La France ne peut pas être la Grèce !

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Aujourd'hui, les marchés sont avides de dette souveraine, qui n'a pour l'instant pas d'équivalent en matière de risque...
Aujourd'hui, les marchés sont avides de dette souveraine, qui n'a pour l'instant pas d'équivalent en matière de risque... (Crédits : reuters.com)
La dette française explose, et avec elle, les annonces d'une faillite probable du pays. Pourtant, la réalité est toute autre...

Deux barres symboliques : 95% du PIB et 2000 milliards d'euros. En franchissant ces deux seuils au deuxième trimestre, la dette publique de la France a suscité de nouveau l'attention et l'inquiétude, pour ne pas dire l'angoisse. Comment, avec un tel niveau d'endettement, ne pas s'interroger sur notre capacité à le rembourser et sur ses conséquences pour notre économie et notre société ?

D'autant que nos performances en matière de réduction du déficit sont pour le moins médiocres. Ne vient-on pas d'annoncer un déficit 2014 qui non seulement ne diminue pas, mais augmente même par rapport à celui de 2013 ? Et de repousser encore une fois l'objectif d'un déficit au seuil tant désiré des 3% du PIB, désormais renvoyé à l'horizon 2017 ? Pour qui y croit encore...

Dans ce climat, les pires scénarios ont refait jour, et on a même exhumé, comme si elles étaient prophétiques, des œuvres de fiction narrant le « jour où la France serait en faillite ». La France dans une crise à la grecque, avec le FMI à la rescousse, les prêteurs contraints d'abandonner une large part de leurs créances et le crédit du pays ruiné pour longtemps...

Les marchés aiment la dette

De tels scénarios n'ont pourtant aucune raison d'être pour qui veut bien en rester aux réalités financières du moment. Si la France, malgré ce fardeau d'endettement et un déficit toujours pas maîtrisé emprunte aujourd'hui à taux négatifs à un an et à guère plus de 1% à 10 ans, ce n'est pas un hasard. Non que le pays soit jugé vertueux, loin s'en faut. Mais ce n'est simplement pas le sujet d'actualité pour les marchés de taux.

Car aujourd'hui, les marchés sont avides de dette souveraine. Les énormes liquidités en circulation à travers le monde doivent être placées pour une grosse part en titres émis par les pays. C'est un besoin inassouvi de tous ceux qui ont des placements à réaliser et doivent les effectuer au moins en partie dans cette catégorie. Qui pour l'instant n'a pas d'équivalent en matière de risque. Si on n'ose plus vraiment parler de taux sans risque ou de risque zéro depuis la crise financière, les dettes souveraines restent incontestablement l'actif référent. Celui à partir duquel on calcule les primes de risque des autres placements. Celui également que les régulateurs, pour les activités financières, vont juger sans risque de défaut, et donc sans capital à mobiliser pour y faire face.

La BCE dans le jeu des marchés

Les acteurs des marchés veulent du « papier » souverain, et pour l'essentiel ils en veulent dans des devises majeures, car ce sont aussi celles de la plupart de leurs passifs. Il leur faut donc quantité de titres d'Etat ou assimilés en dollar, en yen et bien sûr en euro. D'autant que la principale hypothèque a été levée à l'été 2012, et que c'est la pièce manquante dans la plupart des discours alarmistes sur notre dette. Dès lors que la BCE de Mario Draghi assurait les marchés qu'elle ferait tout ce qu'il faut (« whatever it takes ») pour assurer la stabilité et l'unité de la zone euro, la messe était dite. Plus d'Espagne, d'Italie ou même de Grèce sortant de la monnaie unique : la BCE veille et viendra s'assurer de leur capacité à se refinancer.

Les marchés ont donc ce qu'ils veulent, une banque centrale qui assure l'intégrité de la zone monétaire et de gros, très gros émetteurs de dette souveraine dans cette devise. L'écrasement des « spreads » de taux entre les différents pays ne pouvait que suivre, et aujourd'hui l'Espagne autrefois étranglée emprunte à environ 2% à 10 ans.

La France, paradis de la dette

Dans ce contexte, la France est un gisement rêvé d'émission de dette. Elle rémunère un peu mieux les emprunteurs que la dette allemande, tout en ne présentant quasiment pas plus de risque car justement les sorts des pays « cœur » de l'euro, dont la France, sont intimement liés - et qu'on le croit même à nouveau de plus en plus pour ceux qu'on appelle les pays périphériques. D'où l'afflux d'acheteurs, et un rapport de force favorable pour longtemps à l'émetteur.

Pour ces raisons, peu importe les cris d'orfraie de tous les orthodoxes des finances publiques : leurs critiques de la France sont à peu près inaudibles par les emprunteurs. Pas de conséquences non plus à propos des décisions des agences de notation : les quatre dégradations des trois agences principales depuis 2012 n'ont pas fait ciller les taux de nos emprunts. Il faut dire aussi que la réputation des agences de notation en matière de dette souveraine est très exagérée. Contrairement aux notations sollicitées d'entreprises, elles n'ont aucune valeur ajoutée en matière de risque souverain, et leur avis ne vaut pas plus que celui de tout économiste ou analyste averti.

Peu de scénarios crédibles

Bien sûr, rien n'est éternel. Tout cet environnement qui ne pénalise pas le vice dépensier, voire le récompense, pourrait s'évanouir un jour. Mais il y a en fait peu de scénarios crédibles d'une remontée brutale de nos coûts d'emprunt. Et paradoxalement, celui d'un marasme prolongé ne s'y prête pas. Car alors, c'est bien un contexte de faible croissance et de faible inflation qui présiderait à des taux toujours au plancher.

Contrairement aux schémas dépassés de ceux qui en sont restés aux années 70, ce n'est pas parce que les banques centrales sont très laxistes qu'il pourrait y avoir beaucoup d'inflation. C'est parce qu'il n'y a même pas les prémices d'une pression inflationniste qu'elles sont très laxistes. Leurs largesses ne se transmettant jusqu'à présent nullement à l'ensemble de l'économie et restant en circuit fermé dans le secteur financier, car la demande n'est toujours pas là.

 La reprise nuit à l'endettement souverain

C'est plutôt le scénario d'une reprise beaucoup plus ferme qu'attendu qui pourrait mettre fin à cet âge d'or de l'endettement souverain. Se rouvrirait en effet l'appétit pour des actifs plus risqués, les flux financiers pouvant alors délaisser la dette pour se déverser ailleurs. Dans ce cas, même si la croissance qui serait à l'origine du raidissement des taux apporterait de l'air aux budgets des pays, les plus endettés seraient pénalisés par le gonflement de leurs intérêts.

En tout état de cause, même si la dette ne fait pas sentir aujourd'hui tout son poids, ce n'est évidemment pas une raison pour se laisser aller à ses facilités. Non seulement car il faut gérer le « risque » de la reprise. Mais aussi car tout ce qui est consacré à rembourser la dette, même à taux bas, est perdu pour de meilleurs usages.

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Commentaires
a écrit le 17/10/2014 à 11:18 :
Et quand on ne pourra plus payer l'interet de la dette dans 1 avenir assez proche vous croyez que les marches continueront gentiment a nous preter ?
a écrit le 14/10/2014 à 11:59 :
Il faut aussi calculer le taux nominal en prenant en compte le niveau d'inflation. Finalement, le taux paye par l'Etat francais ne paraît pas si bas.
a écrit le 14/10/2014 à 10:42 :
Le "Titanic" France s'enfonce dans l'océan des dettes mais l'orchestre joue toujours.
Nos dirigeants n'osent pas avaler leur chapeau bien qu'ils aient perdu la face.
Les Français vont comprerndre ce que le mot "faillite" veut dire bientôt car le mur est là, droit devant. Les prélèvements "sociaux" et non sociaux vont subir une recrudescence.
a écrit le 14/10/2014 à 10:35 :
D'aprés notre prix >Nobel récent, la situation est plus grave que prévue.
Une chose est sure :
Si la France coule, l' Europe fera naufrage
a écrit le 14/10/2014 à 8:35 :
D'accord mais la France peut être la France, une chose quelque part entre l'Italie et la Grèce.
a écrit le 13/10/2014 à 18:47 :
La France ne peut pas être la Grèce, il y a l'épargne des Français d'abord à ponctionner. Après ce sera la Grèce. Enfin, le soleil en moins.
a écrit le 13/10/2014 à 18:09 :
,2 informations:
- la dette qui explose
- une masse monétaire énorme, et dont les possesseurs ne savent pas quoi faire....

Nous marchons sur la tête !!
Un état incompétent, et une richesse que nous n'arrivons pas à redistribuer....plus de pauvres, de chômage .....

Le Système Financier Mondial est devenu FOU !
a écrit le 13/10/2014 à 17:48 :
La dette nous la devons, en majeure partie, à des hommes politiques incapables qui gèrent la France depuis 40 ans, de gauche comme de droite). Ce sont les arrières petits-enfants qui continueront à la payer avec les intérêts au train où elle augmente !!!
a écrit le 13/10/2014 à 17:48 :
La dette nous la devons, en majeure partie, à des hommes politiques incapables qui gèrent la France depuis 40 ans, de gauche comme de droite). Ce sont les arrières petits-enfants qui continueront à la payer avec les intérêts au train où elle augmente !!!
a écrit le 13/10/2014 à 17:48 :
La dette nous la devons, en majeure partie, à des hommes politiques incapables qui gèrent la France depuis 40 ans, de gauche comme de droite). Ce sont les arrières petits-enfants qui continueront à la payer avec les intérêts au train où elle augmente !!!
a écrit le 13/10/2014 à 17:48 :
La dette nous la devons, en majeure partie, à des hommes politiques incapables qui gèrent la France depuis 40 ans, de gauche comme de droite). Ce sont les arrières petits-enfants qui continueront à la payer avec les intérêts au train où elle augmente !!!
a écrit le 13/10/2014 à 17:48 :
La dette nous la devons, en majeure partie, à des hommes politiques incapables qui gèrent la France depuis 40 ans, de gauche comme de droite). Ce sont les arrières petits-enfants qui continueront à la payer avec les intérêts au train où elle augmente !!!
a écrit le 13/10/2014 à 17:19 :
C'est pire que la Grèce car la Grèce prélevait mal l’impôt et nous nous matraquons déjà toutes la population créatrice de richesse!!!
a écrit le 13/10/2014 à 17:04 :
Si c'est si formidable d'avoir une dette qui augmente sans cesse,
pourquoi se donner l'air de vouloir baisser les deficits?
a écrit le 13/10/2014 à 16:51 :
C'est pire que la Grèce, car même d'accord, le reste de l'UE ne peut pas nous sauver ou nous soutenir, nous sommes trop gros, comme l'Italie. Si l'Allemagne était moins rigide, elle serait plus coulante avec la Grèce, comme la France avec la Corse. Toute l'Europe y gagnerait.
a écrit le 13/10/2014 à 16:47 :
La France peu très bien devenir la Grèce : 2000 milliard de dettes à 10% ça fait 200 milliards à trouver chaque année pour rembourser. Soit plus de la totalité de la TVA (170 milliards). Actuellement les marchés et les banques centrales sont accommodants. Quid de cet état de fait dans les années à venir?
a écrit le 13/10/2014 à 15:38 :
“énormes liquidités” , ça rappelle 2007.
a écrit le 13/10/2014 à 14:46 :
Eh oui. C'est le pot dont bénéficie Hollande. Mais ça ne durera peut être pas toujours !
a écrit le 13/10/2014 à 13:53 :
La France ne peut pas être en faillite car en cas d'urgence le gouvernement peut prélever d'office 10% des encours d'assurance vie détenus par les français ce qui permettra de gérer la situation sans révolution puisque les "sans dents" ne seront pas touchés.
a écrit le 13/10/2014 à 13:42 :
Quel concentré de bêtise... et le pire est que ça fait 30 ans qu'on nous le répète.
Visiblement, l'auteur ignore le TSCG... traité que la France a signé et qui l'oblige a ramener ses comptes à l'équilibre puis à réduire la dette jusqu’au 60.%/PIB (valeur que nous avons approuvé par référendum).
Mais voilà, pour aller dans ce sens là, va falloir faire des coupes... à commencer par toucher au fameux statut de la fonction publique... qui apporte une retraite majorée, une cotisation chômage fortement minorée (1% contre 6,2% pour le privé, ce qui montre leur peu de solidarité), la garantie de l'emploi, une retraite par capitalisation déductible des revenus, etc...
Alors, pour nos braves hauts fonctionnaires, la défense des avantages acquis ressemble beaucoup aux privilèges des nobles avant la qu'on leur coupe la tête (en Grèce, on a divisé par 2 les salaires et les retraites des fonctionnaires).
a écrit le 13/10/2014 à 13:34 :
Et le jour ou les taux augmentent, on fait quoi ?
Réponse de le 13/10/2014 à 14:10 :
la france demandera a la bce de changer les regles qui ne sont plus des lors adaptees a la situation de la france.... comme avec le deficit, quoi!
a écrit le 13/10/2014 à 13:04 :
Pas encore mais rien et personne peut nous l assurer avec certitude
a écrit le 13/10/2014 à 13:01 :
c'est vrai, elle est plus proche du Portugal...tout n'est pas perdu donc...
a écrit le 13/10/2014 à 12:58 :
Attendez que Ebola débarque vraiment en France et vous allez voir s'il y a "peu de scénarios crédibles d'une remontée brutale de nos coûts d'emprunt"
a écrit le 13/10/2014 à 12:39 :
On ne rembourse pas une dette souverainne, personne ! on la roule et on ne rembourse ( encore que là encore, on roule ) juste que les intérêts. personne n' a jamais demandé à ce que les états aient une dette zéro. juste des intérêts remboursable, ce qui n'est pas la même sémantique.
Réponse de le 13/10/2014 à 13:23 :
Heu, on a bien compris que le problème n'est pas la dette mais son seuil supportable pour que les intérêts à rembourser ne viennent pas gréver considérablement le budget de l'Etat et empêche son fonctionnement, chose qui est en train de se produire, puisque c'est le 2ème poste budgétaire après celui de l'EN.

On imagine qu'il passerait au 1er rang si les taux revenaient à monter, taux qui sont déterminés en l'occurrence par les marchés. Et dans un contexte social très sensible dans notre pays, il ne tient pas à grand chose pour que la confiance des marchés déserte la dette souveraine.

Pour ma part, je trouve l'article très (trop) optimiste. L'auteur ne tient absolument pas du contexte européen qui impose à la France de faire des "réformes structurelles" qui, à n'en pas douter, susciteront des troubles sociaux importants. Le risque principal, il est là et croyez-moi, les marchés n'attendent qu'une chose : voir comment les Français vont encaisser les premiers chocs de réforme.
a écrit le 13/10/2014 à 12:36 :
La France n'est aps la Grèce, mais on tourne autour du pôt..il faut baisser la dépense publique, et il faut requalifier ce que nos élus appellent investissements publiques. Non un stade de foot, un cours de tennis, ou un rond point ne sont pas des investissements. un investissement rapporte de l'argent, et la plupart des "investissements publics" coutent en frais de fonctionnement, et frais financiers.. Construire un cours de tennis ne rend pas la France plus compétitive, construire des transports publics ne rendent pas la France plus compétitive, ou seulement à la marge.. et sont tous déficitaires!
Réponse de le 13/10/2014 à 12:43 :
construire de l' immobilier résidentiel coûte un bras également, car ne sont jamais prévu les coûts collatéraux, transport, école, crêches, hôpitaux, police etc... quand on a rasé ou éloigné toujours plus loin les sites industriels, on voit ensuite mieux l' absurdité. mais les gens veulent de la rente.
Réponse de le 13/10/2014 à 13:09 :
Mais alors comment donner du travail aux entreprises privés? Que bien-sur les travailleurs "détaché" de tout l'UE vont s'accaparer!
a écrit le 13/10/2014 à 12:04 :
votre article oublie un peu vite les engagements hors bilan de 3000 milliards,la France ne remboursera jamais sa dette ,tout comme les autres pays,l'hyper inflation n'est pas là car les Quantitative easing sont passés dans la trappe a liquidité,mais le chômage et la déflation nous y entrainent inexorablement ,il reste a savoir quand, une chose est sure c'est pour bientôt ,avant 2020
Réponse de le 13/10/2014 à 14:03 :
Je ne vois pas en quoi on peut être sûr de quoique ce soit en matière économique !! Donc les certitudes économiques comme vous le faites, relève du pur fantasme !!!

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