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Affaire des rétro-commissions : Villepin parle au juge de corruption

latribune.fr

Publié le 25 novembre 2010 à 17:08 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 21:54

nicolas sarkozy et  villepin

nicolas sarkozy et villepin

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L'ancien secrétaire général de l'Elysée et ex-Premier ministre témoignait sur une possible affaire de corruption pendant la campagne présidentielle de 1995, en marge d'une vente de sous-marins par la Direction des constructions navales.

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Dominique de Villepin s'est dit convaincu jeudi devant un juge d'instruction que des commissions versées en marge d'une vente de sous-marins au Pakistan en 1994 avaient financé des partis politiques français.
Entendu quatre heures durant par le juge Renaud Van Ruymbeke, l'ancien Premier ministre a désigné comme possibles bénéficiaires des partis soutenant Edouard Balladur dans sa campagne présidentielle de 1995, mais n'a identifié personne, a rapporté un avocat ayant assisté à l'audition.
Cette audition est le dernier épisode en date d'une enquête judiciaire qui porte sur une éventuelle corruption en France en marge de ce marché d'armement à destination du Pakistan et un possible lien avec un attentat où ont péri en 2002 à Karachi 11 Français travaillant à la fabrication des sous-marins.
Dominique de Villepin a confirmé devant le juge que, selon lui et selon une enquête menée par les services secrets en 1995, l'argent versé pour des commissions légales avait été en partie détourné pour revenir en France sous forme de "rétrocommissions" frauduleuses, a déclaré son avocat Oliver Metzner.
Olivier Morice, avocat des familles de victimes de l'attentat, a été plus précis.
"Il a dit qu'il avait (...) des convictions très fortes que (des rétrocommissions) avaient servi à financer des partis politiques soutenant le Premier ministre (de l'époque Edouard Balladur -NDLR)", a-t-il rapporté aux journalistes.
Autorisé à participer à l'audition, Me Morice a rapporté que Dominique de Villepin, prié de citer les noms des bénéficiaires politiques, était "resté silencieux dix minutes montre en main".
Dominique de Villepin, ancien secrétaire général de l'Elysée (1995-2002) et ex-Premier ministre (2005-2007), a aussi confirmé devant le juge que l'arrêt de paiements à des intermédiaires, avait été décidé par Jacques Chirac après son élection à l'Elysée en 1995, face à Edouard Balladur, son rival à droite.
PAS DE LIEN AVEC L'ATTENTAT, DIT VILLEPIN
Selon lui, cet arrêt n'est pas lié avec l'attentat de 2002.
"J'ai indiqué au juge qu'il ne pouvait y avoir à mon sens aucun lien entre l'attentat de Karachi et l'arrêt décidé par le président Jacques Chirac du versement des commissions", a dit Dominique de Villepin aux journalistes.
L'ex-Premier ministre a indiqué qu'il serait réentendu la semaine prochaine par un autre juge, Marc Trévidic, plus spécifiquement chargé de l'enquête sur l'attentat.
Renaud Van Ruymbeke enquête pour "entrave à la justice", en raison de la dissimulation aux familles de victimes d'un rapport de renseignement privé commandé par la Direction des constructions navales (DCN) sur l'attentat qui ouvrait la piste d'une vengeance à mobile financier.
Le juge estime aussi pouvoir enquêter pour "corruption et abus de biens sociaux", mais le parquet le conteste et la cour d'appel de Paris devra trancher.
Dominique de Villepin avait déjà évoqué ces faits, mais jamais devant un juge. Dans le livre "Le Contrat" sorti au printemps dernier, il disait : "Je me souviens, juste après son élection, Chirac avait été très clair en évoquant devant moi 'le trésor de Balladur' auquel il voulait s'attaquer".
Nicolas Sarkozy, ministre du Budget entre 1993 et1995 et porte-parole de la campagne d'Edouard Balladur, a déclaré vendredi dernier que l'affaire ne le "concernait en rien".
Le recrutement in extremis, après la signature du contrat des sous-marins, d'un second réseau d'intermédiaires devant recevoir 33 millions d'euros de commissions, ce qui portait leur total à 84 millions, a été établi par une mission d'information parlementaire dans son rapport rendu en mai.
Des documents saisis démontrent la création au Luxembourg de deux sociétés, Heine et Eurolux, pour recevoir cet argent, avec l'aval, selon un rapport de police luxembourgeois, d'Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy conteste le rôle que ce rapport lui prête.
C'est ce réseau que Jacques Chirac a fait "assécher" en 1995. Il restait alors neuf millions d'euros à payer.

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