La Finlande a un nouveau Premier ministre branché et sportif pour gérer sa crise

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Alexander Stubb sera le prochain premier ministre finlandais
Alexander Stubb sera le prochain premier ministre finlandais (Crédits : Reuters)
Alexander Stubb va succéder à Jyrki Katainen à la tête du gouvernement finlandais. Personnalité originale, il devra trouver la formule pour redresser économiquement et politiquement son pays.

Le prochain conseil européen des 26 et 27 juin verra arriver une nouvelle tête, celle d'Alexander Stubb qui sera sans doute alors devenu premier ministre de Finlande. Cet homme de 46 ans, actuel ministre des Affaires européennes et du commerce extérieur, a été en effet nommé ce week-end président de son parti, la Nouvelle Coalition (Kokoomus), le premier parti du parlement finlandais. Le président Sauli Niinistö devrait donc lui demander de diriger le nouveau gouvernement, en remplacement de l'actuel premier ministre finlandais Jyrki Katainen, qui a démissionné pour tenter l'aventure de la Commission européenne. Le vote du parlement pourrait intervenir dans les prochains jours.

Tout pour plaire

Alexander Stubb s'est imposé par sa popularité immense dans le pays nordique. Il est vrai que cette personnalité a tout pour plaire aux Finlandais. D'abord parce qu'il incarne une unité nationale qui n'est pas toujours aussi évidente qu'on le croit : son père est un Suédois de Finlande (minorité surtout urbaine qui représente environ 5 % de la population) et sa mère une Finnoise. Il parle parfaitement les deux langues nationales du pays. Ensuite, parce qu'il a su se forger une personnalité « sympathique » faite de spontanéité, de proximité, mais aussi d'une certaine force.

Adepte de Twitter

Avec son style un peu « dandy », Alexander Stubb est un homme politique connecté, utilisateur assidu de Twitter : il a déjà envoyé 14.000 messages sur à peu près tout : l'Europe et la politique, bien sûr, mais aussi le sport, la cuisine, le temps, les paysages et même la qualité de ses nuits, comme le montre un de ses derniers tweets  :

 

Au fil de ses messages, il a su confirmer ce qu'il dit de lui sur son profil « twitter » : il « essaie de ne pas se prendre trop au sérieux. » Sauf lorsqu'il s'agit de sport. Golfeur émérite, il affirme s'entraîner trois fois par semaine et participe régulièrement à des triathlons, notamment au fameux Ironman de Francfort qu'il se vante de pouvoir achever en moins de 10 heures. Tout ceci permet de créer un personnage moderne et endurant qui n'est pas pour déplaire aux Finlandais et qui a permis au futur premier ministre de construire une popularité immense.

Surdiplômé polyglotte

L'homme ne manque certainement pas de qualité. Diplômé d'universités américaine, belge, britannique et française, marié à une Britannique, il parle couramment, outre le finnois et le suédois, l'anglais, l'allemand et le français, ce qui, dans les négociations européennes ne manque certainement pas d'être un atout. Ancien fonctionnaire à la Commission européenne, il connaît parfaitement le fonctionnement des institutions européennes. Bref, Alexander Stubb a tout pour devenir un membre important du Conseil européen.

Orthodoxe financier

Mais quelles positions défendra le nouveau premier ministre finlandais ? S'il peut dénoter par le style, Alexander Stubb est dans la ligne majoritaire du Conseil. Il ne cache pas son admiration pour les « réformes » effectuées en Suède et en Allemagne et défend la plus stricte orthodoxie budgétaire. Comme pour son prédécesseur, c'est par la baisse du coût du travail et la consolidation budgétaire que l'on créé les conditions de la croissance. A cela s'ajoute un libéralisme plus « anglo-saxon » qui voit la panacée dans la baisse des impôts et un atlantisme (il est ouvertement favorable à une adhésion à l'OTAN) assez délicat à manier dans un pays traditionnellement attaché à sa neutralité. Bref, qu'on ne s'attende pas à voir  la Finlande changer de positions en Europe avec Alexander Stubb. Elle restera un allié étroit et convaincu de l'Allemagne. Et même s'il est francophone et francophile, il ne devrait pas soutenir les positions de Paris en matière économique et institutionnelle.

Un pays en crise

Pourtant, le nouveau premier ministre va prendre ses fonctions dans un contexte intérieur politique et économique très difficile. Son prédécesseur dirigeait, depuis le printemps 2011, une vaste coalition allant de la gauche ex-communiste aux conservateurs. L'attelage a tenu tant bien que mal, jusqu'à l'an passé, lorsque le pays est entré en récession. La Finlande subi non seulement le contrecoup de la difficulté de ses marchés phares (téléphonie et papier), mais aussi d'une perte relative de compétitivité face à l'Allemagne. Jyrki Katainen a réagi en menant une politique d'austérité qui a encore aggravé la crise. Au premier trimestre, le PIB a reculé de 0,4 % et, selon la Commission européenne, il devrait ne progresser que de 0,2 % cette année. La dette publique, elle, devrait dépasser les 60 % du PIB.

Une coalition fragilisée par l'austérité

Face à cette situation, la coalition s'est fragmentée. L'Alliance de gauche a quitté le gouvernement et est entrée dans l'opposition. Les Sociaux-démocrates sont restés, mais la ligne austéritaire défendue par la ministre des finances Jutta Urpilainen a connu en mai dernier une défaite interne qui a conduit à la démission de cette dernière. Son successeur, Antti Rinne, est un syndicaliste notoirement favorable à une relance de l'économie. La cohabitation avec Alexander Stubb ne sera pas aisée. Ce dernier a néanmoins un atout : le Kokoomus, son parti, est arrivé largement en tête des élections européennes avec 23 % des voix, trois points de plus qu'aux législatives de 2011, et les eurosceptiques de droite Les Vrais Finlandais ont subi un revers avec 13 % des suffrages (contre 19,1 % en 2011).

Mais il serait erroné d'interpréter ce résultat comme un soutien à la politique de Jyrki Katainen. D'abord parce que les deux autres partis d'opposition, l'Alliance de gauche et le Parti du Centre, sont en nette progression, surtout le second qui gagne sept points à près de 20 %. Or, ce dernier parti contient des éléments très critiques vis-à-vis de l'UE et de la politique d'austérité. Ensuite, parce que le fait majeur du scrutin européen a été l'effondrement des Sociaux-démocrates qui n'ont recueilli que 12,3 % des suffrages contre 19,1 % en 2011. Antti Rinne va donc être sous pression de son parti pour peser sur la politique du futur gouvernement.

Des élections dans un an

Les prochaines élections législatives ont lieu en avril 2015. Alexander Stubb, féru de performances, va sans doute devoir se dépasser pour non seulement maintenir dans la tempête l'attelage difficile monté par Jyrki Katainen, mais encore pour réussir à monter dans un an une autre coalition. Sans doute devra-t-il mettre un peu d'eau dans les boissons énergisantes dont il semble friand lors de ses triathlons…

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Commentaires
a écrit le 18/06/2014 à 12:23 :
"Jyrki Katainen a réagi en menant une politique d'austérité qui a encore aggravé la crise."
CQFD
a écrit le 17/06/2014 à 18:58 :
Ils ont élu Jerry Lewis?

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