Les “12 travaux” du vin de Bordeaux

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
L'assemblée générale du CIVB a démarré sur trois bonnes nouvelles.
La première concerne la reconnaissance juridique de l'appellation Bordeaux sur le marché chinois, qui devrait être suivie, d'ici à septembre, par la reconnaissance des 45 indications géographiques protégées (IGP) du vignoble bordelais. Le fait, qui annonce des lendemains plus chantants pour les bordeaux en matière de lutte contre les contrefaçons de ses étiquettes, raisonne comme une "victoire politique", dixit Bernard Farges, président de l'interprofession. Il faut dire qu'annoncée lors de la récente venue du Premier ministre chinois en France, cette reconnaissance fait l'objet d'un travail intense de la part du CIVB, de l'Inao et des personnels diplomatiques de l'Ambassade de France en Chine depuis 2011. Dans quelques semaines, la traduction officielle en mandarin des noms d'appellations bordelaises figurera en bonne place sur les étiquettes des bordeaux vendus en Chine et devrait faciliter l'acte d'achat du consommateur chinois en recherche d'authenticité.
Politique aussi, la victoire de l'interprofession, bien aidée en cela par les sénateurs girondins Gérard César (Le Républicains) et Gilles Savary (PS), sur la loi Evin. La clarification de cette loi est venue par sa réécriture.
L'amendement du gouvernement, initié par les écrits de Gérard César sur le sujet, vient d'être adopté par l'Assemblée nationale. "Je suppose que la venue du président de la République à Bordeaux à l'occasion de Vinexpo a beaucoup joué pour accélérer les choses", lâchait Bernard Farges à l'évocation de ce dossier bouclé... avant d'enchaîner sur une autre bonne nouvelle, issue de dix ans d'épreuves juridiques franco-françaises celle- là, qui a également marqué le début de l'AG : l'épilogue du litige qui opposait le CIVB et l'Anpaa (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) sur une campagne publicitaire de 2005 (les portraits de vignerons - lire cet article).
Maintenant que les choses sont claires vis-à-vis de la loi Evin et que la jurisprudence est connue, il est plus aisé pour le CIVB de dévoiler ce que sera son programme 2016 en matière de communication et de marketing publicitaire.
Le plan marketing 2016, qui pour le moment ne repose que sur des prévisions de rentrées de récolte 2015 et de campagne commerciale (les chiffres seront affinés et votés en décembre prochain à la lumière de ces informations), montre une certaine constance dans la politique de communication et de publicité du CIVB.
En 2016, il sera du même montant que le budget 2015, à savoir 19,88 M€. Il s'appuie sur une prévision de baisse des volumes commercialisés en 2015 (-1 %), mais aussi sur une hausse attendue de 3 % en 2016 dans les sept pays "priorisés" par la politique marketing du CIVB à savoir : la France, la Belgique, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la Chine et le Japon. Des pays qui concentrent l'essentiel de l'effort budgétaire du CIVB (4,5 M€ sont réservés, sur ce budget total, aux "pays tiers"). En ligne avec le plan "Bordeaux Demain", le CIVB entend consacrer 90 % du budget marketing aux marchés dits prioritaires... qui sont aussi ses clients historiques.
Parmi les chantiers en cours, le président Farges a rappelé celui des pesticides et notamment le plan d'action bâti par la filière avec la Chambre d'agriculture, la Draaf (Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt) et le Sral (Service régional de l'alimentation). Ponctué de réunions d'information qui réunissent des centaines de personnes, ce plan, selon Bernard Farges, "permet à la filière de montrer qu'elle prend et prendra toutes ses responsabilités sur le ce sujet". Mais l'élu et producteur rappelle que "toutefois nous ne permettrons pas la mise en danger de nos entreprises, de notre image et de nos salariés par le durcissement inepte du port des équipements de protection individuelle au delà du délai de pré-entrée".
Pour information, ce délai représente la durée pendant laquelle aucune personne ne doit entrer dans un lieu où l'on a appliqué un produit phytosanitaire. Actuellement ce délai est de 6 heures en milieu ouvert et il est question, dans le cadre des futures normes concernant la santé au travail, d'imposer le port des équipements de protection individuelle très au-delà de ce délai actuel de rentrée.
Pour bien marquer l'inquiétude du CIVB sur les dérives supposées d'un tel sujet, Bernard Farges ajoutait une pique en direction de certaines associations écologistes : "Lorsqu'une association va jusqu'à remettre en cause l'utilisation des chevaux et l'usage des produits phytosanitaires cela montre jusqu'où l'idéologie de ces Khmers verts peut aller !". Et d'enfoncer le clou en émettant une hypothèse qui ne va pas plaire aux adeptes du vin bio :
Feu la Cité des civilisations du vin, aujourd'hui rebaptisée Cité du vin, fait également partie des travaux sur lesquels planche l'interprofession. "Cette Cité du vin sera, dès 2016, un moteur fort de l'œnotourisme girondin. Elle doit être conçue en accord avec l'ensemble des partenaires afin qu'elle devienne un outil d'orientation vers le vignobles et ses offres aux visiteurs. C'est l'office de tourisme Bordeaux Métropole qui va gérer cette plateforme œnotouristique, il nous reste à définir son mode de fonctionnement pour qu'il réponde au mieux aux attentes du monde viticole", souligne Bernard Farges qui a mis en place un comité œnotourisme qui portera la voix du monde viticole en la matière et concentre ses travaux sur la plateforme œnotouristique de la désormais "Cité du Vin".
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Autre chantier en cours, celui de la régulation de la production au regard de la demande des marchés. "C'est un chantier permanent. Nous connaissons à présent les outils permettant la gestion du potentiel de production. Je suis convaincu de notre capacité à réguler notre production bordelaise avec les outils dont nous disposons. Chacun de nous connaît les conséquences désastreuses d'un marché déséquilibré pour notre filière. Au moment où nos marchés semblent redémarrer, la stabilité de nos équilibres et de nos ratios permettra à l'ensemble des acteurs de bâtir des stratégies commerciales dans un environnement serein..." Un environnement serein, c'est ce que semble demander certains producteurs de rosé. En plein boom, ce marché attire de plus en plus de producteurs. L'abondance de rosé sur le marché entraîne une chute des cours. Il est passé de 1.200 à 800 euros pour certains producteurs. Un phénomène qui accrédite le discours du CIVB.
"Chaque déséquilibre de marché amène ce type d'excès. On peut s'engouffrer dans un marché porteur, mais il faut savoir que si tout le monde s'y met, la baisse est automatique", rappelle Bernard Farges.
Parmi les chantiers qui restent à mener figure celui des accords commerciaux bilatéraux avec la Chine, le Japon est les USA. "Ce dossier a été abordé devant le Président de la République et nous continuerons à le faire à chaque fois que nous le pourrons" précise le président du CIVB. La mention traditionnelle "Château" étant régulièrement au centre des négociations entre Europe est USA, ces derniers souhaitant pouvoir l'utiliser sur les étiquettes de leurs vins. "La mention traditionnelle châteaux est pour Bordeaux extrêmement importante. Nous restons proches de toutes les discussions sur les indications géographiques pour s'assurer que cette particularité bordelaise reste bien au cœur des discussions" souligne Bernard Farges.
Dernier chantier à mener pour le CIVB : celui de la défense de ses intérêts et de sa représentativité dans le nouveau paysage administratif qui se dessine avec la création des grandes régions.
Pascal Rabiller
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