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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi la gauche allemande aura (bien) du mal à chasser Angela Merkel

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 11 septembre 2013 à 14:20 - Mis à jour le 11 septembre 2013 à 14:25

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La « victoire » est-elle impossible pour le candidat social-démocrate Peer Steinbrück ? Pratiquement. Il existe tout de même des scénarios très hypothétiques qui conduiraient à un changement de chef de gouvernement outre-Rhin. Première partie de notre série spéciale élections fédérales allemandes, à 10 jours des festivités.

Et si Angela Merkel était remerciée après le 22 septembre prochain, date des élections fédérales allemandes ? L'idée fait beaucoup rêver en France, notamment au gouvernement ou à l'Elysée où l'on voit dans le candidat social-démocrate Peer Steinbrück l'espoir d'une Allemagne plus proche des conceptions françaises de l'Europe. ce en quoi d'ailleurs, on se trompe peut-être, mais ceci fera l'objet d'un futur article de cette série pré-scrutin allemand.

L'Allemagne demeure un régime parlementaire

La question est ici de s'interroger sur la possibilité d'une « victoire de la gauche », comme on le dit en France. Car, en Allemagne, la politique ne se résume pas, comme de ce côté-ci du Rhin par un duel entre deux personnages soutenus par des partis. La république fédérale est un régime parlementaire et le Bundestag est l'organe le plus important des institutions allemandes. C'est lui qui élit le chancelier et qui peut, sous certaines conditions (notamment celle de proposer un autre chancelier), le destituer.

Le cœur du réacteur politique allemand : les coalitions

Le moteur de la politique allemande, ce sont donc les coalitions. Depuis la fondation de la république fédérale en 1949, il n'y a eu qu'un seul exemple de majorité absolue où un seul parti, la CDU (avec néanmoins sa « sœur » bavaroise, la CSU) a pu gouverner seule, c'était lorsque Konrad Adenauer était chancelier entre 1957 et 1961. Tous les autres gouvernements ont travaillé avec l'appui de coalitions. Ce sera, selon toute vraisemblance, encore le cas après les élections de 2013. Autrement dit, la question n'est pas de savoir si Angela Merkel ou Peer Steinbrück « vont gagner », mais s'ils seront capables de former une coalition où leur parti sera le principal parti. Voici les cas où la SPD pourrait faire figure de parti leader d'une coalition. Et leur probabilité, toujours faible.

De 11 à 15 points de retard pour le SPD

Malgré une nette remontée depuis le débat du 1er septembre dernier, la SPD de Peer Steinbrück demeure encore très en retard sur l'Union CDU/CSU d'Angela Merkel. Un sondage Forsa publié ce mercredi donnait encore 14 points de retard aux sociaux-démocrates, malgré un rebond de deux points de la SPD. Mardi, le sondage de l'institut Insa évaluait à 11 points ce retard, un autre de l'institut GMS l'estimait encore à 15 points. Dans ces conditions, si Angela Merkel ne pouvait constituer une coalition majoritaire avec ses actuels partenaires libéraux, et qu'elle doive demander à la SPD la formation d'une « grande coalition », les sociaux-démocrates, seraient minoritaires. Ils n'auraient pas la chancellerie, réservée au leader du premier parti et devraient compter avec moins de ministres que lors de la précédente expérience, lorsque les deux formations avaient fait jeu égal lors du scrutin de 2005 (35,2 % pour la CDU/CSU contre 34,2 % pour la SPD). Les chances de voir Peer Steinbrück prendre la tête d'une « grande coalition » sont donc très faibles.

La « coalition rouge-verte »

Deuxième option, la plus simple sur le papier, mais la plus difficile sur le terrain, est celle d'une victoire de la coalition qui a gouverné l'Allemagne entre 1998 et 2005 : celle qui regroupe la SPD et les Verts. Les chances de cette coalition de pouvoir disposer d'une majorité au Bundestag sont très minces. Concrètement, les deux alliés du centre-gauche parviennent dans le meilleur des cas à se hisser à hauteur de la seule CDU/CSU. Mais si le sondage d'Insa estime que l'Union et cette coalition sont à égalité à 39 %, les deux autres instituts estiment à 4 points (pour GMS) et 5 points (pour Forsa) le retard de la coalition « rouge-verte » vis-à-vis de la CDU/CSU.

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Transfert d'intentions de vote entre les Verts et le SPD

L'essentiel n'est cependant pas là : même si SPD et Verts parvenaient à se placer au-dessus du parti d'Angela Merkel, ils ne pourraient pas former une coalition majoritaire en raison de la présence au parlement du parti de gauche Die Linke et des Libéraux de la FDP.Si ces derniers parviennent à franchir les 5 % nécessaires à l'entrée au parlement et que leurs forces conjuguées à celle de la CDU/CSU sont suffisantes, c'est la coalition actuellement au pouvoir qui se reformera. Sinon, l'issue sera une grande coalition (voir plus haut).

On peut certes penser que dans les dix jours qui nous séparent de l'élection, la SPD continuesa progression jusqu'à permettre à la coalition rouge-verte de disposer d'une majorité. Mais ceci semble très hautement improbable : elle nécessiterait un basculement d'une partie importante (près de 10 %) de l'électorat. Or, ce que l'on observe depuis le début du mois de septembre, c'est que la progression de la SPD s'accompagne d'un affaiblissement parallèle des Verts. Il y a donc transfert des votes au sein de la coalition de centre-gauche, plus que vrai gain de cette dernière.

Le « cartel des gauches »

Il y aurait bien alors une piste pour Peer Steinbrück : la coalition rouge-rouge-verte qui regrouperait SPD, Verts et Die Linke. Ce serait une sorte de « cartel des gauches » inédit en Allemagne. Angela Merkel a agité, lundi dernier, le spectre de cette alliance pour mettre en garde ses militants contre toute euphorie. « On pourrait bien se réveiller avec une coalition rouge-rouge-verte », a-t-elle prévenu. En réalité, il semble qu'il s'agit plus d'une vision rhétorique.

D'abord, parce que cette coalition elle-même n'est pas assurée de disposer d'une majorité absolue si le FDP entre au Bundestag. Ensuite - et surtout - parce que cette option est actuellement formellement rejetée par la SPD et les Verts. Le contentieux entre SPD et Die Linke est considérable. Il est historique d'abord. La SPD a toujours, depuis 1919, refusé toute alliance à sa gauche et la majorité de ses cadres ne goûterait guère une alliance avec l'ancien parti dominant de la RDA.

Le SPD préfèrerait de toutes les façons une "grande coalition"

Quant à Die Linke, c'est un parti formé en grande partie de dissidents sociaux-démocrates qui, comme Oskar Lafontaine, ont quitté le parti pour protester contre l'Agenda 2010 de Gerhard Schröder et qui sont irréconciliables avec la SPD. Il est programmatique ensuite : Die Linke est opposé à l'intégration européenne et à l'euro, les Verts et la SPD sont très pro-européens. Mais sur d'autres sujets, budgétaires, sociaux ou internationaux, les divergences sont plus profondes entre SPD et Die Linke, qu'entre la CDU et la SPD.

Pour résumer, il n'est pas certain que l'envie de disposer d'un chancelier soit si forte au sein des sociaux-démocrates qu'ils en viennent à s'allier avec Die Linke. Sans doute préféreront-ils alors une « grande coalition. » D'autant que rien ne serait plus précaire qu'une telle coalition à trois. La droite et le centre de la SPD feraient barrage contre les propositions de Die Linke qui est également très fortement divisé entre sa droite issue de l'ex-RDA, plus « responsable », et sa gauche issue de l'ex-Allemagne de l'ouest plus radicale.

Du reste, les deux tentatives de coalition rouge-rouge-verte dans deux Länder de l'ouest, la Hesse en 2008 et la Rhénanie du Nord Westphalie en 2010, ont échoué au bout de quelques mois. Il n'est pas certain que la SPD, encore convalescente sur le plan électoral, prenne le risque d'une telle alliance.

« Le feu tricolore »

Reste enfin la possibilité la plus hypothétique : la coalition « feu tricolore » regroupant Verts, SPD et Libéraux de la FDP. Elle est peu probable pour deux raisons. D'abord, parce qu'elle n'est pas « naturelle. » Si le FDP est présent au Bundestag, son allié naturel sera la CDU/CSU. Il n'y a pas de division si forte au sein de la coalition actuelle qu'elle provoque un changement de bord des Libéraux, comme ce fut le cas en 1982 lorsque la FDP avait fait chuter Helmut Schmidt en quittant l'alliance avec la SPD pour s'allier avec les conservateurs.

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Et si la coalition aujourd'hui au pouvoir ne dispose pas d'une majorité, il semble impossible que l'alliance « feu tricolore » dispose d'une majorité. Par ailleurs, les programmes sont également désormais très éloignés. La FDP a réalisé au cours des années 2000, un tournant idéologique majeur en centrant son programme sur les baisses d'impôts. Le courant « social-libéral », dominant dans les années 1970, a quasiment disparu, alors que se renforçait le courant eurosceptique. Aujourd'hui, les Libéraux semblent totalement incompatibles avec des Verts et une SPD qui réclament des hausses d'impôts pour les hauts revenus. Aucune alliance régionale de ce type n'existe actuellement.

Romaric Godin

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