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ÉconomieUnion européenne

Allemagne : une grande coalition dont personne ne veut...

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 25 septembre 2013 à 13:26 - Mis à jour le 25 septembre 2013 à 15:30

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Si la "grande coalition" est l'option la plus populaire en Allemagne, le parti social-démocrate et les patrons n'en veulent pas.

Inévitable, mais redoutable. C'est ainsi que la plupart des Sociaux-démocrates allemands perçoivent l'entrée de leur parti dans une « grande coalition » avec les Conservateurs d'Angela Merkel.

Grogne sociale-démocrate

Mardi, la fédération SPD du Land de Rhénanie du Nord Westphalie, la plus importante d'Allemagne, a officiellement fait savoir qu'elle ne voulait pas d'une alliance avec la CDU/CSU et qu'elle voulait qu'on organise un référendum interne sur le sujet. La ministre-présidente de ce Land, Hannelore Kraft, figure montante du parti, a ainsi affirmé que « le parti n'avait pas fait campagne pour devenir un supplétif pour la majorité d'Angela Merkel. » Selon la presse allemande, d'autres fédérations SPD régionales comme celles de Rhénanie-Palatinat, du Bade-Wurtemberg et de Berlin rejetterait aussi cette perspective.

Coalition perdante

Il est vrai que la grande coalition n'est pas très attirante pour une SPD encore convalescente de son effondrement électoral de 2009. D'autant que les partenaires de coalition d'Angela Merkel n'ont eu jusqu'ici qu'à se plaindre de leur sort après quatre ans de partage du pouvoir. En 2009, la SPD avait perdu 11,2 points.

En 2013, les Libéraux ont reculé de 9,8 points et ont été exclu du Bundestag. C'est dire si la perspective d'une participation à un gouvernement Merkel III n'est peu appétissante. Beaucoup craignent dans les rangs sociaux-démocrates qu'une « grande coalition » ne fasse qu'un gagnant : Die Linke, qui en 2009, après quatre ans de grande coalition, avait obtenu un score record.

Dans une lettre à ses adhérents envoyé mercredi, le chef du parti social-démocrate, Sigmar Gabriel, a voulu rassurer : la SPD « ne se laissera pas forcer à entrer dans une coalition avec les Conservateurs » : « Il n'y a pas d'automatisme. »

Pas d'alternative pour la SPD

Pour autant, chacun sait au sein de la SPD qu'il n'y a guère d'alternative. Laisser les Verts s'allier avec la CDU, ce serait s'isoler encore un peu plusen prenant le risque de voir son « allié naturel » devenir celui d'Angela Merkel.

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De plus, l'expérience de l'opposition de ces quatre dernières années a montré qu'elle ne profitait pas au parti. L'option d'une alliance avec les Verts et Die Linke n'est quasiment plus évoquée que par quelques députés isolés. Selon le magazine politique Cicero, même l'aile gauche des Sociaux-démocrates n'en veut pas.

On comprend le dilemme de la SPD : l'isolement ou la compromission. Rien d 'étonnement à ce que certains militants aient applaudi dimanche soir lorsque les rumeurs de majorité absolue d'Angela Merkel ont commencé à apparaître...

Des hausses d'impôts contre une coalition ?

Sigmar Gabriel est donc déjà à la manœuvre pour négocier avec la CDU et la CSU. Son but est clair : obtenir beaucoup de concessions des Conservateurs pour rendre la potion moins amère à ses troupes. Il demanderait donc la mise en place de deux promesses de campagne importantes de la SPD : le salaire minimum unique à 8,50 euros de l'heure et un minimum vieillesse de 850 euros.

Egalement en discussion : la hausse de l'impôt sur le revenu pour les plus hautes tranches pour financer des investissements. La CDU, malgré sa campagne centrée sur « zéro impôts en plus », semble se montrer ouvert sur le sujet. Wolfgang Schäuble, mercredi matin, l'a confirmé. Reste enfin la répartition des rôles au sein du gouvernement Merkel III : la SPD veut le ministère du travail et des affaires sociales, mais aussi celui de l'Intérieur et de la Défense.

Les discussions seront intenses, car les ministres CDU et CSU en place vont défendre leurs portefeuilles. Les Finances seront sans doute le point fort de la négociation. Mais il n'est pas certain que les Sociaux-démocrates veuillent de ce poste perçu comme le « père fouettard » de l'Europe…

Pressions dans tous les sens

Quoi qu'il en soit, la formation du gouvernement Merkel III risque de prendre du temps. La partie d'échecs a commencé. Dans le camp d'Angela Merkel, on souffle le chaud et le froid. Parallèlement aux concessions citées plus haut, certains responsables CDU évoquent la possibilité de nouvelles élections en cas de mauvaise volonté de la SPD.

L'hypothèse d'une alliance avec les Verts est aussi régulièrement évoquée. De quoi mettre la pression sur Sigmar Gabriel qui, de son côté, peut placer dans la balance la menace d'un référendum interne.

Combien de temps avant un nouveau gouvernement ?

L'Allemagne pourrait donc ne pas avoir de gouvernement issu du nouveau Bundestag avant longtemps. Certes, la constitution allemande prévoit dans son article 39-2 la réunion de la nouvelle assemblée dans les 30 jours au maximum après le scrutin et l'élection du chancelier dans la foulée.

Mais elle prévoit aussi (article 69-3) que le président fédéral puisse demander au gouvernement en place de gérer les affaires courantes le temps qu'une nouvelle majorité soit trouvée. C'est ordinairement ce qui se passe. En 2005, six semaines avaient été nécessaires pour construire la « grande coalition. » Le record date de 1976 où il avait fallu 73 jours pour renouveler la coalition entre Libéraux et Sociaux-démocrates.

2013 pourrait battre ce record si la SPD décide de demander la sanction de sa stratégie par ses membres. Même si la CDU décide de changer alors de partenaire, les négociations repartiront ex nihilo ou presque avec les Verts.

Inquiétudes patronales

En attendant, il n'y a pas que les militants sociaux-démocrates qui s'inquiètent d'une grande coalition. Les patrons allemands aussi. Le quotidien économique Handelsblatt titrait ce mercredi matin sur la peur des hausses d'impôts des petits entrepreneurs. L'institut économique IW de Cologne, proche du patronat, a également insisté dans un communiqué mardi sur le « rejet des hausses d'impôts » des électeurs.

Les milieux économiques sont un peu orphelin des Libéraux qui, traditionnellement, représentaient leurs intérêts. « Même si la FDP n'a pas comblé nos vœux ces quatre dernières années, nous craignons qu'il manque une force libérale au Bundestag », résume le président de la fédération des entrepreneurs familiaux Lutz Goebel dans un entretien à la Frankfurter Allgemeine Zeitung de mercredi.

Même sons de cloche à la BDI et à la BDA, les deux organisations patronales. Même si le patronat n'a pas eu à se plaindre réellement de la dernière grande coalition, le léger tournant à gauche du programme social-démocrate, notamment en matière fiscal ou en droit du travail, l'inquiète. Et les ouvertures sur le plan fiscal vers le SPD confirme cette crainte. Le patronat sait que la seule force opposée au salaire minimum, la FDP, n'est plus représentée au Bundestag.

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En cas de grande coalition, les entrepreneurs allemands redoutent que le gouvernement ne privilégient trop la demande intérieure au détriment de la compétitivité externe. C'est tout l'enjeu des négociations actuelles.

Romaric Godin

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