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ÉconomieUnion européenne

Grèce : l'échec d'Antonis Samaras

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 16 octobre 2014 à 09:08 - Mis à jour le 16 octobre 2014 à 09:31

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Les marchés grecs se sont effondrés mercredi 15 octobre et le premier ministre en blâme Syriza, le premier parti d'opposition. Mais ses responsabilités sont aussi très lourdes.

Depuis le début de cette semaine, la tension était palpable sur les marchés grecs. Elle s'est muée, mercredi 15 octobre, en clair mouvement de panique. L'indice phare de la Bourse d'Athènes, l'ASE, a décroché de 6,25 %, tandis que le taux à 10 ans hellénique qui, début septembre, avait frôlé les 5,5 % a terminé la séance de mercredi à 7,85 %, du jamais vu depuis début février.

La faute à Syriza ?

Pour Antonis Samaras, le premier ministre grec, le responsable de ce retour du doute, c'est évidemment Syriza, la coalition de la gauche radicale et le premier parti d'opposition. « Avec beaucoup d'efforts, nous avons restauré la confiance et nous ne laisserons rien ni personne la détruire à nouveau», a indiqué le chef du gouvernement. Son vice-premier ministre, le socialiste Evangelos Venizelos, y est aussi allé de son blâme contre Syriza : « chacun doit comprendre que ce que nous faisons en Grèce est immédiatement regardé à la loupe et peut jouer en faveur ou en défaveur du pays. »

Incertitudes politiques

Alors, cette nouvelle crise qui frappe la Grèce est-elle uniquement de la responsabilité du parti d'Alexis Tsipras ? Certes, le principal élément qui a alimenté la panique a été l'incertitude politique qui règne en Grèce. Certes, Syriza, actuellement en tête dans les sondages, refuse de trouver un accord avec la coalition au pouvoir pour élire un nouveau président de la république. La Constitution grecque, rappelons-le, exige un vote des deux tiers du parlement, la Vouli, pour choisir un nouveau chef de l'Etat. Ceci suppose donc une majorité des deux tiers. Si cette majorité ne peut être atteinte, alors la Vouli sera dissoute et l'on se dirigera vers de nouvelles élections, sans doute en février 2015. Or, ce nouveau scrutin pourrait, comme en mai 2012, déboucher sur une chambre ingouvernable.

Syriza peut-elle se tirer une balle dans le pied ?

Faut-il blâmer Syriza de tout ceci ? Cela semble un peu court. Syriza est un parti d'opposition. Les dernières enquêtes d'opinion lui donnent une avance confortable dans les sondages. Si ce parti qui, depuis 2010, s'oppose à la politique d'austérité menée par le Pasok puis par la coalition d'Antonis Samaras, décidait de trouver un accord avec la coalition sur la présidence de la république, il permettrait à Antonis Samaras de poursuivre son mandat pendant encore un an et demi. Alexis Tsipras cautionnerait donc in fine cette politique qu'il combat. Ce serait un suicide politique que nul ne peut exiger en démocratie.

Un bilan contestable

Du reste, il ne faut pas oublier que si la Grèce en est à ce point de décomposition politique, elle le doit à la politique imposée par ses bailleurs de fonds. Antonis Samaras peut se féliciter de ses excédents primaires records, de la baisse du chômage de 27,8 % voilà un an à 26,4 % en juillet ou du (maigre) retour de la croissance. La réalité est toute autre : il faudra des années, peut-être des décennies, à la Grèce pour se remettre du remède de cheval qui lui a été administré. La misère a explosé et le modèle économique du pays demeure une chimère. Enfin, le poids de la dette, en grande partie causé par l'austérité et le « sauvetage » du pays promet des souffrances quasiment infinies au pays.

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L'échec politique de l'austérité

Comment alors s'étonner que le parti d'Antonis Samaras ne parvienne pas à décoller dans les sondages et que les deux autres partis pro-austérité, les centristes de To Potamo et les sociaux-démocrates du Pasok, restent largement marginaux ? Ce qu'Antonis Samaras et les bailleurs de fonds n'ont pas saisi, c'est que l'austérité n'a pas que des effets économiques, elle a aussi des effets politiques. Le peuple grec a perdu confiance dans sa représentation politique et il s'en suit un émiettement politique et une ingouvernabilité du pays. L'Allemagne du début des années 1930 qui devait en passer par des décrets-lois était pourtant un précédent qui aurait dû alerter. Mais il est difficile d'accuser Syriza de ces maux causés par les équipes au pouvoir depuis 2010 et par les Européens.

La responsabilité européenne

D'autant que, en Grèce, la pression étrangère a été forte pour « s'arranger avec la démocratie. » En novembre 2011, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont demandé la démission de George Papandréou après sa proposition de référendum sur les mesures à prendre et son remplacement par un « gouvernement technique » dirigé par un ancien de la BCE, Lukas Papadémos. En juin 2012, toute l'Europe s'est liguée contre Alexis Tsipras et a promis au peuple grec les pires maux en cas de succès de Syriza. Finalement, Antonis Samaras l'a emporté, mais comment alors s'étonner au regard des résultats que Syriza soit devenu la principale force de « résistance » et qu'une partie des Grecs se soient tournés, au nom de l'indépendance nationale, vers des mouvements nationalistes, voire néo-nazis ? Là encore, la responsabilité de l'UE est lourde et accuser Syriza des maux que l'on a commis est un peu court.

La majorité de peau de chagrin d'Antonis Samaras

Reste le comportement d'Antonis Samaras qui a géré ce gouvernement de coalition d'une main de fer. Sa coalition n'a cessé de s'étioler en raison de sa volonté de ne rien céder sur l'austérité et de complaire à la troïka. Au lieu de chercher à élargir sa majorité et d'imposer une politique équilibrée, il a réduit cette dernière sur une illusion : celle que le salut du pays viendra des satisfécits de la troïka ou des marchés. Progressivement, sa majorité s'est donc étiolée. En juin 2012, il disposait d'une majorité de 171 sièges, il ne lui manquait alors que neuf voix pour élire un président de la république. La semaine dernière, le vote de confiance à la Vouli n'a obtenu que 155 voix. Entretemps, le parti de la Gauche démocratique, Dimar, a rejoint l'opposition et a durci son discours face à l'absence d'évolution d'Antonis Samaras. Les Eurosceptiques du parti des Grecs Indépendants, ignorés par le gouvernement, ont également durci leur discours et ont passé un accord avec Syriza pour refuser tout candidat de la coalition à la présidence. C'est cette politique radicale pro-austérité qui rend aujourd'hui impossible l'élection d'un président de la république.

Sur la dette, l'impuissance du gouvernement

Enfin, le gouvernement grec a beau fustiger l'attitude « irresponsable » de Syriza, on pourrait lui retourner le compliment. Ne serait-ce que parce qu'il tente depuis des mois - et en vain - d'obtenir la grâce d'une troisième restructuration de la dette publique auprès d'une Union européenne sourde. Or, le cœur du programme de Syriza, c'est précisément de se débarrasser du fardeau de la dette. En reconnaissant que ce fardeau est un problème, mais en étant incapable de faire avancer le dossier, Antonis Samaras a, une nouvelle fois, prouvé aux Grecs l'échec de sa politique. Un échec qui, naturellement, profite à ceux qui proposent de prendre le problème à la racine.

Quel déclencheur pour la nouvelle crise ?

D'autant qu'Antonis Samara n'est pas non plus vierge d'irresponsabilité. La crise actuelle n'a pas débuté avec la parution d'un sondage favorable à Syriza. De tels sondages existent depuis plus de quatre mois. Elle n'a pas davantage été provoquée par l'inévitable crise politique. Là aussi, elle semble acquise depuis plus d'un an. Non, ce qui a mis le feu aux poudres, c'est que le gouvernement, dans cette période encore difficile, alors que le FMI et l'UE le déconseillent et au moment même où se profile un nouveau ralentissement de la croissance, a décidé en fin de semaine dernière d'accélérer les annonces concernant la sortie du « plan de sauvetage. »

Machiavel d'Opéra-Bouffe

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Antonis Samaras a joué le rôle d'un Machiavel d'Opéra-Bouffe. Il a voulu aller devant les  électeurs auréolé de cette victoire qui, chacun le sait, n'eût été qu'une victoire à la Pyrrhus. Les marchés ne s'en sont pas laissé conter : ils savent que sans l'appui international, la Grèce ne peut soutenir le poids de sa dette, sauf à encore serrer les vis et à tuer dans l'œuf la fragile reprise. Lundi, les déclarations triomphantes et sûres d'elles-mêmes du gouvernement ont provoqué le premier décrochage des marchés grecs, bientôt aggravé par le contexte international et national. Le calcul du premier ministre était donc faux et irresponsable. Plus que jamais, il semble évident qu'Antonis Samaras soit plus à blâmer que Syriza pour la naissance de cette nouvelle crise grecque...

Romaric Godin

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