Elections britanniques : vers un blocage politique ?

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Qui sera le prochain locataire du 10 dowing street ?
Qui sera le prochain locataire du 10 dowing street ? (Crédits : reuters.com)
Le 7 mai, les électeurs britanniques sont appelés à renouveler la Chambre des Communes. Le pays pourrait être ingouvernable en raison de la progression des indépendantistes écossais.

Les élections générales britanniques qui vont se dérouler le 7 mai prochain seront décisives pour l'avenir du pays. On sait que l'actuel premier ministre David Cameron a promis, s'il était reconduit au 10, Downing Street, de soumettre le maintien du pays du l'Union européenne à référendum. Quant aux Travaillistes, ils tentent de proposer une alternative à la politique d'austérité mise en place depuis 2011 par l'actuelle majorité entre Conservateurs et Libéraux-démocrates.

Vers un « hung parliament »

Mais le véritable enjeu du vote britannique, ce sera de savoir si une majorité est possible ou non à la prochaine chambre des communes. Car, comme en 2010, la chambre basse devrait ne pas avoir de majorité claire au soir de l'élection, ce qu'on appelle outre-manche un « hung parliament. » Le bipartisme britannique entre Tories et Labour, dominant depuis 1935, semble toujours aussi mal en point et l'heure est bien plus à l'éclatement du paysage politique.

L'effondrement libéral

Pourtant, dans les sondages, Labour et Conservateurs cumulent actuellement 67 % des intentions de vote (à peu près à égalité). Ceci ne représente pas une grande différence par rapport à 2010 et 2005. Mais, pourtant, la situation est un peu différente. Lors des deux derniers scrutins, il existait une troisième force, les libéraux-démocrates, qui représentaient 22 % des voix. Il y a avait donc de facto un tripartisme qui, en fonction des succès locaux de ce dernier parti et du scrutin majoritaire à un tour britannique, permettait de donner, comme en 2005, une majorité absolue à un des deux grands partis, soit de constituer, comme en 2010, un gouvernement de coalition.

L'insuffisante poussée du UKIP

Cette fois, le paysage est beaucoup plus éclaté. Certes, le parti eurosceptique UKIP de Nigel Farage, peut prétendre à devenir cette troisième force, mais il n'est crédité que de 14 % des voix et d'une implantation locale trop faible pour remporter comme les Lib-dems en 2005 et 2010 une cinquantaine de sièges. Une récente projection du Guardian n'attribuait ainsi que 5 sièges à l'UKIP. Quant aux Libéraux-démocrates, très affaiblis par leur présence dans le gouvernement de David Cameron et par leur identification avec la politique de coupes budgétaires, ils ne devraient pas emporter plus de 8 % des voix. Leur forte implantation devrait néanmoins leur permettre de glaner une trentaine de sièges (28 selon le Guardian).

Emergence des indépendantistes écossais

Parallèlement, le parti indépendantiste écossais SNP, devrait rafler une grande partie des 59 sièges écossais (la chambre des Communes en compte 650). C'est le fait majeur de cette élection : le SNP, malgré l'échec du référendum sur l'indépendance écossaise, devrait pouvoir l'emporter dans la plupart des circonscriptions écossaises généralement fidèles au Labour. Le SNP pourrait alors passer de 6 à... 49 membres du parlement ! C'est cette défaite dans un de ses anciens fiefs qui poserait problème pour le Labour et, toujours selon la projection citée, ne donnerait aux Travaillistes que 273 sièges, soit autant que les Conservateurs. Dans ce cas, aucune coalition à Westminster ne serait possible sans l'appui des indépendantistes écossais.

Alliance SNP-Labour ?

Or, ces derniers penchent clairement du côté du Labour, même si la fracture au sujet de l'indépendance reste vive. La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a, vendredi, dénoncé « l'austérité, moralement injustifiable et économiquement insoutenable. » Un appel du pied assez clair à une alliance avec le Labour. Sauf qu'une telle majorité, elle-même, ne serait pas assurée de disposer des 326 sièges nécessaires. Il faudrait ajouter les Verts (qui sont en progression et pourraient gagner un siège) et les nationalistes gallois du Plaid Cymru (trois sièges en 2010) et observer combien de députés Sinn Fein sont élus en Irlande du Nord (ces députés refusent de siéger à Westminster) pour constituer une majorité incertaine et fragile. Reste à savoir si une alliance Labour-SNP est tenable au niveau national. Reste aussi à connaître l'attitude des unionistes nord-irlandais, qui pourraient disposer d'une quinzaine de voix.

Inquiétudes à la city

Au final, la constitution d'une majorité sera très difficile et prendra sans doute des semaines. Les économistes commencent clairement à s'en inquiéter. Deutsche Bank parle « du plus incertain des résultats depuis des années. » Mais surtout, l'incapacité attendue des Tories et des Lib-Dem à constituer une majorité inquiète la City. Morgan Stanley affirme ainsi que, « indépendamment du résultat, les perspectives politiques devraient être assez défavorables aux investisseurs. » Le 8 mai, le Royaume-Uni devrait se retrouver face à une crise politique jamais vue depuis l'émergence du Labour dans les années 1920.

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Commentaires
a écrit le 23/02/2015 à 13:21 :
Contrairement aux apparences la GB va très mal; économie reposant sur des activités aléatoires et precaires, destructuration des valeurs, risque de partition du pays, fracture sociale; et je le dis sans m'en réjouir.
a écrit le 23/02/2015 à 13:11 :
Contrairement aux appar

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