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Agroalimentaire - La Tribune Bordeaux

Crise du vin : un bon millésime espéré à Bordeaux dans un contexte délétère

Hélène Lerivrain

Publié le 10 septembre 2025 à 09:39 - Mis à jour le 12 septembre 2025 à 07:15

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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En Gironde, le coup d’envoi des vendanges a été donné de façon précoce cette année en raison des fortes chaleurs. Mais à Bordeaux Families (300 familles) comme à Tutiac (500 viticulteurs), on attend de la qualité comme de la quantité. Une bouffée d’oxygène pour une filière en proie à de profondes difficultés.

Ils n'avaient jamais commencé aussi tôt ! Les premières vendanges ont commencé dès le 12 août pour des viticulteurs de la cave coopérative Bordeaux Families, qui regroupe 300 familles du vignoble bordelais. « Les grosses chaleurs ont accéléré la maturité et, alors que l'acidité baissait assez rapidement, nous avons décidé d'anticiper les dates de récolte des raisins destinés au crémant », du vin blanc pétillant.

Chez les vignerons de Tutiac, dix jours plus tard, sous l'effet de la chaleur, le sauvignon blanc a aussi été ramassé plus tôt que d'habitude. « Pour le blanc, c'est terminé, nous avons poursuivi avec le rosé fin août et nous aurons une semaine de pause avant d'entamer le rouge », précise Stéphane Héraud, viticulteur et président de Tutiac, une coopérative qui regroupe 500 vignerons et 4 600 hectares de vignes pour plus de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires.

En ce début du mois de septembre, les machines à vendanger sont donc déjà rodées du côté de Marcillac, dans le nord Gironde. Et c'est à la fraîche que les viticulteurs s'activent à la vigne, entre 2 heures et 10 heures du matin pour les rosés. « Les températures fraîches et l'absence de luminosité permettent de préserver les arômes et les couleurs », explique Stéphane Héraud qui savoure : « La récolte s'annonce belle en quantité et en qualité. Contrairement à d'autres secteurs en Gironde, nous avons eu de l'eau en juillet et en août. C'est idéal. »

L'atout du collectif

Une bonne nouvelle alors que, dans les rangs de vigne, « le moral n'est pas bon », admet-il sans détour. La faute à une consommation en baisse, à une campagne d'arrachage qui a réduit la surface du vignoble de 18 % en trois ans et à une taxe de 15 % sur les exportations vers les États-Unis.

« À Bordeaux, nous avons un double phénomène. Les rendements sont plus faibles pour des raisons climatiques. Donc, économiquement, parfois, ça ne passe plus... Le marché est aussi plus difficile, pour les rouges notamment. Les prix ont baissé, la rentabilité des exploitations se trouve aussi affectée », explique Philippe Cazaux, directeur général de Bordeaux Families.

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Dans ce contexte, le collectif constitue un atout. « À Tutiac, les viticulteurs ont la chance de ne pas s'occuper de la commercialisation. Ils n'ont donc pas le stress permanent lié à cette activité que nous portons au niveau de la coopérative », souligne Stéphane Héraud. Tutiac muscle en l'occurrence ses équipes en charge de la commercialisation et de l'export, notamment. « Les vignerons ont une mission: faire du raisin et de bons raisins. Nous nous occupons du reste, vinification et commercialisation. »

Le maire de Bordeaux et le CIVB écrivent à Paris et Bruxelles

« Cette décision menace directement la filière viticole bordelaise », alertent Pierre Hurmic et Bernard Farges au sujet de la taxe de 15 % décidée par les États-Unis sur l'importation de vins et spiritueux européens. Le 27 août, le maire de Bordeaux et le président des Vins de Bordeaux ont écrit conjointement à Emmanuel Macron et à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. « Il en va de la survie de centaines de domaines, de la vitalité économique de notre territoire [...] et de dizaines de milliers d'emplois directs et indirects liés à la filière », ajoutent les deux signataires, qui demandent l'exemption effective des vins français de ces droits de douane, la relance des négociations commerciales et un plan de soutien immédiat. Au cours des douze derniers mois, les viticulteurs bordelais ont expédié 30 millions de bouteilles aux États-Unis, pour un chiffre d'affaires de 430 millions d'euros.

Tutiac
Photo d'illustration (Crédits : Hélène Lerivrain)

« À Tutiac, les viticulteurs ont la chance de ne pas s'occuper de la commercialisation », souligne Stéphane Héraud, viticulteur et président de la coopérative. (Crédit : DR.)

Des bulles et du sans-alcool

C'est la coopérative qui détermine aussi de façon précise la parcelle et le volume à vendanger. Charge ensuite au vigneron de récolter ses raisins et de les amener à la cave la plus proche. À la vigne, ce matin-là, ils ne sont d'ailleurs que deux à la manœuvre. Alexandre Espiot et son père, l'un sur la machine à vendanger qui ramasse sans couper, l'autre mobilisé entre l'exploitation et la cave pour y apporter les raisins.

Une fois arrivé au poste avancé de la cave, le degré d'acidité est contrôlé et le raisin envoyé vers un pressoir, puis les cuves. C'est ici, où tout est automatisé, que travaillent les saisonniers. Une cinquantaine pour l'ensemble de Tutiac, dont six sites de vinification, est actuellement en activité. Parmi eux, certains sont des salariés d'exploitants, d'autres déjà mobilisés plus tôt dans l'année dans la cueillette des asperges. Car la plupart des vignerons ont diversifié. Ils sont aussi éleveurs et maraîchers.

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C'est aussi la cave coopérative qui porte la stratégie. Ainsi, si la demande en rouge tâtonne, elle est forte sur l'effervescent et le sans-alcool. Sur un total de 5,5 millions de bouteilles, Bordeaux Families produit désormais 3 millions de bouteilles de crémant. « Ça augmente », confie Philippe Cazaux, avec 700 000 à 800 000 bouteilles de sans-alcool pour un segment lancé il y a dix-huit mois.

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« Le moral des viticulteurs dépend donc de ce qu'ils produisent. Mais ils ont quand même toujours l'impression que le sort s'acharne et que le climat ne les épargne pas. » Et de citer le mildiou qui peut s'inviter en début de campagne, puis la sécheresse et les brûlures de raisin possibles avec des températures à plus de 40 degrés. « La conduite du vignoble est dure et difficile à prévoir », assure Philippe Cazaux. Mais, pour cette année, l'espoir est permis. « On s'oriente vers un très bon millésime. »

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Hélène Lerivrain

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