des travailleurs qui interdit les licenciements ?sans juste cause? et qui prévoit aujourd'hui la réintégration automatique du salarié s'il est prouvé qu'il n'y a pas de "juste cause" à son remerciement. La nouvelle norme n'envisage ce cas de figure qu'en cas de ?licenciement discriminatoire?. Pour un licenciement économique, seule une indemnisation de 15 à 27 mois de salaire est prévue. Enfin, pour une licenciement disciplinaire, un juge sera amené à se prononcer et à choisir, si l'entreprise est condamnée, entre une indemnité de 27 mois maximum et la réintégration. Pour la Cgil, ce dernier cas est inacceptable. Le syndicat dirigé par Susanna Camusso estime que seule la perpective d'un réintégration peut servir de dissuasion auprès des employeurs et s'inquiète également d'un ?recours massif aux licenciements pour motifs économiques?.

Appuis politiques ?

La Cgil qui s'apprète à mobiliser ses adhérents dans le pays espère désormais qu'elle trouvera des appuis politiques au sein du Parlement pour corriger substantiellement le texte. Ce qui divise le parti démocrate partagé entre son soutien au gouvernement Monti et une grande partie de sa base qui considère la réforme du travail comme anti-sociale.
 

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