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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi il est important pour Hollande que les députés de gauche votent tous le traité

Florence Autret, à Bruxelles

Publié le 20 septembre 2012 à 05:56 - Mis à jour le 20 septembre 2012 à 05:57

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Dépourvu des atouts de l'Allemagne, arrivé dans le jeu alors que beaucoup de cartes avaient été abattues, le gouvernement français veut préparer un virage social-démocrate de l'Europe dans la perspective des élections parlementaires de 2014.

Il y a une différence fondamentale entre Berlin et Paris dans leur tactique européenne. D'un côté, la chancelière allemande a érigé l'aveu de faiblesse en technique de négociation. Elle se sert de la publicité faite à tout ce que son pays compte d'eurosceptiques pour fixer ses lignes rouges. Du recours devant le Tribunal constitutionnel aux doutes des alliés libéraux de la coalition au pouvoir, voire des démocrates-chrétiens majoritaires eux-mêmes, l'Europe n'ignore plus rien des tourments de la société allemande quant aux risques liés à la mutualisation partielle des dettes européennes. Chacun peut ainsi mesurer l'effort colossal produit par la chancelière pour, à chaque vote au Bundestag, faire rentrer les moutons dans l'enclos des compromis européens. « Nous ne sommes pas dupes du jeu de Madame Merkel qui abuse de ses problèmes internes », concédait récemment un responsable politique français.

Alibi

Le Premier ministre français, de l'autre côté, a opté pour une stratégie différente. En théorie, bien sûr, Jean-Marc Ayrault, qui fera une déclaration de politique européenne devant le Parlement le 2 octobre, pourrait faire jouer aux Verts, qui répugnent à voter le Pacte budgétaire, le rôle que tiennent les Libéraux dans la coalition allemande: celui de l'allié encombrant qui empêche d'en trop lâcher. Il pourrait faire d'eux l'alibi de sa fermeté. Mais il doit bel et bien repartir du constat lucide que la position de Paris dans le jeu européen ne lui permet pas réellement pour l'instant de poser des conditions sur un dispositif largement négocié avant son arrivée. Pour établir un rapport de force avec l'Allemagne et les autres Etats membres dont il ne partage pas les choix économiques, le gouvernement Ayrault n'a en réalité d'autre choix que d'obtenir du Parlement français qu'il fasse masse derrière le président de la République dans la série de votes des semaines à venir : ratification du traité budgétaire le 3 ou le 4 octobre et vote de la règle d'or le 8 octobre.

Voter "non" au traité revient à renforcer Merkel

En adoptant une telle tactique, le chef du gouvernement ne se montre pas seulement moins cynique que sa partenaire allemande, il prend les adversaires du Traité au piège. Voter « non », leur dit-il, c'est affaiblir Hollande, donc renforcer Merkel, donc hypothéquer les chances d'une inflexion de la stratégie de sortie de crise dictée par l'Allemagne. Le « oui » devient alors le moyen d'affermir la crédibilité de la France et même, au-delà, de solder enfin l'héritage du « non » au traité constitutionnel de 2005.

Une telle stratégie n'est possible qu'à condition de donner des gages politiques aux Français tentés de rendre « Bruxelles » responsable de tous leurs maux. Ici, le gouvernement n'est pas loin d'entonner le couplet du « retour de la France en Europe », antienne sarkozyenne qui a bercé la présidence française de l'Union européenne en 2007. On se souvient que Nicolas Sarkozy avait tenté d'incarner cette promesse avec une version moderne de l'inébranlable « couple franco-allemand ». Mais à partir de la fin de 2010, le Merkozy avait dégénéré en Merkelzy.

Paris veut peser sur le débat de la réforme de l'UEM

Paris est condamné à une stratégie moins exclusive qui s'appuiera notamment sur une Commission européenne lasse d'être cantonnée au rôle de secrétariat général du cénacle des chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept. Jean-Marc Ayrault a fait cette semaine au président José Manuel Barroso une visite qui promet d'être la première d'une longue série puisque les deux hommes parlent de se voir tous les trois mois. De son côté, le président Hollande a par ailleurs promis à Martin Schulz, le président du Parlement européen, d'apparaître devant la plénière à Strasbourg, et à José Manuel Barroso de participer à une réunion du collège des commissaires. Paris, dont tout le monde se demande en Europe quelle vision elle a de l'avenir de l'intégration, compte bien monter dans le train du débat sur la réforme de l'union économique et monétaire en faisant ses propositions, probablement entre le 2 et la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement à Bruxelles le 18 octobre.

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Mais, à plus long terme, l'ambition des socialistes français semble bien de « faire diriger l'Europe par les courants sociaux-démocrates », selon les termes de l'un d'eux. Le cap est fixé sur les élections européennes de 2014 qui, pour la première fois, devraient voir le choix du président de la Commission européenne émaner, non d'un compromis entre les Vingt-Sept, mais du scrutin parlementaire, chacun des partis politiques européens partant avec un candidat à la bataille. Ici tout indique que le parti socialiste français s'est déjà rangé derrière la bannière de l'Allemand Martin Schulz. Une autre manière de jouer la carte franco-allemande.

Florence Autret, à Bruxelles

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