Polémique : quand Sarkozy traite en "off" les journalistes de "pédophiles"

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Le chef de l'Etat n'avait déjà pas été tendre avec ses trois intervieweurs de la télévision Claire Chazal, David Pujadas et Michel Denisot. Mais cette fois, agacé par la polémique sur des rétrocommissions liée à l'attentant de Karachi, c'est toute la profession qu'il critique pour le colportage de rumeurs. "Off the record", il qualifie les journalistes de "pédophiles" pour dénoncer les attaques gratuites.

Les relations parfois houleuses entre la presse et Nicolas Sarkozy se sont enrichies d'un nouvel épisode lorsque le président a lancé ironiquement à des journalistes: "Amis pédophiles, à demain !".

Le chef de l'Etat a rencontré les journalistes vendredi dernier à Lisbonne en marge d'un sommet de l'Otan pour une conversation "off the record" - une formule anglaise qui signifie que ses propos ne peuvent lui être attribués.

Mais les techniciens portugais présents dans la salle n'ont pas compris la nature de la rencontre et ont enregistré les échanges entre le président et les envoyés spéciaux français.

Plusieurs médias, dont le site Internet de L'Express, ont publié lundi soir des extraits de cette conversation.

Les questions des journalistes ont essentiellement porté sur les enquêtes menées par deux juges d'instruction sur l'attentat de Karachi, qui a fait onze morts français en 2002, et sur une éventuelle corruption en 1995 en marge d'une vente de sous-marins au Pakistan, qui pourrait y être liée.

Le secrétaire général de l'Elysée en 1995, Dominique de Villepin, a déclaré avoir des "soupçons" sur l'existence de commissions liées au contrat dont une partie serait revenue en France sous forme de "retrocommissions". Jacques Chirac a selon lui ordonné l'arrêt du paiement des commissions en 1995.

L'argent des rétrocommissions aurait servi à financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, était le porte-parole.

Prié de répondre à ces déclarations de Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy a utilisé une image pour expliquer que c'était comme s'il accusait un journaliste d'être un pédophile sans en apporter la moindre preuve.

"On est dans un monde de fous. Il n'y a pas un seul parmi vous qui croie que je vais organiser des commissions et des rétrocommissions sur des sous-marins au Pakistan, c'est incroyable (...) et ça devient un sujet à la télévision", a-t-il dit.

"Et vous, j'ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l'a dit ? J'en ai l'intime conviction. Les services. De source orale. Pouvez-vous vous justifier ?", a-t-il ajouté en disant: "sans rancune, hein."

En quittant la salle de presse française au sommet de l'Otan, le président a lancé: "amis pédophiles, à demain !".

L'Elysée a refusé ce mardi de faire le moindre commentaire sur une "conversation qui était off".

Le ministre de la Défense, Alain Juppé, qui était à Lisbonne, a dit mardi sur RTL qu'il n'avait pas assisté à cet épisode tout en trouvant des excuses à Nicolas Sarkozy. "Je voudrais simplement dire que le président de la république est soumis à une telle pression médiatique que de temps en temps, voilà, tout être humain est humain."

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Commentaires
a écrit le 02/01/2011 à 15:15 :
vous déformez les faits : il a simplement dit que les journalistes le pourchassaient pour des faits non fondés, comme si lui-même leur exigeait de démontrer sur le champ qu'ils n'étaient pas pédophiles. Ce qui n'est pas pareil. Comment pouvez-vous être crédibles alors.

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