"L'austérité creuse la tombe de l'union budgétaire"

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Selon les Economistes Atterrés, « si on continue avec l'austérité, l'union monétaire ne peut pas tenir » car « la seule solution est la dévaluation interne », autrement dit les politiques de compression des coûts actuellement suivies en Grèce, au Portugal et en Irlande, mais aussi en Espagne et en Italie. /Copyright AFP
Selon les Economistes Atterrés, « si on continue avec l'austérité, l'union monétaire ne peut pas tenir » car « la seule solution est la dévaluation interne », autrement dit les politiques de compression des coûts actuellement suivies en Grèce, au Portugal et en Irlande, mais aussi en Espagne et en Italie. /Copyright AFP
Dans "L'Europe Mal-Traitée", le dernier essai des Economistes Atterrés, ce groupe d'universitaires plaide pour une réforme fédérale européenne et pour une révision radicale des choix de politique économique faits depuis deux ans. Ils participaient jeudi à un « Forum pour une autre voie pour l'Europe » au Parlement européen.

Il n'y a pas que les marchés qui n'étaient pas d'humeur à se montrer éblouis par le « pacte pour la croissance et l'emploi » de 120 milliards d'euros sur lequel planchaient jeudi soir à Bruxelles les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept. Venu participer au « Forum pour une autre voie pour l'Europe » au Parlement européen, Dany Lang, membre du groupe des « Economistes atterrés », tranche : « Il n'y a rien sur la croissance » dans ce Pacte. « Il n'est pas du tout à la hauteur des enjeux. Le montant en lui-même est dérisoire.... Les Etats-Unis ont déboursé 180 milliards d'euros sous Bush et 780 milliards sous Obama pour soutenir leur économie ».

Une bulle de crédit plus privée que publique

Dans un bref essai intitulé « L'Europe Mal-Traitée », ce groupe d'économistes fustige la stratégie économique suivie depuis 2009 par l'Union européenne en général et la zone euro en particulier pour s'arracher au cercle vicieux de la crise et de l'endettement. Dans le Manifeste de 2011 qui leur a assuré une certaine audience, les « Atterrés » dénonçaient l'étrange inversion aux termes de laquelle, deux ans après le déclenchement la crise financière, la dépense publique excessive se retrouvait pointée comme la principale source des déboires de la zone euro quand en réalité la bulle de crédit qui venait d'exploser était privée plus que publique.

Critiques proches de celles de Paul Krugman et Georges Soros

A présent, ils s'en prennent au Pacte fiscal signé en mars par 25 pays et plafonnant à 0,5% de PIB les déficits publics structurels. Pour eux, il s'agit d'un « suicide » économique et politique collectif. En ce sens, ils rejoignent les critiques formulées de façon récurrente par le Prix Nobel d'économie Paul Krugman ou le financier Georges Soros pour qui la stratégie actuelle entraîne la récession, aggrave l'endettement, entretient le décrochage entre pays excédentaires et déficitaires, donc nourrit les anticipations d'éclatement de la zone euro et la spéculation.

« Si on continue avec l'austérité, l'union monétaire ne peut pas tenir » car « la seule solution est la dévaluation interne », autrement dit les politiques de compression des coûts actuellement suivies en Grèce, au Portugal et en Irlande, mais aussi en Espagne et en Italie. Avec le pacte fiscal, « il ne reste plus rien dans les mains des Etats, ni la politique de change, ni la politique monétaire, ni la politique budgétaire."

Contestation de la méthodologie de la Commission

Or « la dévaluation interne [exigée du Sud de l'Europe pour retrouver sa compétitivité] ne peut marcher que si vous êtes le seul à le faire », dit Tony Lang. Le Canada a suivi cette voie, avec succès, dans les années 1990 « mais ils étaient les seuls et ils ont accompagné l'austérité d'une dévaluation de leur monnaie » qui en a démultiplié les effets en termes de compétitivité externe. « Si tout le monde s'y met, cela aggrave le problème de la demande ».

L'économiste ne conteste pas seulement l'idée qu'il faille prescrire un niveau de déficit et de dette donné, mais s'attaque également à la méthodologie de la Commission européenne. « Pour calculer un déficit structurel, il faut se baser sur le "PIB potentiel" qui est une notion très controversée. Il y a autant de définitions que d'économistes », dit-il. D'après les calculs des Aterrés, l'Allemagne elle-même n'aurait pas respecté la limite de 0,5% entre 1998 et 2005, qui est pourtant la période où elle a opéré son impressionnant redressement.

"Transferts budgétaires entre régions"

Pour sortir de la crise, explique ce jeune maître de conférence à Paris 13, « il faut une stratégie de croissance européenne, pas seulement un choc de la demande aussi une stratégie industrielle ». Tirant le fil de son raisonnement économique et ignorant les compromis politiques entre pays européens qui délimitent étroitement depuis deux ans le champ des réponses européennes à la crise, l'économiste esquisse un chemin très éloigné de celui suivi actuellement et sur lequel le président Hollande est forcé de s'engager maintenant qu'il est entré dans le cénacle des chefs d'Etat et de gouvernement. Et de culbuter sans complexe les tabous qui définissent, en creux, la politique européenne depuis deux ans. « Ce qui va résoudre les problèmes c'est d'avoir des transferts budgétaires entre les régions, comme aux Etats-Unis », dit-il.

Le problème épineux - et l'obsession allemande - de l' « aléa moral », autrement dit le risque qu'un pays laisse filer ses déficits parce qu'il sait pouvoir disposer de la caution des autres, serait résolu par une forme de « fédéralisme » et par « le rapport de force politique » entre pays. Deux remèdes pour l'instant fort hypothétiques.

"Fédéralisme de façade"

D'autant qu'aux yeux de Dany Lang, les propositions allemandes pour une union politique au sein de laquelle la garantie conjointe et solidaire des dettes deviendrait possible, ne sont rien qu' « un fédéralisme de façade » puisqu'il est décidé ex-ante que « tout le monde doit être à l'équilibre budgétaire ».

L'habitude est si forte à Bruxelles de penser dans les limites des conditions posées par le Nord de l'Europe et par la droite que les positions défendues par les « Atterrés » ont quelque chose de rafraîchissant... et de totalement décalé. S'il arrive qu'elles soient défendues sur les bancs du Parlement européen par des élus de gauche, il est très rare qu'elles survivent à l'épreuve du vote parlementaire. « Ce que la gauche oublie parfois, c'est qu'elle n'est pas au pouvoir », rappelle cruellement une députée libérale.

A quoi s'ajoute le fait que la « culture de stabilité » allemande reste la doctrine indépassable de l'Union monétaire en vertu du compromis historique scellé entre François Mitterrand et Helmut Kohl. C'est l'amère expérience qu'est en train de faire le président Hollande au sein du Conseil européen.

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Commentaires
a écrit le 29/06/2012 à 23:07 :
C'est pas des économiste !!! c'est des profs.... Usurpation d'identité.

Qu'ils se terrent pour devenir les économistes enterrés.
Réponse de le 30/06/2012 à 8:55 :
Les économistes n'ont rien vu venir en 2007.
Ils se sont lamentablement plantés ensuite sur leurs recommandations pour sortir de la crise financière. On continue bêtement à les suivre en plus haut lieu, ce qui nous promet 10 à 15 ans de récession, au mieux !
Pour paraphraser l'homme à la Rolex : ''ne dites pas à ma mère que je suis économiste, elle me croit pianiste dans un bordel''
Réponse de le 01/07/2012 à 12:24 :
Je pense que lhomme a la Rolex dont vous parlez est le Il a perdu sur les eurosbonds et la remise en cause du pacte de stabilité financière qui étaient dans son programme
Les 1% pour la croissance sont faibles et existaient déjà avant sous une autre appellation
L'Allemagne vient de mettre de côté la France pour traiter directement avec l'Italie et L'Espagne ! Moscovici ? Vous avez certainement lu le Capital de ce mois ci ... c'est un collectionneur averti !!! Alors arrêtez de donner des leçons de morale ... Vos bobos sont pires parce quils sont hypocrites ! Ils font pareil !
Réponse de le 01/07/2012 à 20:49 :
D'abord, je n'ai pas la charge de bobos et par ailleurs, l'homme à la Rolex, ce n'est pas lui, c'est l'autre...
a écrit le 29/06/2012 à 19:16 :
« Ce qui va résoudre les problèmes c'est d'avoir des transferts budgétaires entre les régions, comme aux Etats-Unis »,............. c'est a dire que les allemands aient plus d'impots pour que les grecs qui n'ont rien ft en matiere d'austerite puissent engager 70000 fonctionnaires quand on leur demande d'en diminuer le nombre !!!!!!!!!!
a écrit le 29/06/2012 à 14:45 :
Les économistes atterrants nous proposent encore leur vision obsessionnelle d'une économie collectivisée. Ce sont pourtant leurs guignolades consciencieusement appliquées depuis tant d'années par la plupart des pays développés, notamment l'illusion des relances keynésiennes, qui nous ont plongé dans la crise actuelle. Au final, il ne nous restera que des dettes et du chômage.
a écrit le 29/06/2012 à 12:28 :
Ce ne sont pas les économistes atterrés mais les économistes dérangés, car si Krugmann et Soros avaient été si bons l'Amérique ne serait pas dans le bourbier actuel, non seulement les plans de relance n'ont rien amené mais on creusé le déficit qui ne sera jamais remboursé ou par du papier de singe, mais qui oserait croire que le dollar se retrouvera comme du reichsmark de 1923 ou de la monnaie du Zimbabwe. En plus de cela, le chômage est toujours haut aux USA, la croissance hésitante et les dettes monstrueuses, donc ce n'est pas le chemin des économistes dérangés qu'il faut suivre, mais bien une rigueur une discipline, une austérité, et non pas la fête à la dépense à la facilité à la médiocrité or, c'est exactement ce que proposent les économistes dérangés, rien d'autre, une sorte de Keynes à la moderne, on a vu où cela a mené, à la catastrophe car vivre à crédit n'est plus du tout sain, comme l'a démontré Rogoff dès 90% de dettes du pnb, peu importe qui dispose de la dette, la croissance en Europe, c'est terminé à jamais, car un Chinois produit le même résultat à 10 x moins, ce qui veut dire que la croissance est chinoise et pas française, car si je dois mettre encore plus de matière première pour la confection de mon produit, cela s'appelle de la déroissance, ajouter à cela les problèmes d'environnement, la bureaucratie envahissante, les taxes qui fleurissent comme des chamnpignons après la pluie, une fausse piste suivie par la France, l'écononmie de la demande droit dans le mur, on a tous les ingrédients du déclin.
Réponse de le 29/06/2012 à 16:46 :
La croissance chinoise dépend en très grande partie de notre consommation. Arrêt de consommation=arrêt de croissance pour eux aussi. Sinon ce n'est plus au niveau national que cela se décide mais européen.

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