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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi l'Allemagne veut l'union budgétaire

Romaric Godin

Publié le 17 octobre 2012 à 15:36 - Mis à jour le 17 octobre 2012 à 15:45

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Wolfgang Schäuble a mis en avant une union budgétaire forte. Dans l'intérêt de l'Allemagne....

Wolfgang Schäuble est donc franchement sorti du bois mardi en proposant une vraie union budgétaire pour l'Europe avec un commissaire capable de refuser des budgets nationaux et un parlement européen doté d'un vrai droit de décision sur les finances de chaque Etat membre. Ce projet est la reprise et l'approfondissement de ce qu'avait déjà proposé la chancelière Angela Merkel à la fin de l'année 2011 lorsqu'elle avait demandé que la cour de justice de Luxembourg puisse annuler les budgets qui ne respecteraient pas le pacte de stabilité. C'est en réalité le projet le plus centralisé (à Bruxelles, on dit fédéraliste) qui a été avancé à ce jour pour l'Europe.

Position idéale

C'est aussi la confirmation d'une tendance désormais affirmée : Berlin pousse à une intégration accélérée en Europe, du moins dans le domaine budgétaire. Dans les autres domaines, en effet, la hâte allemande est moins patente : le cas de l'union bancaire est évident, mais on chercherait en vain rien d'autres que des déclarations d'intention sur l'union politique. En réalité, l'Allemagne est en position de force pour imposer son point de vue en Europe. Elle a habilement su faire quelques concessions importantes et coûteuses en termes politiques : l'intervention massive de la BCE et l'assouplissement de sa position sur la Grèce. Elle peut donc demander la monnaie de sa pièce. D'autant qu'elle est parvenue à aligner Paris sur ses positions. Encore ce mercredi dans son interview au Monde, François Hollande a déclaré que « l'union politique, c'est après, c'est l'étape qui suivra l'union budgétaire, bancaire et sociale. » Si l'on exclut le dernier terme, qui sonne mal aux oreilles allemandes, c'est exactement ce que propose Wolfgang Schäuble.

Mais alors pourquoi l'union budgétaire est-elle si nécessaire à l'Allemagne ? Où est son intérêt ?

On peut évidemment répondre par une certaine naïveté en mettant en avant le mythe d'un Wolfgang Schäuble, « européen convaincu » qui, dans l'intérêt du vieux continent se dévoue à l'accélération de la belle construction européenne par esprit de paix. Soit. Mais le ministre allemand n'a pas parlé mardi en son nom propre, mais a bien insisté sur le soutien d'Angela Merkel à son projet. Or, cette dernière a suffisamment prouvé qu'elle n'avait pour l'Europe qu'une vision guidée par des intérêts stratégiques et non par le « rêve européen. » Un rêve que Wolfgang Schäuble manie avec plus de précaution qu'on veut bien l'admettre de ce côté-ci du Rhin, notamment lorsqu'il s'agit de l'union bancaire.

Wolfgang, l'europhile ?

Une fois ce rêve évaporé, on remarque que l'Union budgétaire est avant tout une garantie pour l'Allemagne. Celle qu'elle n'aura plus à renflouer les autres Etats. Si Bruxelles a les moyens d'imposer les règles d'or et le quasi-équilibre budgétaire aux Etats-membres, il ne pourra plus y avoir en théorie d'appel supplémentaire à la solidarité européenne et donc l'argent allemand restera en Allemagne. L'Union budgétaire, c'est en réalité le refus de la solidarité européenne, c'est une barrière de fer contre l'union des transferts, le cauchemar absolu de Wolfgang Schäuble.

L'union budgétaire contre l'union des transferts

C'est bien pourquoi la proposition a été sortie du chapeau du ministre des Finances ce mardi, alors que la campagne électorale allemande a débuté. Il est ainsi aisé de dire aux eurosceptiques allemands que cette union n'est pas un pas vers le fédéralisme, mais bien un rempart contre lui. L'Allemagne n'aura en effet aucun compte à rendre puisqu'elle respectera les critères du pacte qu'elle a elle-même définie (l'hypothèse est néanmoins très optimiste, car l'Allemagne a été en dehors des clous des critères de Maastricht plusieurs fois durant les années 2000).

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Contrer la Commission

C'est aussi pourquoi cette proposition arrive en réponse au projet de la Commission de créer un budget communautaire plus important et un fonds d'amortissement de la dette en Europe. Deux propositions qui sont justement perçues par l'Allemagne comme le premier pas vers l'union des transferts où l'Allemagne devra verser des fonds sans avoir la capacité de maîtriser leur utilité et où les Etats indisciplinés s'en tireront à bon compte et sans sanctions.

Une option favorable à l'économie allemande

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Autre avantage : cette discipline budgétaire de fer imposée au niveau européen va contraindre de nombreux pays européens à redéfinir entièrement leur modèle économique. Plus question de compter sur une croissance liée à la consommation et aux transferts sociaux. Il va donc falloir reconstituer un excédent courant et améliorer la compétitivité externe par une politique de déflation interne. Ceci va signifier, dans des pays très peu industrialisés comme la France, des années de difficultés économiques. Un effort considérable que l'Allemagne n'aura pas à faire puisque cet « ajustement structurel » a déjà été effectué. Du coup, les entreprises allemandes auront sans doute moins de soucis à se faire pour leur marché intérieur que leurs concurrentes européennes. Par ailleurs, on l'a vu dans le cas de la France, ne pas être menacé par les représailles de Bruxelles, c'est disposer d'un atout politique fort. L'Allemagne est ainsi en position de force pour imposer cette union à ses partenaires et continuer à tracer les contours de la future Europe.

Romaric Godin

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