Les 11 points à retenir du discours de Barroso sur l'état de l'Union

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, faisait sa rentrée publique mercredi matin en prononçant un ambitieux discours sur l'état de l'Union. Voici résumée son intervention sous la forme de 11 phrases commentées.

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Le président de la Commission européenne mercredi matin devant les députés du parlement européen à Strasbourg prononçant son discours de l'état de l'Union. Copyright Reuters
Le président de la Commission européenne mercredi matin devant les députés du parlement européen à Strasbourg prononçant son discours de l'état de l'Union. Copyright Reuters

1. « Malgré tous nos efforts, nos réponses n'ont pas encore convaincu les citoyens, les marchés, et nos partenaires internationaux. »

Constat lucide de la part du président Barroso, confirmé par Hannes Swoboda, le président du groupe socialiste qui enfonce de clou : « En Asie, nos interlocuteurs nous disent nous les représentants des pays émergents, vous les Européens, représentants de pays submergés »!

2. « Il n'est pas acceptable de présenter les sommets européens comme des matchs de boxe et de clamer victoire par chaos sur un rival. »

Un coup dans les tibias des chefs de gouvernement et des ministres qui reviennent chez eux, après leurs réunions à Bruxelles, en paradant sur les concessions arrachées plutôt que de tenir le discours de l'intérêt commun européen. José Manuel Barroso est dans son rôle. Mais le Parlement lui reproche d'accepter trop souvent de se laisser dicter son agenda et ses propositions par le plus petit dénominateur commun entre les Vingt-Sept.

3. « L'Europe a besoin d'une nouvelle direction. Et cette direction ne peut s'appuyer sur de vieilles idées. L'Europe a besoin d'une nouvelle pensée. »

Nouvelle pensée, nouvelle direction. Oui mais laquelle?, lui a répondu en substance le coprésident du groupe des Verts, Daniel Cohn-Bendit, l'un des critiques les plus farouches de José Manuel Barroso. Celui-ci en appelle « aux penseurs », « aux hommes et femmes de culture » pour s'investir dans le sujet. On ne peut qu'approuver

4. « Il faut rendre l'environnement fiscal plus simple pour les entreprises et plus attractif pour les investisseurs. Une meilleure coordination fiscale bénéficierait aux Etats membres. »

Certes, mais la proposition sur l'harmonisation de l'assiette fiscale de l'impôt sur les sociétés est toujours enkystée dans les groupes de travail du Conseil. « Quand on se met à parler d'argent, tout le monde voit rouge. »

5. « Nous avons aussi besoin d'une politique commerciale pro-active en ouvrant de nouveaux marchés. »

C'est la ligne traditionnelle de la Commission. Pas question ici de réciprocité dans l'ouverture des marchés européens et des marchés émergents. Le libre échange reste l'ADN de la Commission européenne. Sans surprise.

6. « Un système de protection social efficace qui aide ceux qui sont dans le besoin n'est pas un obstacle à la prospérité. C'est un de ses éléments indispensables. »

C'est la touche sociale du discours. Cela n'empêche pas la Commission européenne d'accompagner et d'encourager la vague d'austérité qui balaye l'Europe et qui déchire fatalement les mailles des filets de sécurité sociale. Comment répartir l'effort d'ajustement de façon à ce qu'il n'accroisse pas les inégalités et la pauvreté. La recette de la Commission est connue : faire la chasse aux avantages des « insiders », casser les rentes de situation. Rien de neuf de ce côté.

7. « Stopper la fraude et l'évasion fiscale pourrait mettre des milliards supplémentaires dans les caisses publiques partout en Europe. »

Certes, mais le Luxembourg continue de s'opposer au principe de l'échange d'informations entre administrations fiscales qui permettrait par exemple à Bercy de connaître l'épargne de ressortissants français placée à Luxembourg, un blocage qui s'étend aussi à la négociation d'accord sur le rapatriement des revenus de l'épargne, l'échange d'information ou le prélèvement à la source avec des destinations comme la Suisse ou le Liechtenstein.

8. « La Commission va continuer à se battre pour une taxe sur les transactions financières juste et ambitieuse. »

C'est la même promesse que l'année dernière... sauf qu'entre temps la Commission a fait son travail et présenté une proposition législative. Ici, ce sont désormais les grands pays demandeurs, comme la France et l'Allemagne, qui sont aux abonnés absents. Avant l'été, la présidence danoise du conseil des ministres des Finances de Vingt-Sept ayant constaté que l'unanimité, requise sur ce sujet fiscal, était inatteignable, a invité les pays qui souhaitaient créer un avant-garde à se manifester auprès de la Commission. Mais celle-ci n'a toujours rien reçu à ce jour. Pourquoi Barroso s'interdit-il de lancer une pique aux grandes capitales, hier si vocales?

9. « Nous avons besoin d'une gouvernance économique communautaire allant de pair avec une capacité fiscale spécifique et crédible. Nous n'avons pas besoin d'institutions distinctes ou nouvelles pour cela... Dans ce cadre, des pas vers une mutualisation adaptée de l'amortissement des dettes et des émissions de dettes peut trouver sa place. »

Le président Barroso touche là à l'ingénierie du sauvetage de l'euro : la gestion du « deleveraging » public et l'absorption de l'excès de dette. Il annonce un « blueprint » pour l'automne concernant à la fois la mutualisation de la dette existante et celle des émissions,, soit un an après la présentation du projet de fonds de rédemption par le groupe des experts économiques allemands. Or la Commission avait présenté fin 2011 un premier papier présentant les différentes options possibles à traité constant ou avec changement de traité. Qu'est-ce que ce nouveau document de réflexion apportera de plus? Personne ne le sait. Une partie des députés, qui laboure le sujet des eurobonds depuis des mois, trépigne.

10. « Un moyen important de renforcer le débat politique paneuropéen serait la présentation par les partis politiques européens de leur candidat pour le poste de président de la Commission dès les élections législatives européennes de 2014. »

Le sujet est débattu de longue date. Aujourd'hui, en pratique, le président de la Commission est fait roi par les Etats membres et ensuite uniquement confirmé par le Parlement. Que les partis nationaux - et leurs candidats à la députation - fassent campagne pour un candidat à la présidence de la Commission européenne, sur le modèle allemand, donnerait au président de la Commission une toute autre légitimité. Le Parti socialiste doit « clarifier la procédure » lors de son congrès les 28 et 29 septembre à Bruxelles. De son côté, le président du Parti populaire européen de centre-droit, dont est membre l'UMP, Wilfried Martens, a annoncé mercredi que le PPE « présenterait un candidat bien avant les élections de 2014 ». Voilà qui pourrait faire repartir à la hausse la participation aux élections européennes tombée en 2009 à 43%.


11. "Aujourd'hui, j'appelle à la création d'une fédération d'Etats nations. Pas un super-Etat. Une fédération démocratique d'Etats nations."

Cet appel n'a pas impressionné les plus fédéralistes des membres du parlement, comme le libéral Guy Verhofstadt ou l'écologiste Daniel Cohn-Bendit. « Ce qu'il faut, c'est une fédération post-nationale », a répliqué ce dernier. « Aujourd'hui, nous avons un conseil (ndlr : représentant des gouvernements nationaux) qui est à la fois exécutif et législateur. Montesquieu se retourne dans sa tombe! ». José Manuel Barroso n'a pas précisé sa vision, sinon pour dire qu'elle requérait un changement du traité. L'expression de fédération d'Etats nations remonte à 1994 où elle avait été employée par Jacques Delors. Cette année, Berlin a recommandé la réunion d'une Convention qui serait composée de plusieurs centaines de représentants des Vingt-Sept pour débattre des objectifs et du fonctionnement institutionnel de l'Union européenne. Dans « La Constitution de l'Europe » (Gallimard), le philosophe allemand Jürgen Habermas creuse le sillon de cette fédération sui generis à inventer.
 

Sur la création d'une union bancaire, le président José Manuel Barroso, a indiqué : "Le mécanisme de surveillance unique proposé aujourd?hui créera une architecture renforcée, au sein de laquelle la Banque centrale européenne jouera un rôle clé, et l'interaction requise avec l?Autorité bancaire européenne, qui rétablira la confiance dans la surveillance des banques de la zone euro."

Retrouvez notre analyse sur la création de cette union bancaire.

 

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Commentaires 14
à écrit le 12/09/2012 à 23:13
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Et nous remunerons M. Baroso 30.000? par mois pour ca !! A l'heure ou la commission tance la Grece de lever l'impot, il faudrait qu'elle nous explique pourquoi les tres importantes primes versees a ses agents ne sont pas imposables et pourquoi elle n...

le 06/10/2012 à 0:38
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Tout est public et se trouve sur le journal officiel. Le taux maximum d'impôt est de 45 %. Il n'y a aucune prime, mais des allocations et indemnités également connues et publiées sur le JO. En plus il y a un prélèvement supplémentaire de 6 % brut sur...

à écrit le 12/09/2012 à 18:43
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Il n'y pas d'union puisqu'il y a une scission majeure nord sud. Cet (ex) rouge devrait le savoir puisque le Portugal est victime de désertification par suite du socialisme... la fameuse clique des 4 laxistes qui ont dévasté la moitié sud. Les traités...

à écrit le 12/09/2012 à 18:36
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ce sont des chantres de l'ultra libéralisme, à la solde des financiers qui veulent la fin des Etats Nations, comme toujours il prône l'ouverture totale des marchés européens sans réciprocité aucune! Pourquoi l'Euro est-il maintenu si haut face au $ a...

le 12/09/2012 à 18:53
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Parce que c'est une bonne chose.

le 12/09/2012 à 18:56
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Quel ultra libéralisme? Vous faites dans la démence, la france prélève plus de 50 points, couvre une partie du déficit par ses parts et dépense 56... ce qui est intenable. Aucun pays au monde n'est aussi imbécile pour se conduire au suicide collectif...

à écrit le 12/09/2012 à 18:36
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"Victoire par chaos", toute l'Europe est là.

à écrit le 12/09/2012 à 17:24
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Euh... il est élu par qui pour tenir un discours de l'union? Ces types ont vraiment un problème d'ego et de conception du monde.

à écrit le 12/09/2012 à 17:12
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Bref toujours le même discours. La Commission européenne fait comme si rien n'avait changé en Europe et dans le monde après la crise. Toujours la même naïveté concernant la politique commerciale, les mêmes v?ux pieux, toujours le mêmes solutions réch...

à écrit le 12/09/2012 à 16:29
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L'Europe s'avère incapable de générer de la croissance, en particulier certains pays dont la France fait partie tirent la zone vers le bas. L'Europe du déclin et du chômage massif est inacceptable. Nous devons appeler les peuples d'Europe, en particu...

le 12/09/2012 à 16:46
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Vous formez un bataillon? Parce que si c'est le cas j'en suis... (23 ans ;) )... pour l'instant, je prepare plutot mon depart vers l'amerique latine...

le 12/09/2012 à 17:06
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Bah on a bien le droit de se défendre. On ne compte plus les témoignages, par dixaines de milliers de diplômés qui vivent dans l'exclusion ou bien que l'on force à faire de la manutention: travail sous qualifié et inutile... Avec une licence tout ce ...

le 12/09/2012 à 18:55
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Rien ne se passe vraiment en Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal, alors que ces peuples sont étranglés. Pourquoi? Parce que ça ne fait pas encore assez mal. Mais on y viendra, parce que ceux qui frappent n'ont pas décidé d'arrêter et ça finira ...

le 06/10/2012 à 0:22
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Mais l'Europe ce n'est pas la Commission ni Barroso! L'Europe c'est le sommet des chefs d'État qui dicte la ligne politique de l?UE dans chaque domaine que la Commission doit exécuter ainsi qu'appliquer les traités décidés encore une fois par les Éta...

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