Bordeaux : bras de fer sur les prix entre négoce et production

Pascal Rabiller

Vignes pendant les vendages
Jean-Louis Zimmermann via Flickr CC License by.

Pascal Rabiller

Vignes pendant les vendages
Jean-Louis Zimmermann via Flickr CC License by.
Les années se suivent, et c'est presque un doux euphémisme de le dire, ne se ressemblent pas pour la filière viticole bordelaise. En 2013, la très petite récolte n'a pas, loin s'en faut, et même si les tarifs d'achats était très corrects, permis à l'immense majorité des producteurs bordelais de redresser durablement les comptabilités. La récolte 2014, qui a vu rentrer dans les chais une production de très bonne qualité, est considérée par les différentes parties commerciales concernées par la mise en marché du vin de Bordeaux (les producteurs, les courtiers et le négoce) comme une possibilité de redresser leurs comptes respectifs.
Si tous les acteurs peuvent profiter de la situation il n'y a guère à redire, mais selon le syndicat des Jeunes Agriculteurs, cette année tout particulièrement, le négoce et les courtiers "joueraient sur de faux arguments", affirme un des ses responsables viticulture, Laurent Massarin.
Jusque-là, cela relève plutôt de la négociation commerciale "classique". Viril, mais... ce que le Syndicat affirme, c'est qu'une partie du négoce bordelais veut se refaire une santé financière (mise à mal, il est vrai par l'exercice 2013) sur le dos de la production.
Un Syndicat qui souhaite surtout sensibiliser des producteurs tentés de renflouer des trésoreries au plus mal en lâchant un peu sur la négociation. Il aimerait les voir prendre leur temps et profiter un peu de la qualité de leurs produits pour faire monter les enchères.
Pour le moment, est-ce le fait d'un négoce qui temporise pour acculer financièrement les producteurs ou une production qui joue la montre pour jouer la carte de la surenchère ? Allan Sichel, le président de l'Union des maisons de Bordeaux, n'était pas joignable aujourd'hui pour en parler. Toujours est-il que le marché a trois mois de retard sur une année normale.
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Au regard des chiffres qui circulent, et qui montrent qu'un quart des ventes réalisées se font à plus de 1.300 euros le tonneau, et que 50 % de ces barriques vendues sortent de chais à plus de 1.200 €, prix qui, il y a quelques années, faisait rêver d'envie... Pour le moment donc, le rapport de force ne semble pas profiter plus à une partie qu'à une autre.
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Les fameux arguments, Laurent Massarin, propriétaire de 35 hectares à Castillon-la-Bataille (en appellation Bordeaux), les connaît plutôt bien. Il dit avoir ressenti la pression sur les prix du négoce en début de campagne de commercialisation. Mais il reconnaît aussi qu'en décrochant une médaille d'or lors du Concours général agricole la semaine dernière, il a pu s'offrir le luxe de refuser des dizaines de propositions d'achats de son vin. Grâce à cette médaille, il a même pu mettre trois courtiers face à lui dans une même pièce et vendre toute sa production au prix qu'il souhaitait. Comme quoi, au final, la qualité a bel et bien des chances d'être récompensée par le marché... tout reste affaire de négociation.
Pascal Rabiller