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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi Angela Merkel pourrait briguer un quatrième mandat

Photo de Antoine Patinet

Romaric Godin

Publié le 10 décembre 2014 à 11:00 - Mis à jour le 13 décembre 2014 à 08:56

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Réélu triomphalement à la tête de la CDU, Angela Merkel pourrait bien renoncer à sa promesse de ne pas se représenter en 2017. La faute à la situation difficile du parti.

A Cologne, ces 9 et 10 décembre, l'Union démocrate-chrétienne allemande (CDU) tient congrès. Sa principale fonction sera de réélire pour la huitième fois à sa tête Angela Merkel. Triomphalement, comme il se doit. Avec 96,72 % des voix. La chancelière occupe ce poste depuis près de 15 ans désormais. Wolfgang Schäuble, son prédécesseur à la tête de la CDU, devenu son fidèle ministre des Finances, a hier déclaré au Handelsblatt qu'Angela Merkel avait « plus de succès que Napoléon. » En attendant, elle s'apprête à dépasser, en mai prochain, Konrad Adenauer, le fondateur de la CDU, pour la durée de sa présidence. Seul Helmut Kohl, qui a dirigé la CDU pendant 23 ans, semble encore inatteignable.

Le vide autour d'elle

Mais derrière ce triomphalisme se cache un malaise. La CDU s'est identifiée à Angela Merkel. La chancelière a progressivement écarté tous ses rivaux potentiels, grâce à son talent et souvent à sa chance. Wolfgang Schäuble est devenu dévoué, Friedrich Merz, un temps rival le plus sérieux de la chancelière a été écarté, tout comme le fringant franconien Karl Theodor zu Guttenberg, certes CSU, mais un temps fort populaire et pris dans une malheureuse histoire de plagiat de sa thèse, ou encore Christian Wulff, devenu président fédéral et tombé sur une affaire de corruption. Angela Merkel a traversé ces crises et est restée. Désormais, dans le camp conservateur, nul n'est réellement en mesure de rivaliser avec elle.

« Pas d'alternative »

Officiellement, Angela Merkel souhaite ne pas se représenter. Elle a annoncé vouloir limiter son temps à la tête de l'Allemagne à trois mandats, douze ans. Ce congrès de Cologne aurait pu être, trois ans avant la prochaine élection fédérale, une occasion pour la CDU de préparer la relève. Or, il n'en est rien. On réélit, comme d'habitude, Angela Merkel, à la tête du parti. On refuse de porter sur le pavois le futur candidat de la CDU, histoire simplement de tester l'opinion. Tout se passe donc comme si le scénario était déjà écrit : lors du prochain congrès, faute d'alternatives, il faudra demander à la chancelière de revenir sur sa décision et de se présenter lors du scrutin de 2017. Déjà, dans les colonnes du Handelsblatt, le député Michael Fuchs, estime qu'il « n'y a pas d'alternative à Merkel. » Et de souhaiter ouvertement qu'elle se présente en 2017.

Perte de terrain dans les Länder

Il est vrai que la situation de la CDU n'est pas si réjouissante. Dans les Länder, par exemple, les démocrates-chrétiens ont beaucoup perdu de terrain. Lorsque la figure tutélaire de la chancelière est plus émoussée, le parti est moins brillant. Si on exclut le cas du parti-frère CSU en Bavière qui gouverne seul le Land, la CDU n'est plus que dans l'exécutif de 6 Länder sur 16 et elle ne compte plus que 4 ministres-président. C'est peu. Les Verts, par exemple, participent au gouvernement de sept Länder. Ceci augure mal de l'avenir de la CDU une fois Angela Merkel à la retraite et chacun dans le parti le sait. D'où leur volonté de s'accrocher à la chancelière.

Trouver une alliance

Mais cette situation difficile dans les régions traduit aussi un des futurs casse-tête de la CDU : avec qui gouverner ? Avec la disparition des Libéraux de la FDP du paysage politique, trouver un partenaire de coalition devient délicat pour la CDU. En réalité, il n'en reste que deux : la SPD et les Verts, qui, en priorité, lorsqu'ils le peuvent, préfèrent s'allier entre eux. Pire, en Thuringe récemment, SPD et Verts ont préféré s'allier au parti de Gauche Die Linke plutôt que de s'allier à la CDU. Et pour ne rien arranger, les Eurosceptiques d'AfD grignotent des positions à droite et sont jugées infréquentables par les Conservateurs. Bref, la CDU est de moins en moins en mesure de dicter ses conditions pour gouverner. D'où la nécessité de s'appuyer sur une figure populaire, forte et centrale dans la vie politique. Autrement dit, Angela Merkel...

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Angela Merkel est aussi la seule capable d'assurer la paix interne à la CDU. Elle a certes beaucoup recentré son discours, mais elle a su aussi donner des gages, notamment sur la politique budgétaire, européenne et de sécurité, à une aile conservatrice du parti qui ne l'aime guère. De même, les relations sont régulièrement tendues avec la CSU bavaroise, mais Angela Merkel a toujours su maintenir les liens étroits entre les deux partis. Sans elle qu'adviendra-t-il ? Qui, à la CDU, sera capable d'empêcher l'aile droite de la CDU de chercher une alliance avec AfD ? Qui pourra contenir les tentations xénophobes de la CSU ? Si la CDU s'appuie sur une figure centriste, elle risque de voir son aile droite se rapprocher d'AfD. Si elle s'appuie sur une figure très conservatrice, elle risque de voir une partie de l'électorat acquis par Angela Merkel s'enfuir. Bref, la CDU n'a pas encore trouvé de vraie solution pour l'avenir. Angela Merkel est donc encore indispensable.

Romaric Godin

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