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ÉconomieUnion européenne

Matteo Renzi à la tête de l'Italie, est-ce une bonne nouvelle pour l'Europe?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 14 février 2014 à 11:35 - Mis à jour le 14 février 2014 à 13:52

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Le nouveau président du conseil italien a préféré pour appuyer sa "politique de réformes" la révolution de palais plutôt que la sanction démocratique. Une leçon pour l'Europe.

Ce week-end, Matteo Renzi va prendre ses pénates au palais Chigi, le siège de la présidence du conseil italienne. Sans doute, tout ce que l'Europe compte de belles âmes ne manquera pas de sa pâmer devant ce jeune homme pressé et décidé à faire - enfin ! - les fameuses « réformes structurelles » dont le pays aurait si impérieusement besoin.

Popularité d'acteur de cinéma

Il est vrai que celui qui n'est encore que maire de Florence a tout pour plaire aux médias, aux marchés et aux dirigeants européens. Sa réputation soigneusement entretenue de « Tony Blair italien » lui assure un capital sympathie dans les salons. Matteo Renzi a, il est vrai, su élever le marketing politique au rang d'art de la guerre. Mais, s'appuyant précisément sur sa popularité d'acteur de cinéma, on eût été en droit d'attendre de sa part qu'il s'appuyât sur la sanction populaire de son programme de réforme.

Une révolution de palais plutôt qu'une élection

Au lieu de cela, nous avons eu une simple révolution de palais qui fera de Matteo Renzi le troisième président du conseil consécutif qui n'aura pas été choisi par les électeurs de la Péninsule. Nul doute que tout son règne sera désormais marqué par le sceau de cette naissance.

Renzi fera-t-il mieux que Letta ?

Matteo Renzi veut imposer ses choix à l'Italie, mais il devra le faire avec la même majorité étroite et instable qu'Enrico Letta. Et ces alliés, lorsqu'ils le voudront, pourront rappeler le berceau dans lequel est né le président du conseil. Lequel ne pourra guère se prévaloir que des sondages de popularité personnelle ou des 2 millions de voix obtenus lors des primaires du Parti démocrate (Pd), soit moins que le nombre de voix obtenus aux élections de février 2013 par le parti de Mario Monti Choix Civique qui a glané 8,3 % des voix. Autrement dit, le refus de la sanction démocratique n'est pas un bon choix pour Matteo Renzi lui-même. Il fait de lui un simple Enrico Letta, le charisme en plus. C'est peu pour imposer des choix à une classe politique italienne dont on connaît la capacité à résister aux choix des chefs de gouvernements. Il y a donc fort à parier que Matteo Renzi mène une politique à la Berlusconi visant surtout à s'assurer son maintien au pouvoir plutôt que le « big bang » qu'il promet.

Ni urgence, ni instabilité

Pourquoi donc ce jeune homme ambitieux a-t-il reculé devant la sanction démocratique ? N'avait-il pas lui-même bâti une réforme électorale dont il avait négocié les termes avec Silvio Berlusconi afin de rendre enfin l'Italie gouvernable ? Jeudi, il a repoussé d'un revers de main l'intérêt de cette réforme et s'est caché derrière l'argument incertain de l'urgence et de la stabilité. Or, le gouvernement Letta n'était pas moins stable que ne le sera le sien et il n'y avait en ce mois de février 2014 aucune urgence.

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L'Italie a commencé des réformes douloureuses

Non, si Matteo Renzi a refusé de franchir le rubicond électoral, c'est pour deux raisons essentielles. Là première, c'est que son programme de réforme, qui vise à achever celui de Mario Monti et à condamner en creux « l'immobilisme » d'Enrico Letta, n'est pas majoritaire dans l'opinion italienne. Car contrairement à ce qu'on entend dans les salons européens, particulièrement allemands, l'Italie n'est pas restée immobile depuis 2010, elle a connu une phase aiguë d'austérité et de réforme qui l'ont plongé dans une récession profonde. Le PIB italien a crû au dernier trimestre 2013 de 0,1 %, mais a reculé de 9 % en trois ans. Un coup d'œil sur les graphiques de l'Italie montre l'épreuve qu'ont connu les habitants de la troisième économie européenne qui, de surcroît, a vu son potentiel industriel - jadis une de ses forces - se réduire comme peau de chagrin.

Pas de majorité pour les réformes

On comprend que cette politique que Matteo Renzi promet de poursuivre et d'approfondir, ne soit guère populaire. Les sondages promettent ainsi au PD un score inférieur à la popularité du maire de Florence. Même avec la réforme électorale, l'alliance de centre-gauche ne serait pas assurée d'avoir la prime majoritaire accordée à partir de 35 % des voix. En revanche, le Mouvement 5 Etoiles eurosceptique et très antipolitique de Beppe Grillo maintient ses positions aux alentours de 20 à 25 % des voix et Silvio Berlusconi demeure aux alentours de 20 % avec Forza Italia.

Voici le dernier sondage réalisé par SWG :

#Italy- SWG#EP2014elections poll: PD 32.2% (27 seats) M5S 24.5% (21) Forza Italia 20% (17) Lega 4.7% (4) NCD 4.2% (3)- electionista (@electionista)14 Février 2014

Plus simple de réaliser un putsch

Matteo Renzi ne pouvait donc pas prendre le risque de soumettre ses réformes tant vantées sur les marchés et à l'étranger à la sanction populaire. Il était plus simple de réaliser un putsch interne et d'obtenir la bénédiction de Paris, Berlin et Bruxelles ensuite. Il savait, de plus, que rien n'effraie plus les dirigeants et les marchés concernant l'Italie qu'une nouvelle élection générale.

Le problème démocratique de l'Europe

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En choisissant d'écarter brutalement Enrico Letta, Matteo Renzi a mis à jour un des grands problèmes de l'Europe d'après-crise : la peur de la démocratie. La fracture entre les choix des dirigeants et le peu d'assise qu'ont ces choix dans la population amène à un contournement de la pratique démocratique. Le cas français du tournant de François Hollande et le putsch de Matteo Renzi viennent de l'illustrer. Le problème, c'est qu'en cette année d'élections européennes, plus on éloigne les électeurs des choix qu'ils doivent faire et plus ils voudront faire connaître leur mauvaise humeur. C'est ce cercle vicieux qu'il faudrait briser et que Matteo Renzi à renoncer à briser ce jeudi. C'est pourquoi son arrivée au palais Chigi est une mauvaise nouvelle pour l'Europe.

Romaric Godin

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