ENTRETIEN. Limiter l'arrachage des vignes et revoir les règles des terroirs. Deux conseils de l'économiste Jean-Marie Cardebat qui remuent le monde feutré du vin. Goûts, export, créations : le chercheur de l’université de Bordeaux explique comment la filière française peut sortir de la déprime.La Tribune - Pourquoi la crise de consommation du vin est-elle si profonde ?
Jean-Marie Cardebat - Il y a une baisse de consommation persistante, qui s'est d'autant plus dégradée avec la situation économique. Avec le Covid, l'effondrement du marché, déjà observé en Chine, a gagné les États-Unis. On attendait un rebond, mais la politique de Trump et les tensions géopolitiques l'ont empêché. Il n'y a pas beaucoup d'éléments positifs à attendre de la conjoncture pour faire repartir la consommation de vin. Pendant un à deux ans, je ne vois pas trop les choses bouger.
Des phénomènes structurels sur la consommation font aussi que les attentes des consommateurs ont changé et que certains vignobles ont plus de mal que d'autres à s'adapter. C'est le cas de pas mal d'appellations françaises orientées sur le terroir qui attendent que le consommateur adopte leurs produits. Ce sont pourtant les clients qui réclament des gammes plus inventives, surprenantes, puisqu'ils boivent moins de vin rouge avec leurs repas.
Vous expliquez dans votre ouvrage Économie du vin (La Découverte, 2025) que le vin rouge est lié à un schéma familial classique qui existe moins qu'avant. Pouvez-vous expliquer pourquoi il est sorti de notre quotidien ?
Les habitudes ont changé. Aujourd'hui, presque un mariage sur deux se termine en divorce, ce qui fait naître des familles monoparentales ou recomposées. Ce fameux repas du dimanche, cher à notre culture française, a pris du plomb dans l'aile, tout comme le moment du repas de façon générale. La composition démographique de notre pays a, elle aussi, changé. Ce n'est pas tant que les jeunes boivent moins de vin, c'est qu'il y a peut-être moins de jeunes aptes culturellement à consommer de l'alcool.
Propos recueillis par Maxime Giraudeau