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ÉconomieUnion européenne

Juncker à la Commission? Pas vraiment un candidat du renouveau

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 03 février 2014 à 13:58 - Mis à jour le 03 février 2014 à 15:36

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Angela Merkel soutiendrait Jean-Claude Juncker pour être la candidat conservateur à la présidence de la commission. Un mauvais choix.

L'Europe ploie, on le sait, sous une image des plus négatives. Elle est perçue comme lointaine, peu proche du peuple, technocratique. Le bon sens voudrait que les partis en lice pour les élections européennes de mai prochain tentassent de trouver des solutions à cette crise. Et pourtant. Le duel qui se profile entre les deux candidats à la présidence de la commission européenne ne semble guère prouver une quelconque prise de conscience de l'état d'urgence où se situe l'Europe.

Jean-Claude Juncker soutenu par Angela Merkel

D'un côté, le parti socialiste européen (PSE) a désigné comme candidat Martin Schulz, un vieux de la vieille, tour à tour chef de groupe, vice-président et président du parlement européen, qui lorgne depuis des décennies ce poste. Face à lui, une option se présente comme de plus en plus évidente : une candidature du Parti populaire européen (PPE, centre-droit) portée par Jean-Claude Juncker. Selon le Financial Times de ce lundi, l'ancien premier ministre luxembourgeois, aurait obtenu le soutien d'Angela Merkel. Dans la configuration actuelle de l'Europe, ceci vaut une nomination.

Un vieux routard de la politique européenne

Au-delà des qualités certaines des deux candidats, on ne peut s'empêcher de rester songeur sur l'effet produit par ses candidatures sur un public européen déjà bien peu enthousiasmés par le scrutin européen. Si elle se confirmait - ce qui est encore incertain - la candidature de Jean-Claude Juncker serait pour le moins désespérante. Le leader chrétien-social luxembourgeois a en effet été pendant 18 ans premier ministre de son pays et pendant neuf ans président de l'Eurogroupe. En 2012, il a décidé de quitter ce dernier poste, tandis que les partis luxembourgeois se mettaient d'accord l'an passé pour changer de chef de gouvernement.

Retraite de luxe

Cette candidature de Jean-Claude Juncker soulève bien des questions. Après Romano Prodi et José Manuel Barroso, eux aussi anciens chefs de gouvernement remerciés dans leurs pays, Jean-Claude Juncker prendrait la suite glorieuse des présidents de la Commission retraités de la politique nationale. Ceci serait-il en mesure de rehausser le prestige d'une institution qui en manque déjà singulièrement ? On peut en douter. La demande d'un renouvèlement de la classe politique au niveau européen et national ne devrait-il pas engager à proposer des hommes neufs plutôt qu'un vieux routard des couloirs bruxellois ? Nommer un nouveau ressortissant du Bénélux alors que le président du Conseil et celui de l'Eurogroupe en sont également issus ne donne-t-il pas trop de pouvoir à cette région dans une Europe élargie ? Enfin, à l'heure où l'on accuse l'Europe pour ses carences démocratiques, doit-on utiliser Bruxelles pour replacer un candidat qui vient de perdre des élections nationales ?

L'intérêt allemand prime

Ces questions n'ont guère gêné les dirigeants conservateurs européens, en particuliers Angela Merkel. Pour une bonne raison : le choix du candidat à la présidence de la commission n'est pas dicté par l'intérêt général européen, mais par des intérêts nationaux et surtout l'intérêt du pays el plus puissant du continent, l'Allemagne. Angela Merkel sait parfaitement que Jean-Claude Juncker, qui a servi avec détermination sa politique depuis le début de la crise en 2010, sera un défenseur zélé de ses propres choix. Tout comme le PSE a choisi un candidat allemand pour « rassurer » quant à son orientation réformiste. C'est en quelque sorte la « grande coalition » allemande au niveau européen. Au service de l'Allemagne.

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Mauvaise nouvelle pour l'Europe

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Le choix de Jean-Claude Juncker, encore plus que celui de Martin Schulz qui a, du moins, le mérite d'être un authentique politicien européen peu engagé dans sa vie politique nationale, serait une mauvaise nouvelle pour l'Europe. Peu susceptible de mobiliser les électeurs conservateurs, elle pourrait alimenter l'idée d'un « vote sanction » contre l'UE telle qu'elle fonctionne envers et contre tout…

Romaric Godin

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