S&P relève la perspective du Portugal, mais la sortie de crise est encore loin

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L'agence de notation a relevé de négative à neutre la perspective du pays, provoquant un grand enthousiasme sur les marchés. Mais Lisbonne est loin d'être tirée d'affaire.

Ce jeudi matin, Standard & Poor?s a relevé sa perspective sur la dette souveraine portugaise de « négative » à « stable. » Les investisseurs, très prompts ces derniers temps à s?enthousiasmer, n?a pas tardé : le taux du 10 ans lusitanien a reculé de 14 points, repassant sous le 6 % pour atteindre un niveau proche de celui de septembre 2010, soit avant la demande d?aide du pays à l?Europe, à 5,88 %.

Mauvaise note

La décision de S&P justifiait-elle un tel mouvement de décrue des taux ? Sans doute, car ce qui motive également cette évolution, c'est que le risque lié au refinancement de la dette portugaise semble être levé. Mais sans doute pas si on se réfère aux fondamentaux. Certes, cette perspective stable indique que le risque d?une nouvelle dégradation portugaise s?éloigne, ce qui est une bonne nouvelle. Mais Lisbonne demeure très mal notée. A BB, sa notation est encore deux crans en deçà du niveau minimum de la catégorie d?investissement. Par comparaison, elle est au même niveau que le Guatemala, la Jordanie ou la Macédoine.

Les raisons de S&P

Mais il y a plus : la décision de S&P ne reflète aucune évolution notable de la situation économique ou financière du Portugal. L?agence a réagi à l?annonce par l?Eurogroupe de plusieurs assouplissements des conditions imposées à Lisbonne : plus de temps pour atteindre les objectifs de déficits publics, plus de temps pour rembourser les prêts accordés en 2010 par les Européens, et des taux moins élevés. Autant d?éléments qui devraient réduire la pression sur le gouvernement, lui permettre d?atteindre des objectifs devenus plus « raisonnables » et empêcher un nouveau tour de vis qui aurait encore pesé sur l?activité. Ce qui est certain, c'est que le risque de refinancement sur la dette portugaise semble être levée par cet assouplissement et par l'épée de Damoclès du programme de rachat de la BCE. Mais il convient de le rappeler  : c?est parce que les ministres des finances de la zone euro ont, lundi, reconnu implicitement, les effets négatifs des politiques de dévaluation interne sur le Portugal que S&P estime que les risques de défaut de Lisbonne s?éloignent légèrement. On se tromperait donc en voyant dans cette décision de l?agence américaine un « succès de l?austérité. » 

Conjoncture difficile

Du reste, les perspectives économiques du Portugal demeurent très difficiles. S&P ne cache pas ces difficultés : « en raison de l?incertitude économique affectant les principaux partenaires commerciaux du Portugal et du désendettement des secteurs publics et privés, l?économie portugaise pourrait se contracter de 1,5 % en 2013. » Fin février, la commission européenne s?est montrée encore plus pessimiste, tablant sur une contraction du PIB de 1,9 % cette année, soit pas moins d?un point en deçà de ce qui avait été prévu auparavant.

Le Portugal, archétype de l?austérité

Le Portugal est un archétype des effets de la politique de rigueur imposée par les bailleurs de fonds européens. La demande intérieure s?est effondrée. L?investissement a reculé d?un tiers depuis 2010, la consommation de 8 %. Concrètement, les mesures de réduction des revenus et des déficits n?ont pas conduit à une baisse notable des prix (qui, en 2012, n?ont reculé que de 0,1 %). Du coup, c?est la capacité d?achat des acteurs économiques qui a été frappée, donc la demande intérieure. L?ennui, c?est que la baisse de la demande finit pas s?alimenter elle-même. Certes, les coups de boutoir au droit du travail et aux salaires a permis un redressement des exportations. Le pays pourrait dégager un excédent commercial dès 2014. Mais le poids de l?industrie exportatrice dans l?économie est trop faible pour compenser l?effet de la chute de la demande intérieure. S&P le reconnaît : « il est peu probable que la croissance des exportations apporte un soutien notable à l?économie en 2013. »

Un véritable risque social

S&P, comme la commission européenne, table sur un rebond de l?économie portugaise en 2014. Mais à 0,8 % de croissance, le chemin vers le redressement risque d?être fort long. En réalité, comme dans le cas grec ou italien, la capacité de la population portugaise a supporté ces mesures à moyen terme est un véritable risque pour l?économie du pays. S&P « considère que les risques sur le contrat social restent significatifs. » Dimanche, près d?1,5 million de personnes (sur une population de 11 millions d?habitants) ont manifesté dans les rues de Lisbonne contre l?austérité.

Le très sévère budget gouvernemental - dans lequel les impôts sur la classe moyenne ont été fortement augmentés ? rend plus difficile l?acceptation de l?austérité. Certes, pour le moment, la situation politique reste stable. Les sondages ne soulignent pas d?effondrement des deux grands partis de gouvernement : le centre droit du PSD au pouvoir et l?opposition de centre-gauche du PS. Mais si le mécontentement monte, le Portugal pourrait à son tour connaître des difficultés politiques et sociales. Bref, on le voit, la décision de S&P est loin d?être le gage d?une sortie de crise.
 

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Commentaires
a écrit le 17/08/2013 à 17:33 :
Depuis le début de la crise, chacun qui connait bien le Portugal sait que le tempérament fataliste des gens (ce qui fait leur charme) ne sera pas propice à un redressement rapide.

La révolution des oeillets a tué l'industrie, et les capitaux ne se sont jamais refaits sérieusement.

Autre point dramatique, le manque absolu de concurrence. Le Portugal vit depuis toujours dans un genre de protectionnisme géographique, tout au bout de l'Europe, et ses secteurs clés sont pratiquement tous monopolistiques. Les baisses de salaires ont certes sauvé les entreprises, mais faute de concurrence n'ont eu que peu de répercussions sur les prix, et donc la consommation.

Il faudrait ouvrir les fenêtre et insuffler la niaque à ce pays que j'adore.
a écrit le 07/03/2013 à 17:22 :
on peut raisonnablement se demander si la BCE avait tenu le même discours qu'elle tient aujourd'hui "attention si vous exagérez j'interviendrai sans compter" si les marchés n'auraient finalement pas laissé le Portugal tranquille voir peut être même la Grèce. Le pays n'aurait pas échappé à un ajustement de son économie (bien que beaucoup moins déséquilibrée que son voisin espagnol ie pas de bulle) mais aurait peut être éviter une récession qui dure depuis 3 ans et à jeter des milliers de portugais au chômage ou sur les voies de l'émigration à nouveau.
Merci Mr Trichet ! Merci Merkozy ! à trop ne rien dire (ou dire qu'on ne fera rien) la confiance a été perdue et l'économie européenne détruite.

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