Grèce : le gouvernement a-t-il raison d'être optimiste ?

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La Grèce est-elle sortie de la crise ?
La Grèce est-elle sortie de la crise ? (Crédits : reuters.com)
Le gouvernement grec prévoit le retour à une forte croissance l'an prochain. Mais ce pari est loin d'être gagné.

Le gouvernement grec d'Antonis Samaras a beau être en grand danger, il ne cesse d'insister sur son bilan économique. Ce lundi 6 octobre, le ministre des Finances hellénique Gikas Hardouvelis, n'avait ainsi pas assez de mots lors de la présentation du budget 2015 pour aligner les promesses de retour à l'âge d'or. D'abord, une croissance du PIB de 0,6 % cette année et 2,9 % l'an prochain, puis un excédent budgétaire primaire de 2,9 % du PIB et un recul de la dette de sept points de PIB à 168 %...

Reculer pour mieux sauter ?

Que penser de ces belles ambitions ? Certes, la Grèce, épuisée par la crise et l'austérité, semble avoir touché le fond. Après six années de baisse consécutive et un recul de la richesse nationale de 23.66 %, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'économie se stabilise. Selon les prévisions du gouvernement, le PIB grec fin 2015 sera encore près de 21 % en deçà de son niveau de 2007. Il n'y a là pas de quoi pavoiser. A moins de considérer que pour créer de la croissance désormais, il faut détruire massivement de la valeur...

L'effet tourisme

D'autant que, désormais, le poids du tourisme, qui pèse plus de 17 % du PIB, favorise cette stabilisation. La Grèce, moins chère grâce à la déflation salariale, a bénéficié sur ce secteur du recul de certaines destinations, l'Egypte et la Tunisie notamment. De fait, la croissance 2014, si elle existe réellement, devra beaucoup à la saison touristique. Mais le destin de la Grèce n'est-il que de devenir une destination bon marché pour les touristes du nord de l'Europe ?

La demande intérieure à l'arrêt

Car, pour le moment, malgré cette stabilisation, le reste de l'économie grecque demeure en bien mauvaise posture. Malgré un léger déclin, le taux de chômage demeure très élevé à 26,6 %. C'est un élément très négatif pour la demande intérieure. Les salaires devraient avoir continué à baisser en 2014, quoique à un rythme très modéré. Mais ils sont encore au deuxième trimestre inférieurs de 20 % à leurs niveaux de 2010... Dans ces conditions, la consommation reste un point faible de l'économie grecque. Les ventes au détail en juin ont ainsi été à peine supérieures à celle du même mois de 2013.

En pleine déflation

Face à une telle déprime, la déflation n'est sans doute pas terminée. Depuis mars 2013, l'indice harmonisé des prix à la consommation est négatif. Le rythme a ralenti et la baisse n'était que de 0,2 % en août dernier. Mais si le niveau des prix est revenu à son niveau de début 2011, il demeure encore près de 20 % supérieur à celui de 2005 et de 7 % supérieur à celui de 2009. L'ajustement n'est donc peut-être pas encore terminé. Or, cet ajustement n'est pas sans conséquence sur les entreprises grecques, car, de leur côté, malgré la baisse des salaires, les prix à la production ne se sont pas ajusté si rapidement. En août, les prix à la production étaient seulement inférieurs de 0,2 % au niveau de 2012 et supérieurs de 35,8 % par rapport à 2005. Les marges restent sous pression, ce qui rend la reprise des investissements très limité. Or, compte tenu de la faible industrialisation du pays (12,5 % du PIB, y compris l'important secteur de l'énergie) et des effets destructeurs de l'austérité, l'économie grecque ne se reconstruira pas sans investissement. Au deuxième trimestre, l'investissement a reculé de 0,8 % sur un trimestre. Il n'y a donc pas, ici comme ailleurs de miracle grec.

Indicateurs en recul

Depuis l'été, les indicateurs avancés sont assez inquiétants pour la Grèce. L'indice PMI des directeurs d'achat - qui rend compte de la santé de l'activité manufacturière d'un pays - calculé par Markit est revenu en deçà de 50 dans l'industrie en septembre, chutant de 50,1 à 48,4. En réalité, plusieurs nuages s'amoncellent au-dessus de la Grèce.

D'abord sur le plan intérieur, la coalition au pouvoir semble de plus en plus fragile. Des élections anticipées semblent inévitables compte tenu de la nécessité pour l'actuel Parlement, la Vouli, d'élire avec deux tiers des voix un président de la République. Or, ces élections pourraient déboucher sur un blocage politique.
Par ailleurs, la Grèce reste sous la menace d'une Troïka qui n'est toujours pas satisfaite des mesures prises et qui voudrait encore d'autres réformes, notamment sur les retraites.

Enfin, il y a des nuages extérieurs. La conjoncture se dégrade très vite dans la zone euro, ce qui va ôter un poumon à l'économie grecque qui risque de ne pas profiter de sa compétitivité prix toute neuve. La croissance grecque est donc fragile. L'OCDE prévoit encore pour 2014 un recul de 0,3 % du PIB hellénique. Pour 2015, le chiffre de 2,9 % semble très, très optimiste alors que les prévisions se dégradent un peu partout en zone euro et que les incertitudes politiques vont secouer le pays. L'ennui, c'est qu'à chaque dérapage de sa croissance, les objectifs du mémorandum sont en danger. D'où la nécessité d'un nouveau tour de vis austéritaire.

La Grèce n'en a donc pas fini avec les conséquences de l'austérité. Les effets sociaux se feront sentir longtemps. L'économie reste fragile, faible et sans projet. La dette pharaonique continue de peser sur le budget. Enfin, le système politique est atomisé et ravagé. L'optimisme du gouvernement Samaras est certes un optimisme de précampagne électorale, mais il n'en est pas moins assez irraisonnable.

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a écrit le 07/10/2014 à 11:23 :
La Grèce peine à faire les réformes de structure et les privatisations demandées par l'Europe.
Comme la France, la Grèce fait un budget pour faire aux partis qui ont été élus...
Et comme la France, ce pays ne se redressera pas sans faire les réformes de structure nécessaires.
Ah si, les grecs ont fait une chose qui pourrait bien nous arriver : ils ont divisé par 2 les salaires et les retraites des fonctionnaires... mais il leur reste encore beaucoup de postes à supprimer, ainsi que faire passer des postes d'entreprise contrôlée par l'état au privé... ainsi que de faire le ménage dans la corruption encore importante dans ce pays.
Réponse de le 07/10/2014 à 12:26 :
@incrédule50: la question n'est pas de divisée par 4 ou par 10 les salaires, mais de changer de système, parce que quand on divise, c'est toujours les mêmes qui dégustent pendant que ceux qui sont au pouvoir se régalent :-)
Réponse de le 07/10/2014 à 17:06 :
@Patrickb : ce n'est pas en changeant de système que les faibles deviendront fort...
En France actuellement, l'état emprunte chaque année la somme nécessaire à payer le salaire et les retraites des fonctionnaires...
Supposons qu'on ne trouve plus à emprunter ! Les fonctionnaires, on les paie avec quoi ?
Et c'était bien le problème de l'état grec, malgré les 250 milliards d'aide versée (qui sortent de notre poche, d'ailleurs).
Réponse de le 07/10/2014 à 17:31 :
@Incrédule: encore une fois, tout gaux. Si le système était plus égalitaire et représentait réellemet les aspirations des Français au lieu d'être orienté sur la corruption et l'entrichissement rapide, entre autres, des politiques, on motiverait davantage les bonnes volontés et on enrichirait donc le pays, y compris les "faibles" :-) et merci de ne pas comparer les Grecs, qui sont extrêmement paresseux, quelle que soit la jauge utilisée, avec notamment les Français :-)
a écrit le 07/10/2014 à 10:04 :
Dès lors, aucune hirondelle ne fait le printemps. Une hausse de quelques % quand on en a perdu des dizaines ne veut absolument rien dire. On le constate avec l'Espagne qui fait de temps en temps une petite hausse de PIB ou baisse de chômage. C'est absolument marginal. Il faudra des décennies avant que la Grèce ne retrouve son niveau d'avant 2008, si elle le retrouve un jour.
a écrit le 07/10/2014 à 9:27 :
M Godin je vous recommande le blog de Panagiotis Grigoriou "greekcrisis" qui explique très bien la situation grecque.
Réponse de le 07/10/2014 à 9:41 :
+ 1000
a écrit le 07/10/2014 à 9:23 :
La dernière statistique d’Eurostat pour l’endettement public grecque indique que le ratio dettes publiques sur PIB est à 174,1 % au premier trimestre 2014, contre 160,6% au premier trimestre 2013, 136% au premier trimestre 2012. Avant la fin du mois d’octobre on devrait avoir la statistique pour le 30 juin 2014. Les taux d’intérêt ont beaucoup baissé dans la zone euro mais le « 10 ans » grecque est encore à 6,43% et le pays se trouve dans situation de déflation, peu propice à éviter une progression de l’endettement, et le contexte macroéconomique de la zone est de plus en plus déprimé. L’an dernier M. Yannis Stournaras, le ministre grec des Finances, indiquait que la Grèce avait besoin d’une nouvelle restructuration de sa dette publique, sous la forme d’une réduction importante des taux d'intérêt et de la prolongation des échéances du remboursement de la dette. La Grèce n’a pas obtenu cette nouvelle restructuration et on peut se demander par quelle opération du Saint Esprit, elle est de ce fait devenue inutile.
a écrit le 07/10/2014 à 8:57 :
Non, du tout. La construction européenne finira comme finissent toutes les constructions supranationales : un effondrement. La solidarité européenne, ça n’existe pas.

La solidarité existe dans le cadre d’un couple, dans le cadre familial, dans le cadre amical, dans le cadre d’un quartier, dans le cadre d’un village, dans le cadre d’une ville, dans le cadre municipal, dans le cadre cantonal, dans le cadre départemental, dans le cadre régional, dans le cadre national, mais la solidarité n’existe pas au-delà du cadre national.

Il n’existe pas de sentiment de solidarité à l’échelle de l’Europe. L’exemple le plus tragique est ce qui arrive à la Grèce depuis 2009 : les pays européens soi-disant riches ont refusé de DONNER de l’argent à la Grèce depuis 2009. Mais en revanche ils ont PRÊTÉ des dizaines de milliards d’euros à la Grèce, et ils lui ont imposé des “réformes” qui ont détruit la Grèce.

Ce que les pays européens "riches" font subir à la Grèce depuis 2009 est un scandale insupportable. Cela confirme encore une fois que la soi-disant “solidarité européenne”, ça n’existe que dans les belles paroles, dans les belles phrases, dans les beaux discours. Mais au moment de DONNER de l’argent, il n’y a plus personne.

L’Union Européenne va s’effondrer car elle a été construite sur des fondations qui n’existent pas dans le monde réel : il n’existe aucune solidarité à l’échelle d’un continent.
Réponse de le 07/10/2014 à 10:18 :
@Arisrote: Totalement faux du début à la fin ! 1) Chacun défend ses propres intérêts, y compris au sein de la famille et 2) la consolidation des empires est le fait d’hommes forts, souvent des dictateurs, qui imposent leurs décisions et non de l’agrément des peuples eux-mêmes :-)
Réponse de le 07/10/2014 à 14:01 :
Patrick, tu travailles donc à Bruxelles ou à Strasbourg ? :-)
Réponse de le 07/10/2014 à 14:36 :
@Marine: ni à Bruxelles mon chou, ni à Strasbourg...même si tu es férue de saucisse :-) Trêve de plaisanterie, regarde autour de toi et dis-nous qui est solidaire de qui :-) sauf bien entendu ceux qui sont totalement d'accord pour que ce soit le voisin qui paie et pas eux :-)

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