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ÉconomieUnion européenne

Les eurosceptiques allemands, nouvelle pomme de discorde entre Londres et Berlin

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 12 juin 2014 à 14:34 - Mis à jour le 12 juin 2014 à 14:59

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Le groupe des conservateurs britanniques au parlement européen a accepté l'adhésion d'Alternative für Deutschland. Une mauvaise nouvelle pour Angela Merkel et pour l'Europe.

C'est une douloureuse défaite que vient d'encaisser Angela Merkel. Le parti eurosceptique allemand Alternative für Deutschland (AfD) vient d'être accepté au sein du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (ECR) au parlement européen. Les membres de ce groupe, constitué en 2009 par les Tories britanniques après leur divorce d'avec le PPE, ont majoritairement décidé d'accueillir le parti allemand qui avait réuni 7 % des voix le 25 mai et obtenu 7 élus.

Troisième groupe au parlement européen

Cette acceptation reflète surtout le changement de nature du groupe ECR qui n'est plus le seul groupe de soutien des Tories. Les Britanniques n'ont en effet obtenu que 19 sièges au lieu de 26, soit autant que les Polonais du parti PiS (Ordre et Justice) de Jaroslaw Kaczynski qui, en 2009, n'avait que 7 élus. De plus, plusieurs partis ont quitté le groupe du UKIP, appelé EFD, pour rejoindre ECR qui représente un euroscepticisme plus « convenable. » C'est le cas des Vrais Finlandais (2 élus) ou du Parti populaire danois (DF, 4 élus). Il y a donc une perte de pouvoir des Conservateurs anglais dans ce groupe. Cette adhésion permet à ECR de devenir le troisième groupe politique au sein du nouveau parlement, avec 63 députés.

Mauvaise nouvelle pour Angela Merkel

Et c'est précisément la raison pour laquelle AfD a été admis au sein du groupe, car la majorité des Tories ont voté contre cette admission qui n'a été adoptée qu'à 29 voix contre 26. Il est vrai que ce geste risque d'exaspérer un peu plus Angela Merkel contre le premier ministre britannique David Cameron. Car AfD est désormais l'obsession de la CDU allemande qui s'inquiète d'un débordement sur sa droite. Certains élus conservateurs au Bundestag ont demandé une réflexion sur une éventuelle alliance avec AfD, ce qui représenterait un désaveu pour la politique de sauvegarde de l'euro de la chancelière.

Les Tories ont officiellement regretté l'adhésion d'AfD à ECR, mais ces regrets risquent de ne pas apaiser la colère de la chancelière car il est évident que quelques élus conservateurs ont voté en faveur de l'adhésion du parti allemand. Or, désormais, en entrant dans un groupe politique et en étant la troisième composante numérique de ce groupe, AfD va bénéficier d'une tribune qu'elle n'aurait pas eue en demeurant parmi les non-inscrits. Autre souci : cette adoption permet de conforter l'idée développée par AfD qu'elle n'est pas un parti d'extrême-droite. C'est dans ce même esprit que les partis finlandais et danois ont rejoint ECR. Or, c'est un des arguments qui est souvent utilisé pour contrer les eurosceptiques en Allemagne. En se rangeant au côté des Tories, AfD va pouvoir disputer à la CDU/CSU la qualité de « conservateurs », ce qui pourrait séduire une partie de l'électorat d'Angela Merkel agacé par sa « grande coalition. »

Les conséquences de cette adhésion en Europe

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Les relations entre Londres et Berlin vont-elles se dégrader pour autant ? Certes, la chancelière pourrait répondre à ce « mauvais coup » par un durcissement de sa position concernant Jean-Claude Juncker qu'elle a encore - sous la pression de son parti - défendu à Stockholm en début de semaine. Mais il est peu probable que le cas AfD soit une pomme de discorde durable. Angela Merkel est trop pragmatique pour s'aliéner le premier ministre britannique. La chancelière a en effet besoin de Londres et de ses projets de réformes libéraux pour peser face aux partisans méridionaux d'une « relance. » La rencontre du début de semaine avec les premiers ministres néerlandais et suédois a montré qu'elle était prête à une alliance « sur le fond » avec ces pays. Car désormais AfD apparaît comme encore plus dangereuse pour Angela Merkel. Et, pour la contrer, il ne faudra pas faire de concessions en Europe. L'entrée d'AfD dans ECR pourrait donc conduire à un durcissement des positions de Berlin sur l'austérité et les « réformes. » Un durcissement qui trouvera un allié du côté de Londres, mais qui risque encore d'exaspérer Paris et Rome…

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Romaric Godin

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