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ÉconomieUnion européenne

Le SPD : 150 ans d'histoire du réformisme allemand

Romaric Godin

Publié le 22 mai 2013 à 16:05 - Mis à jour le 22 mai 2013 à 16:08

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le parti social-démocrate allemand fête ses 150 ans à Leipzig jeudi devant le gratin des politiques européens. Retour sur l'histoire d'un parti qui incarne le réformisme de gauche.

Angela Merkel, François Hollande, Harlem Désir, des Premiers ministres, des ministres, des présidents... Le congrès du SPD de ce jeudi 23 mai aura des airs de mariage (ou d'enterrement ?) royal. Le ban et l'arrière-ban du monde politique européen seront présents à Leipzig pour fêter les 150 ans d'un parti qui est devenu l'incarnation du réformisme social-démocrate.

1863, une fausse naissance

En réalité, cet anniversaire est un « faux » anniversaire. Ce que fêteront tant de dirigeants européens, c'est la formation le 23 mai 1863 de l'Association générale des Travailleurs allemand (ADAV), un mouvement fondé par Ferdinand Lassalle qui mourra dans un duel l'année suivante. L'ADAV est déjà un mouvement réformiste, qui s'oppose alors au marxisme et à l'anarchisme qui se divisent au sein de la Première Internationale (fondée en 1864). Ferdinand Lassalle ne voyait pas, comme Marx, l'Etat comme un « instrument de domination de classe », mais un moyen d'améliorer le sort des travailleurs. Il préconisait donc la prise du contrôle démocratique de cet Etat et ne rechignait pas à la « collaboration de classes. » Aussi prit-il contact avec Bismarck dès 1863 pour proposer son soutien moyennant l'instauration en Prusse du suffrage universel.

L'alliance de 1875

Après la guerre de 1871, le nouveau chancelier impérial décida cependant de combattre les Socialistes, de quelque obédience soient-ils. Des lois répressives furent promulguées L'ADAV décida alors en 1875 de s'allier avec l'autre grand mouvement socialiste, le parti ouvrier social-démocrate (SDAP) de Wilhelm Liebknecht et August Bebel, plus proche du marxisme. Lors d'un grand congrès à Gotha, en Thuringe, SDAP et ADAV devinrent le parti ouvrier socialiste d'Allemagne (SAPD) qui se transforma en parti social-démocrate allemand (SPD) en 1890.

Un parti déchiré

Le SPD a toujours été marqué par cette double origine. Karl Marx et Friedrich Engels publièrent une critique en règle du « programme de Gotha » pour ses concessions faits aux « lassalistes. » A la fin du 19e siècle, le parti est traversé par le débat idéologique entre les positions « réformistes » d'Eduard Bernstein qui rejette toute prétention révolutionnaire et les marxistes orthodoxes de Karl Kautsky. Parallèlement, le parti s'institutionnalise et développe une véritable société dans la société allemande pour améliorer le sort des travailleurs. Aux élections de 1912, il devient le premier parti d'Allemagne. Mais la division règne entre orthodoxes et réformistes. Si la quasi-totalité des députés SPD votent les crédits de guerre en 1914, le parti explose en 1917, la gauche forme le SPD « indépendant », l'USPD, sur des bases pacifistes.

La révolution russe accroît la division. Alors qu'à la fin de l'empire, le pouvoir échoit, presque malgré eux, aux dirigeants du SPD, l'extrême-gauche du parti réunie autour de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht tente de défendre le pouvoir des Conseils de travailleurs et de soldats qui ont fleuri dans tout le pays. En janvier 1919, le ministre social-démocrate Gustav Noske s'appuie sur les milices nationalistes, les corps francs, pour éradiquer le mouvement spartakiste qui s'est proclamé parti communiste (KPD). Les deux leaders sont exécutés sans ménagement. Gustav Noske se proclame « chien sanglant » de l'Etat.

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L'échec de Weimar

Le SPD devient le parti dominant de la jeune république de Weimar. Il glane 38 % des voix à l'assemblée constituante et inspire une constitution libérale et gouverne le pays de 1918 à 1920, puis de 1926 à 1930, en collaboration avec les partis du centre et du centre-droit. Devant la montée du chômage après le Jeudi Noir de Wall Street d'octobre 1929, le SPD propose des hausses d'impôts. La droite refuse, le gouvernement du chancelier SPD Hermann Müller tombe. Aux élections de septembre 1930, les partis nazis et communistes font une percée, le SPD perd 6 points. Les Sociaux-démocrates soutiennent alors le gouvernement de Heinrich Brüning et tente de défendre la république lors des élections présidentielles de 1932 en soutenant Paul von Hindenburg contre Adolf Hitler. Mais c'est ce même Hindenburg qui nomme le 30 janvier 1933 Hitler chancelier. En mars 1933, le SPD, qui sera bientôt interdit comme tous les autres partis, ne pèse plus que 18,3 % des voix.

Bad Godesberg et l'arrivée au pouvoir

Après la guerre, le SPD est reformé. En zone soviétique, il doit fusionner avec le KPD pour donner naissance au SED, le parti dominant (mais non unique) du régime de la RDA. A l'ouest, le SPD connaît des années difficiles devant la puissance de la CDU de Konrad Adenauer. Les citoyens de la nouvelle RFA apprécient peu le discours « résistant » du SPD, alors que les blessures du nazisme sont mal refermées. Par ailleurs, le SPD, encore officiellement inspirée du marxisme, est soupçonnée de jouer le jeu de la RDA. Du coup, les Sociaux-démocrates décident d'accélérer leur mue réformiste. En 1959, lors du fameux traité de Bad Godesberg, ils abandonnent toute référence au marxisme et se rallie à « l'économie sociale de marché » théorisée par le ministre des Finances et futur chancelier Ludwig Erhard. En 1966, pour prouver leurs capacités gestionnaires, ils acceptent de gouverner avec la CDU. Cette première « grande coalition » est un succès. En 1969, le SPD passe un accord avec les Libéraux, brouillés avec la CDU. S'ouvre alors une période de gouvernements SPD-FDP dirigés par Willy Brandt (1969-1974), puis Helmut Schmidt (1974-1982).

Le réalisme économique

Ce dernier va réaliser un nouveau tournant majeur dans l'histoire sociale-démocrate. Face à la crise de 1973, il abandonne le keynésianisme devenu doctrine officielle du parti en 1959 pour défendre un certain monétarisme. La rigueur budgétaire est décrétée et des lois favorables à al compétitivité des entreprises sont adoptées. Cette politique est résumée dans le fameux théorème d'Helmut Schmidt : « les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain. » Mais lorsque les Libéraux, en 1982, demandent une réforme drastique du marché du travail, le chancelier refuse. Le FDP passe alors dans l'opposition, Schmidt tombe et est remplacé par Helmut Kohl.

L'expérience Schröder

S'ouvre alors une longue traversée du désert de 16 ans au cours duquel le SPD cherche sa voix théorique, jusqu'à ce que Gerhard Schröder en 1998 retrouve la voie de Helmut Schmidt et remporte brillamment les élections. Le SPD gouverne alors avec les Verts et cherche encore sa voie. En 1999, Schröder remercie Oskar Lafontaine, son ministre des Finances, jugé trop keynésien. Il s'engage prudemment vers des positions plus « libérales » et ne cache pas sa proximité avec le « New Labour » de Tony Blair. Ce n'est pourtant qu'après sa deuxième victoire de 2002 que le chancelier lance son « Agenda 2010 », un programme de réforme et de flexibilisation du marché du travail. Un programme jugé en partie efficace, mais qui coûtera cher au chancelier, contesté sur sa gauche, notamment par le nouveau parti d'Oskar Lafontaine, Die Linke. En 2005, il est battu d'une courte tête par Angela Merkel qui établit une alliance avec le SPD, c'est la deuxième « grande coalition. » Le SPD y portera notamment la réforme des retraites qui poussent l'âge de départ à 67 ans en 2030. En 2009, le parti subit pourtant sa pire défaite depuis 1933 avec seulement 23 % des voix. Depuis, le parti cherche sa voix, sans vraiment retrouver son souffle. 150 ans après sa naissance, il incarne le passé du réformisme, mais plus réellement son avenir.

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Romaric Godin

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