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ÉconomieUnion européenne

Grèce : le gouvernement a-t-il raison d'être optimiste ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 06 octobre 2014 à 15:40 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 12:59

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  • L'instant Sélection
Le gouvernement grec prévoit le retour à une forte croissance l'an prochain. Mais ce pari est loin d'être gagné.

Le gouvernement grec d'Antonis Samaras a beau être en grand danger, il ne cesse d'insister sur son bilan économique. Ce lundi 6 octobre, le ministre des Finances hellénique Gikas Hardouvelis, n'avait ainsi pas assez de mots lors de la présentation du budget 2015 pour aligner les promesses de retour à l'âge d'or. D'abord, une croissance du PIB de 0,6 % cette année et 2,9 % l'an prochain, puis un excédent budgétaire primaire de 2,9 % du PIB et un recul de la dette de sept points de PIB à 168 %...

Reculer pour mieux sauter ?

Que penser de ces belles ambitions ? Certes, la Grèce, épuisée par la crise et l'austérité, semble avoir touché le fond. Après six années de baisse consécutive et un recul de la richesse nationale de 23.66 %, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'économie se stabilise. Selon les prévisions du gouvernement, le PIB grec fin 2015 sera encore près de 21 % en deçà de son niveau de 2007. Il n'y a là pas de quoi pavoiser. A moins de considérer que pour créer de la croissance désormais, il faut détruire massivement de la valeur...

L'effet tourisme

D'autant que, désormais, le poids du tourisme, qui pèse plus de 17 % du PIB, favorise cette stabilisation. La Grèce, moins chère grâce à la déflation salariale, a bénéficié sur ce secteur du recul de certaines destinations, l'Egypte et la Tunisie notamment. De fait, la croissance 2014, si elle existe réellement, devra beaucoup à la saison touristique. Mais le destin de la Grèce n'est-il que de devenir une destination bon marché pour les touristes du nord de l'Europe ?

La demande intérieure à l'arrêt

Car, pour le moment, malgré cette stabilisation, le reste de l'économie grecque demeure en bien mauvaise posture. Malgré un léger déclin, le taux de chômage demeure très élevé à 26,6 %. C'est un élément très négatif pour la demande intérieure. Les salaires devraient avoir continué à baisser en 2014, quoique à un rythme très modéré. Mais ils sont encore au deuxième trimestre inférieurs de 20 % à leurs niveaux de 2010... Dans ces conditions, la consommation reste un point faible de l'économie grecque. Les ventes au détail en juin ont ainsi été à peine supérieures à celle du même mois de 2013.

En pleine déflation

Face à une telle déprime, la déflation n'est sans doute pas terminée. Depuis mars 2013, l'indice harmonisé des prix à la consommation est négatif. Le rythme a ralenti et la baisse n'était que de 0,2 % en août dernier. Mais si le niveau des prix est revenu à son niveau de début 2011, il demeure encore près de 20 % supérieur à celui de 2005 et de 7 % supérieur à celui de 2009. L'ajustement n'est donc peut-être pas encore terminé. Or, cet ajustement n'est pas sans conséquence sur les entreprises grecques, car, de leur côté, malgré la baisse des salaires, les prix à la production ne se sont pas ajusté si rapidement. En août, les prix à la production étaient seulement inférieurs de 0,2 % au niveau de 2012 et supérieurs de 35,8 % par rapport à 2005. Les marges restent sous pression, ce qui rend la reprise des investissements très limité. Or, compte tenu de la faible industrialisation du pays (12,5 % du PIB, y compris l'important secteur de l'énergie) et des effets destructeurs de l'austérité, l'économie grecque ne se reconstruira pas sans investissement. Au deuxième trimestre, l'investissement a reculé de 0,8 % sur un trimestre. Il n'y a donc pas, ici comme ailleurs de miracle grec.

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Indicateurs en recul

Depuis l'été, les indicateurs avancés sont assez inquiétants pour la Grèce. L'indice PMI des directeurs d'achat - qui rend compte de la santé de l'activité manufacturière d'un pays - calculé par Markit est revenu en deçà de 50 dans l'industrie en septembre, chutant de 50,1 à 48,4. En réalité, plusieurs nuages s'amoncellent au-dessus de la Grèce.

D'abord sur le plan intérieur, la coalition au pouvoir semble de plus en plus fragile. Des élections anticipées semblent inévitables compte tenu de la nécessité pour l'actuel Parlement, la Vouli, d'élire avec deux tiers des voix un président de la République. Or, ces élections pourraient déboucher sur un blocage politique.
Par ailleurs, la Grèce reste sous la menace d'une Troïka qui n'est toujours pas satisfaite des mesures prises et qui voudrait encore d'autres réformes, notamment sur les retraites.

Enfin, il y a des nuages extérieurs. La conjoncture se dégrade très vite dans la zone euro, ce qui va ôter un poumon à l'économie grecque qui risque de ne pas profiter de sa compétitivité prix toute neuve. La croissance grecque est donc fragile. L'OCDE prévoit encore pour 2014 un recul de 0,3 % du PIB hellénique. Pour 2015, le chiffre de 2,9 % semble très, très optimiste alors que les prévisions se dégradent un peu partout en zone euro et que les incertitudes politiques vont secouer le pays. L'ennui, c'est qu'à chaque dérapage de sa croissance, les objectifs du mémorandum sont en danger. D'où la nécessité d'un nouveau tour de vis austéritaire.

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La Grèce n'en a donc pas fini avec les conséquences de l'austérité. Les effets sociaux se feront sentir longtemps. L'économie reste fragile, faible et sans projet. La dette pharaonique continue de peser sur le budget. Enfin, le système politique est atomisé et ravagé. L'optimisme du gouvernement Samaras est certes un optimisme de précampagne électorale, mais il n'en est pas moins assez irraisonnable.

Romaric Godin

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