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ÉconomieUnion européenne

Une victoire bien embarrassante pour Angela Merkel

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 23 septembre 2013 à 10:00 - Mis à jour le 23 septembre 2013 à 18:16

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Le parti de la chancelière a gagné le scrutin de dimanche, mais sa coalition a perdu. Angela Merkel doit former une nouvelle alliance. Pas si simple.

La situation est peut-être un peu plus complexe que ne le laisse transparaître les Unes de la presse ce lundi matin pour Angela Merkel. Car derrière les épithètes triomphalistes, la chancelière doit désormais constituer une majorité. Et c'est une tâche difficile.

Défaite de la coalition au pouvoir

Car, derrière le triomphe de son parti la CDU et de sa sœur bavaroise la CSU, Angela Merkel a subi une vraie défaite : la coalition qu'elle menait depuis 2009 a clairement perdu ces élections. En termes de voix, le recul de cette coalition est de 2 points de pourcentage. En termes de sièges, le recul est de 11 sièges. Ceci peut paraître peu, mais il coûte en réalité beaucoup à la chancelière : la majorité absolue. Il y a donc nécessité pour Angela Merkel de rechercher une coalition alternative.

La gauche majoritaire au Bundestag

A priori, sa situation n'est pas simple. La gauche constituée de trois partis (SPD, Verts, Die Linke) est majoritaire au Bundestag avec 319 sièges contre 311 pour la CDU/CSU. Autrement dit, en théorie, Angela Merkel pourrait très bien perdre la chancellerie. Cela n'arrivera cependant pas. Car la chance de la chancelière, c'est que la gauche allemande n'est pas seulement divisée, elle est parcourue par une rupture quasiment irréconciliable entre l'élément réformiste et l'élément « révolutionnaire. » Ceci depuis près d'un siècle.

Comme Die Linke est non seulement constituée des anciens membres du SED, le parti dominant de l'ex-RDA, mais aussi de dissidents anti-Schröder de la SPD, une alliance de ce parti avec les Sociaux-démocrates semble exclue. Le candidat SPD à la chancellerie Peer Steinbrück l'a rappelé dès dimanche soir. Du coup, revoilà Angela Merkel en position de force pour négocier.

Négociations longues en vue

Reste que la négociation avec les deux partis réformistes SPD ou Verts va se faire dans une ambiance particulière puisqu'il s'agit de discuter avec des partis qui ont constitué l'opposition au cours de ces quatre dernières années. Si elle veut une majorité stable, Angela Merkel va devoir faire des concessions. Ces discussions peuvent durer longtemps. En 2005, la « grande coalition » avait nécessité six semaines de négociations.

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Les Verts : un partenaire possible ?

Quel pourrait être le partenaire idéal d'Angela Merkel ? Les Verts présentent un profil intéressant pour elle. Avec seulement 63 sièges, 5 de moins qu'en 2009, et 8,4 % (2,3 points de moins qu'en 2009), les Ecologistes ont subi dimanche une défaite amère compte tenu des 15 % que leur promettaient les sondages voici encore quelques semaines. La faute à un programme très à gauche, promettant des hausses d'impôts importantes pour les classes moyennes. Cette défaite est donc celle de l'aile gauche des Verts. Les « réalos », l'aile droite, ont donc la voie libre pour reprendre en main le parti. Or, ces derniers sont des partisans d'une participation au pouvoir, même avec la CDU.

Expériences positives pour la coalition « noire-verte »

Sur le plan programmatique, une fois les excès fiscaux effacés, rien ne s'oppose à cette alliance. D'autant que les Verts soutiennent - à demi-mots - la transition énergétique d'Angela Merkel. Par ailleurs, l'expérience de l'alliance CDU-Verts à Hambourg, à Cologne ou à Francfort au niveau local ont montré que les deux partis pouvaient gouverner ensemble, et que cette alliance était bien plus confortable pour la CDU que celle avec les Sociaux-démocrates. Enfin, une telle alliance pour la CDU aura l'avantage de laisser le parti de la chancelière dans une position dominante au sein de la coalition avec 311 députés contre 63. Le partage du pouvoir serait tranché en faveur des conservateurs.

Une coalition « noire-verte » peu stable et sans appui au Bundesrat

Reste deux problèmes majeurs pour Angela Merkel. D'abord, les Verts demeurent un partenaire très incertain. Si les dirigeants du parti sont majoritairement « réalos », la base demeure très à gauche. Et la coalition « noire-verte » serait constamment à la merci d'un changement de rapport de force au sein du parti écologiste. La conséquence de cette situation pourrait être l'obligation pour la chancelière d'être très (trop ?) attentive à ce rapport de force et de la contraindre à faire trop de concessions aux Verts pour sauvegarder sa majorité.

L'autre problème majeur, c'est qu'une telle coalition ne disposerait d'aucune majorité au sein du Bundesrat, la chambre qui représente les Länder puisque aucune région aujourd'hui n'est gouvernée par une telle alliance. Angela Merkel devra donc aussi faire des concessions avec les Sociaux-démocrates pour obtenir l'appui du Bundesrat sur les questions importantes. Bref, une telle coalition rend la gestion du pouvoir assez complexe, pour un retour assez minime.

« La grande coalition » ou le confort au Bundesrat

La « grande coalition » n'offrira pas non plus immédiatement de majorité absolue au Bundesrat au nouveau gouvernement. Mais la situation sera plus simple. Les cinq Länder gouvernés par ce type de coalition entre CDU et SPD (Sarre, Saxe-Anhalt, Mecklembourg-Poméranie occidentale, Berlin et Thuringe) disposent de 18 sièges au Bundesrat. Il faut à cela ajouter les trois sièges de Hambourg, dirigé par la seule SPD, et les 6 de la Bavière, dirigée par la seule CSU. On en arrive à 27 sièges auxquels pourraient s'ajouter les 5 de la Hesse qui a aussi voté dimanche et où une grande coalition semble possible.

On serait alors à 32 sièges au Bundesrat, soit 3 de moins que la majorité absolue. Mais comme la CDU et la SPD gouvernent, soit avec les Verts, soit avec la FDP les autres Länder, on peut imaginer que, sur les sujets majeurs, la majorité absolue soit finalement possibles. Bref, une « grande coalition » est beaucoup plus confortable du point de vue du Bundesrat qu'une alliance avec les Verts.

Le bon souvenir de 2005

Sans compter que les deux partis sont d'accord sur l'essentiel. Les compromis devraient être assez aisés à trouver. Angela Merkel a une bonne expérience de sa précédente « grande coalition » entre 2005 et 2009 et on a longtemps dit qu'elle préférait gouverner avec les Sociaux-démocrates qu'avec les Libéraux. Sur la politique européenne, la SPD ne devrait pas avoir de difficulté à s'aligner sur une politique qu'il a toujours défendu au Bundestag contre les amis mêmes d'Angela Merkel. Bref, la « grande coalition » semble une solution idéale.

Des Sociaux-démocrates sur la défensive

Reste que la situation n'est pas la même qu'en 2005. A cette époque, les Sociaux-démocrates faisaient jeu égal avec la CDU et la CSU. Ils sont, depuis, perdu plus de dix points. Leur score de 2013 est certes supérieur à celui de 2009 (25,7 % contre 23 %), mais ce niveau d'il y a quatre ans était le plus bas score du parti de l'après-guerre. Et celui de 2013 est le deuxième plus bas score de l'après-guerre.

Bref, les Sociaux-démocrates sont dans une phase de reconquête de leur électorat perdu après les réformes Schröder. La première grande coalition leur a coûté très cher en termes électoraux. Il y a donc fort à parier que la nouvelle « grande coalition » ne soit pas aussi calme et bon enfant que la précédente.

Un possible retour du « rouge-rouge-vert » ?

Angela Merkel doit, du reste, se méfier. Beaucoup d'observateurs ont mis en avant le plan de l'actuel président du SPD Sigmar Gabriel de réaliser la grande réconciliation de la gauche avec Die Linke. L'horizon semble encore certes lointain, mais il n'est pas totalement à exclure. Le parti de gauche est également divisé entre « réalos » et « gauchistes. »

Or, étrangement, les « réalos » qui, eux aussi, veulent participer au pouvoir, sont les anciens de l'ex-RDA, autrement dit les plus forts au sein de l'appareil de Die Linke. Ceux de l'ouest sont issus d'irréconciliables avec la SPD : ex-Communistes de l'ouest vivant dans une quasi-clandestinité ou dissidents de la SPD proche d'Oskar Lafontaine. Si les premiers parviennent à l'emporter, le rêve de Sigmar Gabriel peut in fine devenir réalité en cas de crise gouvernementale au sein de la « grande coalition. »

Alors, Angela Merkel cessera d'être chancelière. On se retrouvera dans une situation proche de celle de 1982, lorsque les Libéraux avaient quitté l'alliance avec la SPD pour s'allier avec la CDU. Helmut Kohl avait alors remplacé Helmut Schmidt. Même Peer Steinbrück a indiqué que "dans le futur" une telle alliance des gauches était possible. Cette perspective peut faire bouger les lignes à gauche et Angela Merkel devra en permanence le craindre et donc donner des gages à ses alliés sociaux-démocrates.

La pression des anti-euros

L'ennui, c'est que sa marge de manœuvre sera réduite. A sa droite, la CSU s'est renforcée, mais ne représente pas réellement un danger. Son problème sera surtout de ne pas trop « recentrer » son discours et sa politique pour ne pas donner un nouvel élan à l'opposition extra-parlementaire des Libéraux et surtout du parti anti-euro, l'AfD.

Cette dernière a réalisé un score remarquable pour sa première campagne (4,7 %). En jouant le rôle d'opposant à une « grande coalition » trop pro-européenne et trop à gauche, elle peut profiter du mécontentement d'une partie de l'aile conservatrice de la CDU et de la CSU. En 2009, les Libéraux avaient réalisé un score historique de 15 % de cette façon. Mais Angela Merkel sait que si l'AfD enregistre de tels scores, la situation deviendra plus délicate pour son parti, car beaucoup de dirigeants chrétiens-démocrates pourraient pousser pour une alliance avec les anti-euros.

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Bref, il lui faut conserver l'AfD sous contrôle et pour cela ne pas trop accorder de concessions à la SPD. Laquelle, comme on l'a vu, voudra sans doute affirmer sa capacité à imposer ses choix au sein de la coalition. Autrement dit, c'est un numéro d'équilibriste délicat qui s'annonce pour le troisième mandat de la chancelière.

Romaric Godin

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