Presseurop.eu victime de la rigueur budgétaire de Bruxelles

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Un nouvel appel d'offres, publié le 19 juin, a été retiré le 12 juillet suivant.
Un nouvel appel d'offres, publié le 19 juin, a été retiré le 12 juillet suivant. (Crédits : Reuters)
Le contrat entre le site d'information en dix langues sur l'actualité de l'Europe et la Commission européenne ne sera pas renouvelé. Bruxelles a décidé de ne pas lancer de nouvelle procédure de marché invoquant des raisons budgétaires.

C'est fini. Presseurop, le site d'information qui, depuis 2009, sélectionne tous les jours et traduit en dix langues (anglais, français, allemand, espagnol, roumain, italien, portugais, néerlandais, polonais et tchèque)  les articles concernant l'actualité européenne de plus de 200 titres internationaux, fermera ses portes le 20 décembre. La fermeture impliquera la suppression d'environ 70 emplois réguliers de journalistes, traducteurs, pigistes et chargés de communication, regrette le rédacteur en chef, Eric Maurice.

La Commission européenne, qui soutenait financièrement le projet afin de garantir un débat démocratique européen suffisamment informé, ne renouvellera pas le contrat s'expirant à la fin de l'année avec le consortium gérant le site - formé par quatre magazines spécialisés dans l'actualité internationale: Courrier international (Paris), Courrier internacional (Lisbonne), Forum (Varsovie) et Internazionale (Rome). Le nombre maximal de renouvellements autorisés par l'accord annuel signé en 2008 ayant été atteint, une nouvelle procédure de marché était donc nécessaire pour que le site puisse continuer d'exister. L'appel d'offres a été publié le 19 juin mais immédiatement retiré le 12 juillet suivant.

La Commission évoque des raisons budgétaires mais aussi des critiques

La décision de la Commission se justifie officiellement par des raisons budgétaires, mais une polémique sous-jacente semble aussi avoir joué. La porte-parole de la commissaire de tutelle du dossier, Viviane Reding, cite notamment des plaintes reçues par l'Association de la presse internationale (API) et l'Association des journalistes européens (AJE), selon lesquelles la nouvelle procédure de marché aurait nui à la liberté de la presse. La parution d'articles critiques dans The Times, le Wall Street Journal, la Süddeutsche Zeitung et puis le International Herald Tribune est aussi évoquée. « La Vice-présidente Reding, qui est elle-même ancienne journaliste, partage ces craintes et a décidé de mettre fin à l'appel d'offre », conclut la porte-parole.

Les médias cités se sont en effet faits écho d'inquiétudes concernant la demande, véhiculée par la nouvelle procédure de marché, de recentrer le contenu du site sur l'agenda européen ainsi que, plus généralement, sur l'habitude de Bruxelles de financer les acteurs de la réflexion sur l'UE. Les plaintes de l'API et de l'AJE ne mentionnaient d'ailleurs pas Presseurop mais alertaient sur la formulation du nouvel appel d'offres.

Presseurop demande que le site soit maintenu en 2014, année des élections européennes

Depuis, l'API a précisé devant la Commission sa préférence pour le modèle incarné par Presseurop, en raison de l'indépendance consacrée par sa charte éditoriale, alors que l'AJE a publiquement regretté la décision de la Commission européenne. La rédaction de Presseurop demande notamment qu'une solution temporaire soit trouvée, du moins pour permettre au site de continuer de fonctionner en 2014, année d'élections européennes à fort risque d'abstention. Eric Maurice estime qu'un moyen juridique pourrait être trouvé.

Bien qu'inférieur à celui de 2013, le budget alloué aux projets multimédia en 2014 (voté le 20 novembre) compte d'ailleurs 6,8 millions d'euros supplémentaires par rapport à ce qui était prévu quand l'appel d'offres a été retiré, grâce à un amendement adopté entretemps par le Parlement européen avec l'accord des Etats membres. Presseurop rappelle aussi qu'un rapport indépendant du cabinet Deloitte rédigé en novembre 2012 a recommandé à la Commission la poursuite du projet (avec quelques améliorations) et surtout que, depuis sa cération, Presseurop a atteint le taux de 600000 visiteurs uniques par mois.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2013 à 1:19 :
Toutes les dernières mesures visent à détruire la diversité linguistique et l'intégration européennes pour les remplacer par le tout anglais transatlantique
a écrit le 04/12/2013 à 9:49 :
C'est consternant! Je suis un lecteur quasi quotidien de Press Europ, un site permettant de lire des articles de toutes l'Europe, traduits et permettant de réagir et donc de lire les opinions diverses de tous les Européens et donc de mieux les comprendre.

Comme interpréter cette décison dans la mesure où en plus le budget dévolue à ce type de mission augmente??? Ca les dérange les Bruxellois? Ils trouvent que le sentiment Européen à le vent en poupe? Qu'il y a overdose de démocratie???? Voudraient qu'on ne lise que la Pravda???

Je suis éberlué, ils tapent dans Erasmus ou Presseurop, les rares outils qui nous permettent d'échanger, nous le peuple, et de sentir qu'on appartient à la même civilisation. Mais sur quelle planète vivent ils??
J'invite la Tribune à se mobiliser (vos articles ont été relayés en plus à plusieurs reprises) et à tout ceux qui sont attachés à la démocratie à aller sur le site de presseurop pour signer une forme de pétition envoyée à Mme Reeding.

Un européen convaincu mais excédé par le manque patent de démocratie. Marre de l'Europe pour les banquiers et les multinationales! L'Europe c'est avant tout ses citoyens!!!!!!

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