BCE : ce qu'a vraiment dit Mario Draghi

La Banque centrale européenne (BCE) va lancer un nouveau programme, baptisé "Outright monetary transactions" (OMT), en raison "des perturbations graves observées sur le marché des obligations publiques qui proviennent de craintes infondées de la part des investisseurs sur la réversibilité de l'euro", a déclaré jeudi son président Mario Draghi. Retrouvez les principales annonces faites lors de sa conférence de presse.
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a présenté jeudi le nouveau programme de rachat de titres de dette d'Etats de la zone euro, annonçant également la fin de l'ancien programme de rachat lancé en mai 2010, le SMP. Ce dernier, dont il a toujours été dit qu'il était limité en temps et en montant, n'était pas suffisamment efficace, a précisé Mario Draghi.

Tour d'horizon des principales caractéristiques du nouveau programme de rachat, baptisé "OMT" (pour "Outright Monetary Transactions"), sur lequel Mario Draghi était particulièrement attendu :

Montant et maturité : L'institution de Francfort achètera sur le marché secondaire des obligations d'Etat de maturité allant de 1 à 3 ans et ne fixera "pas de limite quantitative" à ces achats, a indiqué Mario Draghi. Ces deux points étaient attendus: annoncer une enveloppe d'un montant fixe aurait en effet poussé les marchés à tester la BCE et une intervention sur des maturités inférieures à trois ans s'apparente à des opérations classiques sur le marché monétaire (et non à un financement monétaire des déficits publics).

Eligibilité : Ce programme sera soumis à la stricte condition que les Etats qui souhaitent en bénéficier aient auparavant fait appel à l'aide des fonds de secours européens, le FESF, provisoire, et le MES, son futur successeur. Ce qui implique, de la part de ces pays, des efforts accrus d'assainissement de leurs finances publiques. La BCE avait déjà indiqué qu'il n'y aurait pas d'achat de dettes sans signature préalable d'un accord pour activer l'intervention du FESF. Un appel à l'aide auquel s'est pour le moment refusé Madrid et Rome.

Stérilisation : Comme pour le SMP, la BCE a annoncé que la liquidité créée à travers le programme OMT sera complètement stérilisée. A chaque fois qu'elle rachètera la dette d'Etat, la BCE retirera ailleurs dans le système monétaire un montant équivalent de liquidités.

Cibles d'intervention : Contrairement au scénario qui avait circulé dans la presse, la BCE ne va pas viser de niveaux spécifiques sur les écarts de taux d'emprunt (spreads) entre les Etats de la zone euro au-delà desquels elle interviendrait en achetant des titres de dette. "Nous n'avons pas d'objectif d'écart de taux spécifique", a déclaré Mario Draghi. L'écart observé est celui entre les taux d'emprunts des pays de la zone euro et les taux d'emprunt de l'Allemagne, pays qui fait référence dans la région.

Séniorité : Mario Draghi a confirmé que la BCE acceptait d'être traitée "pari passu" avec les autres créditeurs. Autrement dit, elle renonce à son statut de créancier senior. De quoi corriger un des défauts majeurs du SMP. Les achats de la BCE reléguaient alors les autres créanciers plus loin bas dans l'ordre de remboursement. Difficile dans ces conditions de restaurer l'appétit pour les titres de dette concernés !

Outre ces questions relatives au rachat de dettes publiques des pays membres, Mario Draghi s'est exprimé sur deux autres dossiers importants aux mains de la BCE:

Exigences de collatéraux pour les banques : La BCE va par ailleurs de nouveau alléger ses critères pour les garanties qu'elle exige des banques de la zone euro en contrepartie des prêts qu'elle leur accorde via ses opérations de refinancement. Elle va notamment "suspendre l'application d'un seuil de notation financière minimum" pour les garanties exigées ("collatéraux") dans le cas de titres de dette d'Etats membres de la zone euro, est-il détaillé dans un communiqué.

Politique monétaire conventionnelle: Avant la conférence de Mario Draghi, la BCE avait annoncé qu'elle laissait son principal taux de refinancement inchangé à 0,75%, son plus bas niveau historique. A l'issue de son Conseil des gouverneurs, l'institution de Francfort a également maintenu son taux de dépôt au jour le jour (0%) et son taux de prêt marginal (1,50%).


> (Re)voir l'intervention du 6 septembre du Mario Draghi

Pour commencer la vidéo, cliquez sur l'image ci-dessus.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 31
à écrit le 07/09/2012 à 9:35
Signaler
"Ce qui implique" que un état endetté s'éloingne nécessairement de sa fonction démocratique, ainsi que du souci du bien-etre de ses citoyens, puisque'il se voit soumis à une priorité économique qui prend le pas sur ses obligations social.

à écrit le 07/09/2012 à 6:02
Signaler
La disparité des compétitivités à l'intérieur de l'Union Monétaire est surtout due à des facteurs naturels et immuables (taille du marché intérieur, position géographique, climat, ressources et richesse naturelles (matières premières), taille du pays...

à écrit le 06/09/2012 à 18:58
Signaler
De plus en plus d'anciens de Goldman Sachs à des postes stratégiques, il y a t'il de quoi être inquiet ?

à écrit le 06/09/2012 à 18:42
Signaler
Je suppose que les eurosceptiques de tout poil doivent être déçus. La croissance, grâce à une politique monétaire plus laxiste,devrait repartir, alors même que les Etats nations seront supplantés par une Europe Fédérale plus que nécessaire, qui devie...

le 06/09/2012 à 22:12
Signaler
La méthode Coué a du bon, je n'en doute pas !:)

à écrit le 06/09/2012 à 18:34
Signaler
Attendons le 12 septembre. J'ose espérer que l'allemagne sanctionnera cette europe de la non croissance, de la non prospérité , mauvaise gestionnaire et dépensière de surcroît

à écrit le 06/09/2012 à 18:12
Signaler
Ce plan est le feu vert par un tour de passse-passe aux eurobonds demandés par beaucoup etd'abord par Obama soi même àux dirigeants européens . C'est dommage qu'il est fallu autant de temps pour comprendre que ce que demande l' Amérique elle l' obti...

le 06/09/2012 à 18:56
Signaler
Il est vrai que les créances toxiques ne concernent nullement l?Europe...On croirait rêver...

le 06/09/2012 à 19:06
Signaler
Encore un effort pour comprendre le monde réel. Le fiasco des subprimes relève uniquement de la responsabilité de l'Etat fédéral US et de ses lois sociales insensées, WS n'a fait que suivre le mouvement imposé par les politiciens. Le programme OMT n'...

le 06/09/2012 à 19:41
Signaler
J'avais oublié : maintenant que les Etats européens vont rembourser les épargnants à coup de monnaie de singe, il est certains que les obligations ne sont pas des créances toxiques. De surcroît, le bilan des banques européennes est tout bonnement éno...

à écrit le 06/09/2012 à 18:02
Signaler
Cet édito n'a pas raison d'être lorsqu'on a suivi le reportage sur Arte consacré à G.Sachs !

à écrit le 06/09/2012 à 17:59
Signaler
Dans le cadre pervers d'une banque centrale et en l'absence d'une saine concurrence monétaire, Super Mario fait au mieux pour contenir l'incendie. La balle est désormais dans le camp des politiciens qui doivent cesser leurs délires de déficits et de ...

le 06/09/2012 à 18:13
Signaler
Et si l'on suit cette politique on aura enfin trouvé l'âge du capitaine ! Et le gène du "vadanslemrurum liberalum" ! De profondis.

le 06/09/2012 à 19:08
Signaler
C'est étrange, cette manie qu'ont les marins ivres, de faire des phrases.

le 25/01/2014 à 16:05
Signaler
je me demande bien ce que PSA attend pour vendre des véhicules comme 3008, C5, gamme complète C4, DS4 & 5 en Amérique du Nord ! ils pourraient commencer par le Québec et Canada (trouver des accords avec Suzuki qui se retire de ces marchés pour repre...

à écrit le 06/09/2012 à 17:39
Signaler
Ceci sent bon le professionnalisme ! Niveau forme, tout semble impeccable. Mais ce programme ne règlera pas le problème de fond européen, bien au contraire. Une chose est sûr, on l'imputera point au monde de la finance. La BCE joua son rôle et passa ...

à écrit le 06/09/2012 à 17:12
Signaler
Outright-s ou bien Outlaw ? Le point essentiel est la "demande" nécessaire des états concernés. Ils étaient confrontés au "marché" en réalité aux autres états mais sans lien juridique direct. La demande suppose l'acceptation de contreparties et du pl...

à écrit le 06/09/2012 à 17:12
Signaler
Les Grecs vont pouvoir souffler un peu. Les banques espagnols vont peut être ressortir les truelles. Angela est envoyée en mer baltique pour calmer sa colère. Moscovici prévoit d' augmenter les fonctionnaires de 5% pour 2013. Barrack absout GS, "for ...

à écrit le 06/09/2012 à 17:03
Signaler
En tant qu'allemand je me dis qu'après tout l'Allemagne peut quitter l'UE si cela bon lui semble. Pour le moment tout va bien, avec nôtre excédent de la balance commerciale de 15 Milliards PAR MOIS et ceci depuis plus de quinze ans nous profitons plu...

le 06/09/2012 à 17:15
Signaler
Hé bien quitte l'euro, cela nous fera des vacances, tu reviendras en pleurant dans 4 - 6 ans. C'est stupide de croire que l'allemagne peut quitter l'euro comme cela.

le 06/09/2012 à 17:22
Signaler
Du bon gros pipeau d'un vrai français qui, comme nombre de ses compatriotes, n'a rien compris au film.

le 06/09/2012 à 18:05
Signaler
Vous faites une erreur @Deutscher Michel. Si peu économique mais si banale : l'excédent ne veut pas dire bénéfice. Ainsi l'on peut vendre 1 tonne de plomb au prix de 1000 pour un gain réduit par exemple 100 euros mais vendre 10 kilos de haute technol...

le 06/09/2012 à 18:05
Signaler
Je doute que la personne se cachant derrière ce pseudo connaisse l'allemagne, sa culture et son économie. A part d'une frange très obscure de l'extrême gauche cette expression n'ai guère plus utilisé; Elle a était politisé la derniere fois au 19eme s...

le 06/09/2012 à 18:56
Signaler
C'est fatiguant de retrouver ce post copier/coller sur différents articles depuis plusieurs jours...

à écrit le 06/09/2012 à 16:29
Signaler
"Ce qui implique, de la part de ces pays, des efforts accrus d'assainissement de leurs finances publiques." ces politiques ne marchent nulles part en europe ! Il est grand temps que tout ce petit monde se réveil, les causes de la crise et son avenir ...

le 06/09/2012 à 17:06
Signaler
L'article de Jorion que vous citez est une illustration parfaite de l'alternative possible à l'assainissement des finances. L'auteur dit qu'il faut sortir de l'euro afin de devaluer pour restaurer la competitivité des pays en difficulté, celle ci s'é...

le 06/09/2012 à 17:17
Signaler
@bob44: Il s'agit de venir en aide a des pays qui ne sont plus capables de se financer sur les marches (i.e. les acteurs qui ont des liquidites ont peur de leur preter et ne leur font plus confiance), et qui ont crucialement besoin de cash pour payer...

le 06/09/2012 à 17:41
Signaler
PS: il est pas mal du tout, votre post.

le 06/09/2012 à 18:02
Signaler
Effectivement, l'analyse est intéressant mais je souhaiterais poser une question : est-ce que la Grèce, l'Irlande (qui va tellement bien que le FMI vient de lui accorder une aide supplémentaire de pratiquement 1 milliard), le Portugal, l'Espagne, l'I...

le 06/09/2012 à 18:06
Signaler
Le lien que vous avez posté s'avère extrêmement intéressant.

le 06/09/2012 à 18:09
Signaler
Amusant... Et pendant ce temps, la viande est 20 à 30% moins chère en Allemagne. Pour ne citer qu'UN différentiel. Concernant Jorion, ne vous laissez pas avoir. Car dans le même temps, il défend Tobin... Hors, au plus une monnaie a une masse faible, ...

le 06/09/2012 à 18:20
Signaler
@réaliste "Belle alternative en vérité!" la solution parfaite n'existe pas, les bonnes décisions auraient dû être prise dès le début en 2008 (en faisant sortir temporairement la grèce par exemple) mais l'analyse à au moins le mérite de montrer une ch...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.