En 2014, la BCE va devoir faire de l'anti-Fed

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Le siège de la BCE. Celle-ci déménagera en 2014 et devra développer une stratégie inverse de celle de la Fed.
Le siège de la BCE. Celle-ci déménagera en 2014 et devra développer une stratégie inverse de celle de la Fed.
Avec le début de la réduction des rachats d'actifs outre-Atlantique, la BCE va subir une pression plus importante pour assouplir sa politique.

La Fed a donc lancé le mouvement. Elle va entamer progressivement la décélération de ses rachats d'actifs de 85 à 75 milliards de dollars par mois. Cette décision de commencer ce « tapering » tant craint par certains a été plutôt bien reçu par les marchés. Mais elle place la BCE face à la nécessité d'accélérer le découplage de sa politique monétaire avec celle de la Réserve fédérale.

Le risque conjoncturel

Comme le souligne Gilles Moëc, économiste à la Deutsche Bank, la BCE va devoir en 2014 faire face à deux défis principaux. Le premier n'est pas lié directement au tapering. C'est celui d'une reprise plus faible que prévu, avec une transmission du crédit qui ne fonctionne toujours pas, notamment en raison des anticipations des banques face aux stress tests de la BCE dans son rôle de superviseur unique européen sans vrai mécanisme de résolution en regard.

Dans ce cas, « le mieux et le plus efficace serait certainement de pratiquer des rachats directs de titres privés », estime Gilles Moëc en faisant référence à des déclarations du chef économiste et membre du directoire de la BCE Peter Praet qui avait estimé que ceci était une « option. »

Les conséquences du tapering pour la zone euro

Mais la BCE va également devoir faire face aux conséquences du tapering. Le principal scénario du risque lié à la politique de la Fed, c'est un effet de contagion par lequel les taux allemands et français remonteraient modérément à la suite de celle des Treasuries (obligations d'Etat américaines), alors que les obligations périphériques de la zone euro progresseraient proportionnellement plus vite, creusant ainsi les fameux spreads. « Cela n'aura pas d'impact direct sur la croissance, mais poserait un problème de fragmentation du marché du crédit dans la zone euro et de refinancement de pays comme l'Espagne ou l'Italie », indique Gilles Moëc.

Jacques Cailloux, économiste chez Nomura, estime lui aussi, que, compte tenu de la situation économique et du marché du crédit « une remontée precipitée des taux en zone euro serait aujourd'hui des plus malvenues et demanderait une réponse immédiate de la BCE. »

La réaction possible à la hausse des spreads

Dans ce cas, que pourrait faire la BCE ? Plusieurs options sont sur la table afin d'augmenter la liquidité dans le système bancaire européen et favoriser à la fois la baisse des taux périphériques et le crédit aux entreprises : la fin de la « stérilisation » du programme de rachat de dette sur les marchés (Securities Markets Programme ou SMP) lancé en mai 2010, l'abaissement du niveau des réserves obligatoires ou même un nouveau programme de distribution de liquidité à long terme (LTRO).

Cette dernière option est jugée « hautement probable » par les experts de HSBC. « Sur une base conditionnelle, ceci permettrait de réduire les effets du tapering sur la hausse des taux et de faire chuter l'euro », souligne ces derniers. Jacques Cailloux estime qu'un « découplage des taux longs est quasiment impossible à éviter » entre la zone euro et les Etats-Unis. Ce qui devrait contraindre la BCE à intervenir de façon quantitative puisque la marge en ce qui concerne les taux de refinancement est quasiment nulle désormais. 

La BCE déterminée

« Ce qui semble certain », affirme Gilles Moëc, « c'est que le discours des responsables de la BCE a été extrêmement accommodant depuis la dernière baisse des taux en novembre. » « Du reste, cette baisse des taux visait sans doute à préparer l'action de la Fed. Il y a donc une détermination avec un certain nombre d'instruments qui, jadis apparaissaient tabous, et qui semblent aujourd'hui tout à fait réalistes », ajoute l'économiste

Découplage Fed-BCE

Autrement dit, face au tapering américain, à une croissance faible, au risque de déflation et à l'impossible transmission du crédit, la BCE pourrait être obligée de prendre le chemin inverse de la Fed en s'engageant dans ce qui pourrait ressembler à Quantative Easing à l'européenne (qui, il est vrai, a déjà modestement commencé).

Un découplage des politiques monétaires des deux côtés de l'Atlantique est-elle possible ? Il a en réalité déjà commencé puisque, pendant que la Fed préparait les marchés à la décélération du QE, la BCE a deux fois baissé les taux et mis en place le « forward guidance. »

« Il est faux de penser que le découplage entre la Fed et la BCE est impossible à mettre en œuvre », affirme Gilles Moëc, qui rappelle qu'entre 2004 et 2005, la BCE avait refusé de suivre pendant 17 mois le processus de relèvement des taux de la Fed. Bref, en 2014, l'Atlantique pourrait encore s'élargir.

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Commentaires
a écrit le 23/12/2013 à 15:02 :
Pour l'instant la fed a dit que...

Donc ce n'ai que de la semantique, des que l'economie n'ira pas bien ou que le chomage remontera ils acheteront comme des gorés de la dette US.

Bref les seuls exemples que l'on a dans l'histoire économique ou l’État emprunte/s'endette trop et fait tourner la planche a billet ont fait banqueroute...

Est ce qu'il y aura une premier? Si les USA gagnent leurs pari cela signifierai que les devises actuels n'ont pas de valeur tangible...et que l'on est dans le domaine de l’irréel/delire.
a écrit le 23/12/2013 à 11:02 :
Les économistes de gauche attendaient vainement depuis longtemps que la BCE balance des billets euros aux plaisirs des opérateurs de marché. Le problème est que la BCE est contrôlée officieusement par l’Allemagne et la planche à billets n'est pas très appréciée outre-Rhin. Ils continuent de rêver comme les Français même si le père Noël arrive dans deux jours. Joyeux Noël quand même!
a écrit le 22/12/2013 à 16:41 :
Tout cela c'est bien mais le problème de l' Europe c'est la France et son Administration!
a écrit le 21/12/2013 à 13:49 :
Une politique "inverse" de celle de la FED..?? Ha bon? Déjà, l'histoire des "anticipations des banques face aux stress tests de la BCE" est une bonne blague car les banques ne prêtent déjà plus nul part sur terre. Sauf en Chine pour l'immo, mais c'est juste parce qu'ils avaient besoin d'une bonne bulle immo. Citation de Mao : "Quand l'Occident fait de l'argent fictif, c'est bon aussi pour la Chine." Par contre, oui, là, le relèvement des taux des oblig US, la Zone Euro va repartir dans le délire. Mais on a l'habitude, non..??
a écrit le 21/12/2013 à 9:50 :
Une fois de plus cette europe dite(monétaire) n'est pas viable. C'est du chacun pour soi et ce sont toujours celui qui tire la couverture notamment (l' Allemagne) qui va en ressortir les marrons.
Pas besoins de parler en termes scientifiques ou anglo-saxons pour comprendre qu'il nous faut sortir de ce bourbier.......
a écrit le 21/12/2013 à 0:15 :
Le "tapering", c'est la réduction progressive du rachat d'obligations (les fameux 85 milliards mensuels) et le "quantitative easing", c'est l'assouplissement quantitatif, qui est une façon de dire des choses incompréhensibles pour noyer le poisson :-) Bon, on pourrait dire tout cela en français dans le texte, mais c'est tellement plus facile de faire du psittacisme. En plus, ça laisse croire qu'on parle anglais :-)
a écrit le 20/12/2013 à 22:54 :
Ouah, la Fed est passée de 85 milliards à 75 milliards. Pour combien de temps?
Réponse de le 21/12/2013 à 0:25 :
@Coam: est-ce important dans la mesure où ce sont les US qui décident de la valeur de leur monnaie et de celles de leurs vassaux occidentaux :-) Ayant imprimé une quantité massive de dollars ne reposant économiquement sur rien, la valeur de l'euro, malgré la situation aurait dû atteindre des sommets intenables (du genre 150 euros pour 1 dollar), mais comme le "greenback" ne repose plus sur rien, ce sont les US seuls qui décident...et si t'es pas d'accord, t'es un terroriste :-) :-)
a écrit le 20/12/2013 à 19:03 :
La cour constitutionnelle de karlsruhe va peut-être décréter l’an prochain que le caractère illimité de l’OMT n’est pas conforme à la constitution allemande. Les quantitatives easing de monétisation indirecte de la dette publique risquent donc de ne pas être possible en zone euro. Resteront d’autres quantitatives easing qui pourront sans doute être réalisés. À quel point pourront-ils améliorer la situation des pays en difficulté en zone euro qui souffrent d'un manque de compétitivité comme la France et l'Italie ?
Réponse de le 20/12/2013 à 23:53 :
ils ne le pourront pas...
a écrit le 20/12/2013 à 18:45 :
La paire eur/usd tient toujours son support majeur des 1.3620 mais reste tout de même capée par la résistance des 1.38, ce range de 200 points traduit le comportement malsain des investisseurs qui cherchent absolument à pousser draghi à utiliser les armes non conventionnelles, les spéculateurs cherchent à jouer l'effet ciseau tapering/LTRO pour initier des positions short pour un retour vers le niveau des 1.25 vers la mi juin.
On pousse donc l'euro à des niveaux d'asphyxie pour tuer dans l'oeuf la reprise en espagne et en italie et contraindre la bce à appuyer sur la gachette.
Mario draghi étant un fin conaisseur des marchés et un brillant orateur ne veut pas démontrer qu'il est tenu en otage par le marché suur l'aspect de la politique de change qui n'est pas une cible de la bce, mais les tensions sur le marché inter bancaire vont inéluctablement le pousser à l'acte, l'excès de liquidtés se réduit et cela est corroboré par une augmnetaion des créances douteuses au sein des banques espagnoles et italiennes surtout italiennes.
Draghi voulant se démarquer de son prédesceeur va être forcément en clain d'amorcer un nouveau LTRO avec des conditions pour la contrepartie celles d' investir les billets imprimes dans l'économie réelle et pas dans les obligations.
Par la magie du verbe il évoquera aussi des taux de dépots négatifs ce qui va tempérer les ardeurs sur un scénario semblable à celui de 2011.
La monnaie européenne va souffler et cela permmmetra à nos exportateurs d'amléiorer leur résultat en réduisant l'impact du taux de change.
a écrit le 20/12/2013 à 16:39 :
si les taux US remontent on pourrait assister à une remontée du dollars qui alors redonnerait un peu d'air aux entreprises européennes et singulièrement pour les entreprises italiennes assez dynamiques à l'export mais qui souffrent d'un euro trop fort et d'un manque total de financement leur permettant d'investir. et qui sait ? ainsi relancer la croissance dans le sud de l'Europe.
Réponse de le 20/12/2013 à 16:56 :
Très juste, mais à la condition que l'Allemagne ne vienne pas une fois de plus mettre son grain de sel...

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