L'allemande Sabine Lautenschläger, plutôt faucon que colombe, nommée à la BCE

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Autant Jörg Asmussen a été, comme l'a indiqué Mario Draghi, « une aide énorme » pour le président de la BCE, autant Sabine Lautenschläger devrait être un vrai contrepoids.
Autant Jörg Asmussen a été, comme l'a indiqué Mario Draghi, « une aide énorme » pour le président de la BCE, autant Sabine Lautenschläger devrait être un vrai contrepoids. (Crédits : Reuters)
La candidature de Sabine Lautenschläger, actuelle vice-présidente de la Bundesbank, au directoire de la BCE, a été acceptée. Elle va remplacer Jörg Asmussen qui rejoint le gouvernement allemand.

Proposée par le Conseil européen, la nomination de Sabine Lautenschläger au directoire de la BCE, a été accepté ce jeudi par ses futurs collègues. Cette nomination est un effet collatéral de la formation du nouveau gouvernement allemand.  Sabine Lautenschläger, jusqu'ici vice-président de la Bundesbank, va en effet remplacer Jörg Asmussen, membre du directoire depuis 2012, a en effet annoncé mi-décembre qu'il quitterait son poste pour prendre celui de ministre délégué à l'emploi (Staatssekretär).

Un choix étrange

Un choix pour le moins étrange sur le papier. Le poste de membre du directoire de la BCE donnait en effet à Jörg Asmussen une autre carrure que ce rôle de second ordre au sein du gouvernement. D'autant qu'il ne disposait pas auparavant d'une stature de banquier central. Cela ressemble même pour lui à un retour en arrière puisque Jörg Asmussen a été Staatssekretär de 2008 à 2011 au ministère des Finances. Enfin, Jörg Asmussen pouvait demeurer à la BCE jusqu'en 2020. Il demeurera sans doute au gouvernement jusqu'en 2017.

Bref, la décision semble assez contestable. La seule explication que donne l'intéressé est peu convaincante : sa famille habite à Berlin, il travaille à Francfort et ne supporterait guère la séparation… Il faut donc sans doute chercher une explication ailleurs. Et celle-ci réside sans doute dans un accord passé entre Angela Merkel et son nouveau ministre de l'Économie, Sigmar Gabriel.

Accord Merkel-Gabriel sur la BCE ?

Angela Merkel a beaucoup lâché aux Sociaux-démocrates. Mais elle a tenu ferme sur un front : l'Europe. C'est ce qui explique en partie qu'elle n'a pas voulu céder sur le portefeuille des Finances que Sigmar Gabriel destinait à Jörg Asmussen, qui précisément est un membre de la SPD. Sans doute a-t-elle également exigé de son « partenaire » que ce dernier cède la place à la BCE pour laisser son poste à une personnalité plus proche de la « vision allemande » de la politique monétaire. Compte tenu de ce que la CDU offrait en retour, le patron de la SPD n'a pas hésité à sacrifier Jörg Asmussen qui a eu un maigre lot de consolation.

Jörg Asmussen : une force de modération

Car Jörg Asmussen, nommé en 2012 par une Angela Merkel qui voulait apaiser son image en Europe ne lui est plus guère utile. Appui certain de la politique de Mario Draghi, il a toujours eu un discours pondéré et modéré, tentant d'expliquer aux Allemands les choix de la BCE. Mais l'ambiance a changé. Angela Merkel est désormais inquiète de la montée de l'euroscepticisme dans son pays. Un euroscepticisme qui lui a coûté sans doute sa majorité absolue en septembre et qui l'a obligé à cette alliance difficile avec la SPD.

Montrer les muscles allemands à l'Europe

Du coup, le mot d'ordre d'Angela Merkel est désormais de montrer à son électorat qu'elle défend à tout prix les intérêts des contribuables allemands. D'où la fermeté sur le sujet de l'union bancaire. D'où également sa volonté de reprendre la main sur la BCE. Car, outre-Rhin, la critique de la politique monétaire de la BCE est très forte.

C'est un des points forts du discours du parti anti-euro et des économistes ordo-libéraux comme Hans-Werner Sinn : la « mutualisation des risques » se fait via la BCE. Cette dernière, en maintenant des taux artificiellement bas pour les pays périphériques ne les incitent guère aux réformes, met ainsi en danger l'argent allemand par les plans d'aide et son propre bilan et pose les fondements d'une future inflation.

Un contrepoids à Mario Draghi

D'où la volonté de Berlin de montrer qu'il existe au sein de la BCE une vraie opposition. Sabine Lautenschläger devrait jouer ce rôle. Vice-présidente de la Bundesbank, elle est un vrai « faucon », partisane de la ligne du président de la « Buba » Jens Weidmann.

Autant Jörg Asmussen a été, comme l'a indiqué Mario Draghi, « une aide énorme » pour le président de la BCE, autant Sabine Lautenschläger devrait être un vrai contrepoids. Elle pourra s'appuyer sur l'autre membre du directoire imposé par Angela Merkel en 2012, le Luxembourgeois Yves Mersch, autre défenseur d'une politique monétaire orthodoxe.

La tâche se complique pour Mario Draghi

Certes, Mario Draghi devrait continuer à disposer d'une majorité au sein du directoire et du conseil des gouverneurs. Mais il a perdu dans les négociations gouvernementales allemandes un appui important. Il sera difficile pour lui de compter sur Sabine Lautenschläger pour calmer les esprits outre-Rhin. Bien au contraire. Avec elle, l'opposition à Mario Draghi va gagner un point. La zone euro, toujours dans le credit crunch, et menacé de déflation n'avait pas besoin de cette nouvelle difficulté. Mais la SPD a préféré encore une fois sacrifier l'intérêt général européen à ses intérêts allemands.

 

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a écrit le 14/01/2014 à 0:02 :
Merkel ne fait rien d´autre ce que les électeurs et le peuple en général attendent d´elles.
Merkel, la CDU et la SPD ne peuvent pas faire autrement.
a écrit le 09/01/2014 à 13:51 :
Merkel est notre salut !
Réponse de le 09/01/2014 à 15:17 :
Merkel ne lèveras pas le petit doit mais baisseras le pouce à la romaine quand la France glisseras ,nous sommes tous en guerre économique en zone euro et hors zone aussi,c'est chacun pour soit et les parts de marché seront bien gardées.Demandez à votre voisin de payer vos dettes à votre place,vous allez voir sa réponse,il vous diras ,il n'y a pas marquer la poste.
Réponse de le 09/01/2014 à 15:17 :
Merkel ne lèveras pas le petit doit mais baisseras le pouce à la romaine quand la France glisseras ,nous sommes tous en guerre économique en zone euro et hors zone aussi,c'est chacun pour soit et les parts de marché seront bien gardées.Demandez à votre voisin de payer vos dettes à votre place,vous allez voir sa réponse,il vous diras ,il n'y a pas marquer la poste.
Réponse de le 10/01/2014 à 13:31 :
mais si en cas de problème la généreuse merkel va payer les dettes de toute la zone euro. En tout cas c'est qu'elle veut nous faire croire.
a écrit le 09/01/2014 à 13:43 :
la politique: un jeu de chaise musique couplée à un jeu de stratégie
a écrit le 09/01/2014 à 12:26 :
intéressant le passage "désormais angela merkel veut montrer à son électorat qu'elle défends à tout prix les intérêts du contribuable allemand"
a écrit le 17/12/2013 à 22:58 :
D'où également sa volonté de reprendre la main sur la BCE. Car, outre-Rhin, la critique de la politique monétaire de la BCE est très forte.
En effet, avec cette politqiue du zero pour cent d ´intereret ce sont les epargnants - et pas seulement les allemands - qui trinquent : on leur vole leurs economies et leurs futures retraites. Je repete , pas seulement celles des allemands !
Semble ne pas concerner RoGo.
a écrit le 17/12/2013 à 12:53 :
Nouvel exemple de l'obsession qui consiste à fustiger le souci qu'a Angela Merkel de "défendre à tout prix les intérêts des contribuables allemands". Nouvel exemple de jalousie. A la place de Merkel, on ferait pareil plutôt que d'avoir à subventionner le panier percé français. Si on veut qu'elle change, ce panier percé ferait bien de commencer par changer lui-même et par défendre ses propres contribuables. Il n'en prend pas le chemin. Nous n'avons que ce que nous méritons. Hélas.
Réponse de le 09/01/2014 à 12:19 :
hélas Kipo dans une famille on ne cherche pas simplement à manger la plus grosse part de gateau que son frère ou son cousin.
Si l'Allemagne - etant la première puissance - veut prendre le role de leader en europe elle doit en accepter aussi les devoirs et les responsabilités et ne pas fuire toute responsabilité européenne ou internationale.
Mme Merkel C'est la bonne gestion -, c'est bien , très bien mais insuffisant car c'est le néant politique et en europe nous avons besoin de leaders et avons que trop de gestionnaires
Réponse de le 09/01/2014 à 14:11 :
les allemands devraient se souvenir que l'europe et la BCE, aidé du FMI, ont sauvé leur banques en martyrisant l'irlande et l'espagne en particulier.....

en effet, les banques allemandes étaient plus qu'engagées......... dans les folies Immobilières irlandaise et espagnoles........

et l'univers bancaire allemand est très loin d'être si clair qu'on ne le dit..... d'ou la résistance à une vraie gouvernance européenne.....sur le sujet

dernier Point..... pas certain que Merkel ai fait grand chose pendant ses 8 ans de mandats écoulés.... sauf en particulier avoir ne rien voulu voir pendant une grosse année au début de la crise grecque....

et l'industrie allemande s'était réorganisée... sans elle. quant à sa vision de l'europe..... NEANT absolu...
a écrit le 17/12/2013 à 12:48 :
"la SPD a préféré encore une fois sacrifier l'intérêt général européen à ses intérêts allemands." Avec de tels sectaires de l'orthodoxie, l'Euro risque de ne plus tenir longtemps
Réponse de le 17/12/2013 à 14:20 :
bellini Payer pour les paniers percés du sud non merci,le sectarisme n'a rien à faire là dedans
a écrit le 17/12/2013 à 10:27 :
Extrait de l'article; "Andela Merkel a beaucoup cédé aux sociaux démocrates". Mais dans un autre article, le même auteur déclare qu'elle les a "piégés"...Elle les piège en leur cédant beaucoup ?
Réponse de le 17/12/2013 à 11:11 :
Tout est dans la subtilité en Allemagne...
Réponse de le 17/12/2013 à 12:07 :
@Onze

C'est la stratégie du colonialisme, troquer des pacotilles contre des objets de valeur.
a écrit le 17/12/2013 à 5:19 :
"la SPD a préféré encore une fois sacrifier l'intérêt général européen à ses intérêts allemands"
Réponse de le 22/12/2013 à 14:16 :
Bien que Romaric Godin y soit diamétralement opposé, merci à lui de nous avoir transmis l'opinion de Hans-Werner Sinn, que je partage : la politique de Mario Draghi de taux bas n'incitent pas les pays du Sud (France y compris) aux réformes, et elle est nuisible à l'intérêt général européen sur le moyen/long terme.
Réponse de le 09/01/2014 à 12:16 :
les réformes ? AH celles qui consistent à baisser les salaires
a écrit le 16/12/2013 à 23:11 :
@ M. Godin: toute la presse allemande (Spiegel, Zeit, Welt, FAZ, TAZ, Franfurter Rundschau, Berliner Zeitung ...) effectue une analyse diamétralement opposée à la vôtre sur le passage Jörg Asmussen de Francfort à Berlin ...
Réponse de le 17/12/2013 à 7:54 :
et ? dites nous en plus.
a écrit le 16/12/2013 à 23:01 :
Avis à ceux qui pensaient qu'il n'y avait que des vrais: c'est un faux qui arrive à la BCE :-)
Réponse de le 17/12/2013 à 12:05 :
Quand les "grands" esprits se rencontrent... :-)

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