Pourquoi la République tchèque refuse d'entrer dans l'euro (alors qu'elle le pourrait)

La banque centrale tchèque ne recommande pas au pays d'adopter la monnaie unique. Et pour cause: depuis novembre, elle tente d'utiliser l'arme de la dépréciation de la monnaie pour contrer la déflation et la récession.
Un bureau de change à Prague. La banque centrale tchèque veut stabiliser sa monnaie au cours de 27 couronnes pour un euro.
Un bureau de change à Prague. La banque centrale tchèque veut stabiliser sa monnaie au cours de 27 couronnes pour un euro. (Crédits : Reuters)

Dans leur évaluation annuelle publiée ce mercredi, la Banque nationale tchèque (CNB) et le ministère des Finances de la République tchèque ont ce mercredi une nouvelle fois  recommandé de ne pas fixer de date pour l'adoption de l'euro. Ce n'est pas une surprise. Certes, Prague remplit une bonne partie des critères de Maastricht qui lui permettrait d'entrer dans la zone euro. Le déficit budgétaire est supérieur à 3 % du PIB, mais la politique d'austérité menée par le précédent gouvernement et qui sera poursuivie par son successeur qui vient d'être formé devrait permettre de rentrer dans les clous.

Pourquoi pas l'euro ?

En théorie, les Traités européens devraient conduire le pays a adopter la monnaie unique à partir de 2015. Mais la République tchèque a de bonnes raisons de ne pas entrer dans l'euro. D'abord, parce que la population y est largement opposée. Ce n'est certes pas une raison suffisante puisque en entrant dans l'UE, Prague s'est engagée à adopter à terme l'euro. Et la Lettonie, qui va adopter l'euro au 1er janvier le fera sans l'appui de sa population, qui y est très majoritairement opposée. Mais surtout, parce que Prague a décidé depuis le 4 novembre d'utiliser l'arme monétaire pour lutter contre la récession et le risque de déflation.

27 couronnes par euro comme nouveau cours pivot

La CNB a en effet décidé d'avancer là où la BCE s'est, pour le moment, arrêtée. Le 7 novembre, la banque centrale tchèque a prévenu qu'elle interviendrait « autant que nécessaire » pour ramener le cours de change à 27 couronnes par euro. La veille de cette intervention, il fallait 25,8 couronnes pour un euro. Le 8 octobre, la couronne tchèque avait atteint un plus haut de sept mois face à la monnaie unique à 25,5 couronnes pour un euro. Le nouveau cours pivot de la CNB représentait donc une dépréciation de 6 % par rapport au 8 octobre.

200 milliards de couronnes sur le marché

Comme on pouvait s'y attendre, la détermination de la CNB a été rudement testée dans les premiers jours de novembre. Du 7 au 20, la banque centrale tchèque a ainsi mis sur le marché pas moins de 200 milliards de couronnes (7,5 milliards d'euros) pour tenir son cours pivot. Il semble qu'elle ait gagné une première manche. Mardi, la monnaie tchèque a encore perdu du terrain face à l'euro, alors que la CNB répétait sa détermination au moins jusqu'en 2015. Ce mercredi, il fallait 27,7 couronnes pour un euro, soit 8,7 % de plus par rapport au 8 octobre.

Armes conventionnelles épuisées

Avec cette action sur la monnaie, la CNB passe à la vitesse supérieure après avoir, de son propre aveu, « épuiser tous les moyens conventionnels » à sa disposition. Depuis l'automne 2012, le taux directeur tchèque se situe à 0,05 %, autrement dit, le refinancement auprès de la CNB est gratuit. Cette dernière a également eu recours au « forward guidance » comme la BCE. Mais rien n'y fait. La situation économique du pays reste préoccupante.

Contraction du PIB au troisième trimestre

Alors que la Hongrie ou la Pologne ont vu leur croissance accélérer au troisième trimestre, le PIB de la République tchèque s'est à nouveau contracté de 0,5 %. L'investissement et les exportations sont particulièrement touchés mais, globalement, le pays manque de moteur de croissance. Ce chiffre est assez préoccupant dans la mesure où il prouve que les produits tchèques n'ont pas profité de la petite croissance en zone euro et singulièrement en Allemagne, le premier client du pays.

La déflation menace

Parallèlement, la demande de crédits des entreprises non financières et des ménages s'est affaissée au troisième trimestre, tandis que les prix, eux, commençait à frôler la zone négative. « L'inflation n'est soutenue que par les prix administrés, la hausse des taxes et les produits alimentaires », explique la CNB qui prévient que ces facteurs ne pourront plus jouer à partir de janvier. Déjà en octobre, l'indice des prix à la consommation en calcul national hors énergie et alimentation a reculé de 0,04 %. L'économie tchèque est donc menacée de déflation.

Stratégie de reprise

Comprimée par la politique d'austérité du gouvernement, la consommation des ménages se compriment (-0,1 % au troisième trimestre et -0,2 % au deuxième trimestre), sans que cela ne produise de véritables effets sur la compétitivité externe du pays. D'où la décision de la CNB de compenser l'austérité par une arme non-conventionnelle : la dépréciation de la monnaie. La banque centrale espère ainsi à la fois renchérir les importations et favoriser la compétitivité externe des entreprises tchèques afin de favoriser une reprise de la demande interne.

La CNB marche sur des œufs

Reste à savoir si cette dépréciation somme toute encore modeste sera suffisante à redonner de l'oxygène à l'économie tchèque. La CNB marche sur des œufs dans un pays où la dévaluation n'est guère goûté et où la culture économique est proche de l'Allemagne. La banque centrale a, du reste, réservé un espace sur son site Internet consacré à l'affaiblissement de la couronne pour expliquer sa politique et « combattre les idées reçues » sur l'arme monétaire. Mais il lui sera difficile de justifier une politique plus aggressive.

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Commentaires 22
à écrit le 27/12/2013 à 9:03
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peut etre parcequ ils reflechissent ,veulent rester maitre de leur avenir ,de leur monnaie ,libre de decider au lieu d etre diriges par bruxelle !

à écrit le 23/12/2013 à 11:12
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Bien vu ,tout à fait raison la Tchèquie, , c'est la meilleur voie pour traverser la crise et relancer l 'économie .

à écrit le 20/12/2013 à 12:08
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Il faut choisir : déconstruction de l'euro ou effondrement total de nos économies.

à écrit le 19/12/2013 à 16:23
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On aurai eu le temps de réfléchir sans nous endormir, on aurai sans doute fait le même choix car on sait ce que l'on perd mais on ne sait pas ce que l'on gagne!

à écrit le 19/12/2013 à 13:59
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alors comme cela lespopulation qui sont majoritairement opposées ne sont pas une bonne raison ...ce que vous dites dans votre article..ben voyons qui décide alors?

à écrit le 19/12/2013 à 13:57
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L'euro c'est de t 'attacher les jambes et de te dire de courir

à écrit le 19/12/2013 à 13:54
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en 1940 non plus et puis après le lâcheé ..enfin vous connaissez sans doute les parties prenantes de l'adhésion de ce pays au reich..

à écrit le 19/12/2013 à 13:45
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Pourquoi ils ne veulent pas entrer?...Parce qu'ils ont vu ce qui arrive à ceux qui sont dedans

à écrit le 19/12/2013 à 11:27
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Le problème de l'euro est que la parité entre celui-ci et la monnaie nationale en vigueur avant bascule est fixée une bonne fois pour toute. Sans aucun mécanisme d'adaptation ultérieure. Que serait la parité franc-Euro aujourd'hui (à l'époque 1 euro ...

à écrit le 19/12/2013 à 9:31
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Bravo ! Tout le monde ne rêve pas d'une baguette à 7 Francs oups 1.10 euro ! du litre à 9 Francs oups 1.6 euro ... Monnaie qui protège et permet un super développement économique ... Bon il y a ceux qui vénèrent et ceux qui comprennent, eux ils sembl...

à écrit le 19/12/2013 à 8:13
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Contre l avis des populations...on les mene à l abattoir.... mais qui est derriere tout ca? quelques dictateurs financiers, ou une nouvelle religion, marchands d esclaves...???

le 19/12/2013 à 11:37
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Pour une réponse claire, regardez la video de Dianne Reidy. Évidemment, elle a été censure mais c'est pourtant le problème majeur de nos pays occidentaux. Quel journaliste aura le courage de les dénoncer?!... Nous vivons en pseudo-démocraties...

à écrit le 19/12/2013 à 6:34
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à lire tous les "anti-euro", la seule vraie question qui vaille est alors de savoir si l'EU doit perdurer. Si l'EU redevient la CEE, il vaut mieux alors quitter le navire et revenir à l'Europe des nations indépendantes, qui finira par sombrer engluer...

le 19/12/2013 à 7:19
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Il suffit de relire ce que nous promettaient les européistes il y a 20 ans, pour franchement rigoler de votre petite contribution... Et on est gentil, on pourrait se moquer ...

à écrit le 19/12/2013 à 0:21
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Le problème avec l'euro ce n'est pas comment y rentrer mais comment en sortir !

le 19/12/2013 à 13:49
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CQFD

à écrit le 18/12/2013 à 22:25
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est la camisole de force de notre industrie. Tous les jours c'est fermeture d’usines. Les tchèques et les polonais ont raison de garder leur monnaies.

le 18/12/2013 à 23:43
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Mieux vaut avoir une monnaie stable comme l'euro que par exemple un yen qui baisse et entraîne un endettement colossal. La Tchéquie rentrera dans l'euro dès que son économie cyclique repartira car elle y aura intérêt. Ce n'est pas l'euro qui est la p...

à écrit le 18/12/2013 à 20:31
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veut stabiliser le cours de sa monnaie ??? 27 couronnes pour 1 euro ?? N'importe quoi, j'étais à Prague il y a peu de etmps et ils te donnent les 27 couronnes si tu changes au minimum 2500 euros, autrement c'est plutôt 15 couronnes :-) Et je connais ...

le 19/12/2013 à 10:53
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Vous étiez à Prague en 1939?? Commentaire imbécile, la moindre banque vous échange entre 24 et 26 couronnes pour un euro, ne serait ce à l'aéroport. Et pas besoin de venir avec une valise pleine....

à écrit le 18/12/2013 à 20:29
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veut stabiliserr le cours de sa monnaie ??? 27 couronnes pour 1 euro ?? N'importe quoi, j'étais à Prague il y a peu de etmps et ils te donnent les 27 couronnes si tu changes au minimum 2500 euros, autrement c'est plutôt 15 couronnes :-) Et je connais...

à écrit le 18/12/2013 à 19:48
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Comme tout véritable dogme, on détermine le but a atteindre à un moment donné, sans penser au conséquence, ni si ce but sera adapté le moment venu! Cela en devient une guerre de religion!

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