REPORTAGE. La seule épice française labellisée AOP souffre du changement climatique. Au Pays basque, dans la région la plus arrosée de l’Hexagone, les cultivateurs expérimentent l’irrigation. Mais pas à n’importe quel prix.Les produits du Pays basque, ce succès commercial délirant. Voilà une des origines régionales les plus populaires dans les rayons des supermarchés et dans le cœur des consommateurs. Si la croix basque déferle aujourd'hui sur un nombre insensé de produits agroalimentaires, de la charcuterie jusqu'aux pâtes à tartiner, ce sont le fromage Ossau-Iraty, le jambon de Bayonne, le vin d'Irouléguy ou le rougeoyant piment d'Espelette qui ont, à l'origine, fait la renommée du terroir. Mais la production de ce dernier est bien moins tranquille que la carte postale qui va avec.
Sur les pentes du village de Souraïde, à deux collines d'Espelette, des parcelles de piment se font face. Et l'une d'elles semble défier toutes les autres : au sol, sous les bâches noires, des gaines irriguent au goutte-à-goutte des plants aux feuilles vertes qui donneront bientôt le fruit rouge emblème de la région. En bout de rang, des capteurs indiquent la pression dans l'air et le niveau d'hygrométrie du sol. Ces quelque 800 pieds survivront-ils mieux aux sécheresses que leurs voisins dépourvus d'arroseur artificiel ? C'est la question qu'explore le Syndicat du piment d'Espelette épaulé par l'Institut national de la recherche agronomique (Inra).
Préserver le goût et les rivières
« Ces deux rangées sont arrosées à 100 % de leurs besoins en eau, ces deux-là à 70 %. Avec la tension sur l'accès à l'eau de notre territoire, on teste une alimentation régulée pour voir si la plante peut s'en contenter », ajuste Mathis Fernou, chargé de mission du projet d'irrigation du piment. Le condiment labellisé Appellation d'origine protégée s'est lancé dans un marathon. Face aux sécheresses à répétition et à la baisse des rendements (-20 % en vingt ans), la profession veut se mettre à l'irrigation. Pour cela, elle a demandé en 2021 la modification de son cahier des charges auprès de l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao), autorité suprême des produits de terroir.
Maxime Giraudeau, au Pays basque